Les autorités Bissau-guinéennes de transition en Guinée-Bissau ont interdit le retour d’Umaro Sissoco Embaló, qui annonçait vouloir rentrer au pays en vue de la prochaine présidentielle. La décision intervient alors que les circonstances du renversement de novembre 2025 restent controversées et que les soupçons formulés par certains opposants contre l’ancien président n’ont, selon l’article, jamais été officiellement établis.
Le Haut Commandement militaire pour la restauration de la sécurité nationale et de l’ordre public, l’organe militaire au pouvoir en Guinée-Bissau, a annoncé, jeudi 2 octobre, qu’Umaro Sissoco Embaló ne pourrait pas revenir dans le pays, invoquant des raisons de sécurité nationale. Dans un communiqué, les autorités ont indiqué qu’après analyse « de la conjoncture nationale et du contexte sécuritaire actuel », les conditions nécessaires pour garantir son retour « ne sont toutefois pas réunies ». Elles rappellent que les restrictions sur les rassemblements à caractère politique restaient en vigueur jusqu’à nouvel ordre. Quelques jours plus tôt, l’ancien chef de l’État avait annoncé son intention de rentrer au pays pour se présenter à la prochaine élection présidentielle.
de la conjoncture nationale et du contexte sécuritaire actuel
Un coup d’État aux zones d’ombre jamais levées
Cette interdiction de retour referme, provisoirement, un chapitre ouvert le 26 novembre 2025, lorsque des militaires conduits par le brigadier général Denis N’Canha avaient annoncé la destitution d’Umaro Sissoco Embaló, quelques heures avant la publication des résultats d’une élection présidentielle disputée trois jours plus tôt. Mais ce coup d’État, aussi classique en apparence que ceux ayant émaillé l’histoire politique bissau-guinéenne, s’est distingué dès l’origine par une série de détails restés sans explication claire.
C’est Umaro Sissoco Embaló lui-même qui, le premier, avait alerté la presse internationale de sa propre arrestation, depuis l’état-major où il affirmait être détenu « en prison ». Fait plus troublant encore, relevé par plusieurs observateurs de la sous-région : ses téléphones ne lui avaient pas été confisqués, lui permettant de rester en contact avec plusieurs chefs d’État de la région durant toute la durée de sa détention. Une anomalie inhabituelle dans ce type d’opération, où le contrôle des communications figure généralement parmi les toutes premières priorités des auteurs d’un renversement de régime. Des responsables de l’opposition bissau-guinéenne étaient allés plus loin, qualifiant publiquement l’épisode de possible « mascarade organisée par le président sortant » lui-même, dans un contexte où Embaló, candidat à sa propre succession, aurait pu redouter une défaite électorale.
Ces soupçons n’ont, à ce jour, jamais été confirmés ni officiellement instruits, et Umaro Sissoco Embaló a toujours maintenu la version d’un coup d’État subi, évacué le soir même vers le Sénégal avant de rejoindre Brazzaville. Mais ils n’ont pas non plus été dissipés, laissant planer, près d’un an après les faits, une incertitude originale sur la nature exacte de l’épisode qui a conduit à l’investiture du général Horta N’Tam à la tête d’une transition d’un an. Depuis prolongée. La Guinée-Bissau n’a toujours pas renoué avec un calendrier électoral clair.
Un retour bloqué, une candidature en suspens
C’est dans ce contexte trouble que s’inscrit la décision de jeudi. En invoquant des « raisons de sécurité nationale » pour justifier l’interdiction de retour d’un président dont les propres conditions de départ restent, aux yeux d’une partie de la classe politique bissau-guinéenne, insuffisamment élucidées, les autorités bissau-guinéennes referment la porte à une clarification qui aurait pu, paradoxalement, profiter à sa propre légitimité autant qu’à celle d’Embaló.
Pour l’heure, l’ancien président devra continuer de faire campagne pour son retour depuis l’extérieur, sans que la question de savoir ce qui s’est réellement joué le 26 novembre 2025 à Bissau n’ait trouvé, un an plus tard, de réponse définitive.
Foula D. Massé
