En annonçant, lundi 31 août, la fin de sa carrière internationale, Lionel Messi referme deux décennies qui ont vu l’Argentine passer de la disette à la consécration mondiale. Un adieu marqué par le deuil et une désillusion sportive, mais qui n’entame en rien le statut de légende absolue du meilleur buteur et du joueur le plus capé de l’histoire de l’Albiceleste.
Il aura fallu une lettre, écrite deux jours après une finale perdue puis conservée jusqu’à son annonce sur Instagram, pour que Lionel Messi mette officiellement un terme à vingt et un ans de sélection argentine. »
« Du temps s’est écoulé depuis la finale, et après y avoir beaucoup réfléchi, je veux vous annoncer à tous que je prends ma retraite avec l’équipe nationale », a-t-il écrit, évoquant une décision qui « fait encore mal au plus profond » de lui, mais qu’il juge désormais inévitable : « Je me suis vidé, je n’ai plus rien à donner et, en plus, de grands jeunes arrivent derrière moi qui méritent d’être là. »
Du temps s’est écoulé depuis la finale, et après y avoir beaucoup réfléchi, je veux vous annoncer à tous que je prends ma retraite avec l’équipe nationale
L’annonce intervient un mois et demi après la défaite de l’Argentine en finale du Mondial 2026, perdue 1-0 après prolongation face à l’Espagne à New York, et quelques jours seulement après le décès de son père et agent de toujours, Jorge Messi, à l’âge de 68 ans — un deuil que l’attaquant avait publiquement désigné, mi-août, comme l’un des éléments l’ayant convaincu qu’il ne se voyait « plus jouer encore longtemps ».
D’un carton rouge à 47 secondes à 207 sélections
Le règne qui s’achève avait pourtant débuté par un désastre. Lancé à 18 ans par le sélectionneur José Pekerman en 2005, Messi avait reçu un carton rouge direct à peine 47 secondes après son entrée en jeu. S’en étaient suivies plusieurs traversées du désert, marquées par des finales perdues lors du Mondial 2014 et des Copa America 2015 et 2016, au terme desquelles il avait déjà, une première fois, annoncé sa retraite internationale, avant de se raviser sous la pression populaire et de revenir pour le Mondial 2018.
Le basculement définitif était intervenu à partir de 2021 : la Copa America remportée cette année-là, puis, l’année suivante, le sacre tant attendu à la Coupe du monde du Qatar, décroché aux tirs au but face à la France en finale, avaient enfin permis à l’Argentine de renouer avec les sommets du football mondial après près de trois décennies d’attente. Un second titre continental, la Copa America 2024, était venu compléter ce palmarès exceptionnel. Au terme de sa carrière, Messi laisse deux records absolus de la sélection albiceleste : 207 sélections et 125 buts, un total qui fait de lui, très largement, le meilleur buteur et le joueur le plus capé de l’histoire du pays.
Un adieu sur une désillusion, pas sur un triomphe
Contrairement à ce que beaucoup avaient imaginé après le sacre de 2022, Messi n’aura donc pas quitté la sélection sur un dernier titre. Sa troisième finale de Coupe du monde, disputée cet été à 39 ans face à une génération espagnole plus fraîche, s’est soldée par une défaite douloureuse, et par des larmes sur la pelouse largement relayées à travers le monde. Un scénario qui referme la boucle ouverte en 2014, lorsqu’un Messi alors âgé de 27 ans avait déjà connu l’amertume d’une finale mondiale perdue face à l’Allemagne — sans jamais, cette fois, obtenir la revanche qu’une partie du public argentin espérait encore.
Cette sortie sur une défaite n’enlève toutefois rien à la place qu’occupe Messi dans l’histoire du football mondial, où son nom continue d’alimenter, aux côtés de ceux de Diego Maradona, Pelé ou Cristiano Ronaldo, le débat sans fin sur le plus grand joueur de tous les temps. Pour de nombreux observateurs du football africain, la génération Messi restera aussi celle qui a vu grandir, sur les mêmes pelouses mondiales, des talents comme Sadio Mané, Mohamed Salah ou Achraf Hakimi, dont les sélections ont, à plusieurs reprises, croisé la route de l’Argentine lors des grands rendez-vous internationaux de la dernière décennie, contribuant à faire de ces affiches quelques-uns des moments les plus regardés du football sur le continent.
Une page à tourner pour l’Argentine
Reste, désormais, la question de la succession. Si Messi poursuit sa carrière en club à l’Inter Miami, aux États-Unis, où il a contribué à populariser le football nord-américain ces dernières années, son départ de la sélection ouvre une période de transition pour l’Albiceleste, appelée à s’appuyer sur une nouvelle génération de joueurs déjà identifiée par le capitaine sortant lui-même comme méritant sa place. Pour l’Argentine comme pour le football mondial, la fin de l’ère Messi en sélection marque moins une rupture brutale que l’aboutissement logique d’un cycle exceptionnellement long, entamé par un adolescent expulsé après moins d’une minute de jeu et refermé, deux décennies plus tard, par la légende la plus décorée de l’histoire du jeu.
Cheickna Coulibaly






