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Mali : cinq ans de diplomatie souveraine, comment Assimi Goïta a redéfini la politique étrangère du pays

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En cinq ans, le Mali a rebattu les cartes de sa politique étrangère : rupture avec les tutelles héritées, retrait assumé du G5 Sahel et de la CEDEAO, départ négocié de la MINUSMA, naissance de l’Alliance des États du Sahel devenue Confédération, diversification tous azimuts des partenariats. Sahel Tribune retrace, étape par étape, cinq années d’une diplomatie souveraine qui a fait de Bamako un acteur qui choisit désormais ses partenaires plutôt que de les subir.

C’est une transformation que beaucoup n’ont pas voulu voir, et que d’autres ont refusé de nommer pour ce qu’elle est : une véritable refondation diplomatique. Depuis 2021, le Mali a fait le choix d’une rupture assumée avec l’architecture internationale héritée des indépendances et progressivement reconfigurée sous tutelle extérieure. Cinq ans plus tard, les faits parlent d’eux-mêmes. Bamako siège à la tribune des Nations unies, conclut de nouveaux partenariats, crée sa propre organisation régionale, et reçoit les lettres de créance d’ambassadeurs venus des quatre coins du monde. Ce n’est pas un repli. C’est un repositionnement, assumé et revendiqué par les nouvelles autorités.

2022 : l’heure des choix tranchés et souverains

La séquence diplomatique s’ouvre avec fracas. En février 2022, les forces françaises de l’opération Barkhane quittent le territoire malien, suivies par la Task Force européenne Takuba. La fin d’une ère marquée par la tutelle extérieure. En mai 2022, Bamako franchit une étape supplémentaire en se retirant du G5 Sahel, organisation de coopération sécuritaire dont il était pourtant un membre fondateur depuis 2014. C’est au nom de la nécessaire reconquête de la souveraineté nationale que les autorités maliennes ont démantelé, avec courage, l’architecture que les partenaires internationaux avaient mise en place à partir de 2013.

Ces décisions, qualifiées de téméraires, voire suicidaires par certaines chancelleries occidentales, ont pourtant été assumées par les autorités de la Transition avec une clarté doctrinale inédite : la souveraineté, le choix des partenaires et la défense des intérêts des Maliens érigés en principes constitutionnels. Le 14 janvier 2022, journée de mobilisation populaire contre les sanctions de la CEDEAO, est depuis déclaré Journée de la souveraineté retrouvée. Un symbole fort d’une diplomatie qui puise ses fondements dans la légitimité populaire autant que dans les actes d’État.

2022-2023 : Bamako porte sa voix à la tribune du monde

La rupture ne s’est pas accomplie dans le silence. Elle s’est portée, avec constance, à la tribune des instances multilatérales les plus prestigieuses. En septembre 2022, le Premier ministre par intérim, le colonel Abdoulaye Maïga, s’exprime devant la 77e session de l’Assemblée générale des Nations unies au nom du gouvernement de transition. Il y expose une vision claire : celle d’un Mali qui prend son destin en main, dans le respect de la Charte de l’ONU, mais en dehors des tutelles qui ont montré leurs limites.

En octobre 2022, le ministre des Affaires étrangères Abdoulaye Diop défend avec fermeté la position malienne devant le Conseil de sécurité, lors de l’examen du rapport du Secrétaire général sur la situation au Mali. Sa réponse aux accusations formulées par le représentant permanent de la France reste un moment marquant de la diplomatie malienne contemporaine : une parole ferme, documentée, portée depuis le plus haut forum de la gouvernance mondiale.

En juin 2023, Bamako franchit l’acte diplomatique le plus audacieux de la période : la demande de retrait « sans délai » de la MINUSMA, la mission onusienne forte de 13 000 soldats déployée depuis 2013. Le Conseil de sécurité décide de mettre fin au mandat de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali à compter du 30 juin 2023, la priant de commencer immédiatement la cessation de ses opérations. La résolution 2690 est adoptée à l’unanimité, un signal fort que la demande malienne était juridiquement et politiquement fondée, y compris pour ceux qui la contestaient initialement. Le retrait effectif s’achève au 31 décembre 2023. La démonstration est faite : un État souverain peut imposer sa volonté à une mission onusienne.

En septembre 2023, à la 78e session de l’Assemblée générale, Abdoulaye Diop monte à nouveau à la tribune. Il déclare que son pays prend son destin en main et dénonce les ingérences de puissances qui facilitent les activités de groupes armés. Il réitère le soutien du Mali à une réforme du Conseil de sécurité afin de le rendre plus représentatif, et salue l’ouverture des BRICS à de nouveaux États africains ainsi que l’élargissement du G20 à l’Union africaine. Le Mali porte désormais la question de la réforme de la gouvernance mondiale depuis la plus haute tribune du monde. Ce n’est pas l’attitude d’un pays isolé : c’est la posture assumée d’un pays qui entend peser.

Septembre 2023 : la naissance de l’AES, acte fondateur d’une diplomatie régionale souveraine

Le 16 septembre 2023, le Mali cosigne avec le Burkina Faso et le Niger la Charte du Liptako-Gourma, acte fondateur de l’Alliance des États du Sahel (AES), conçue initialement comme un pacte de défense mutuelle entre les trois pays. Le 6 juillet 2024, les trois chefs d’État transforment cette alliance en Confédération des États du Sahel, une organisation régionale à part entière, dotée de ses propres institutions, de sa feuille de route, et d’une force unifiée de plus de 15 000 hommes. En janvier 2024, les trois pays quittent la CEDEAO. Une organisation régionale est née, sous impulsion malienne, portée par une vision commune de souveraineté et de solidarité entre pays sahéliens.

2024 : la voix malienne portée au Sommet de l’avenir

En septembre 2024, Abdoulaye Diop représente le Mali au Sommet de l’avenir convoqué par l’ONU à New York. Il s’y exprime au nom du président Assimi Goïta, alors également à la tête de la présidence de la Confédération AES. Il réaffirme l’attachement du Mali aux principes d’égalité souveraine des États, de règlement pacifique des différends et de non-ingérence dans les affaires intérieures des États, et appelle à des réformes du Conseil de sécurité et des institutions financières internationales afin de les adapter aux réalités du temps. Le Mali porte désormais une parole qui dépasse ses frontières : celle du « Sud global » réclamant une refondation du multilatéralisme.

2025-2026 : diversification assumée des partenariats et rayonnement mondial

Depuis l’accession du Général d’Armée Assimi Goïta à la tête de la Transition le 24 mai 2021, le ballet diplomatique de Koulouba s’est nettement intensifié, traduisant en actes la stratégie de diversification des partenariats extérieurs du Mali. Depuis fin 2022, au moins une quarantaine de lettres de créance ont été présentées au Chef de l’État par de nouveaux ambassadeurs accrédités, à travers une dizaine de cérémonies successives tenues au Palais de Koulouba. Ce mouvement s’est traduit par l’arrivée de diplomates venus d’horizons variés et parfois inédits pour la diplomatie malienne, Indonésie, Corée du Sud, Bulgarie, Pakistan, Grèce en novembre 2022 ; Sénégal, Guinée, Turquie et Mauritanie en octobre 2023 ; Iran, Pays-Bas et Chine en janvier 2026 ; Italie, Slovaquie et Suisse en mai 2026 , illustrant une ouverture assumée vers l’Asie, l’Europe de l’Est, le Moyen-Orient et les partenaires régionaux, sans rupture avec les puissances occidentales traditionnelles.

Si ce chiffre demeure une estimation construite à partir de sources dispersées et ne prétend pas à l’exhaustivité, la tendance qu’il révèle est sans ambiguïté : sous la présidence Goïta, le Mali a multiplié les accréditations diplomatiques à un rythme soutenu, confirmant que la diversification proclamée de sa politique étrangère ne relève pas seulement du discours, mais se vérifie dans la réalité protocolaire et institutionnelle.

En avril 2026, le président Goïta reçoit à Koulouba les lettres de créance de quatre nouveaux ambassadeurs accrédités, parmi lesquels Ahmed bin Turki Al Subaie, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de l’État du Qatar, Umar Sanda Ahmed, ambassadeur désigné du Ghana, et Viviana Hernandez Fonseca, nouvelle ambassadrice de Cuba, traduisant une diversification qui touche désormais le Golfe, l’Afrique de l’Ouest anglophone et les Caraïbes.

Sur le plan des décisions souveraines, Bamako applique le principe de réciprocité avec Washington : lorsque les États-Unis imposent des restrictions de visas à des ressortissants maliens, le Mali répond en imposant des visas aux ressortissants américains, un geste de symétrie diplomatique assumé, inédit pour un pays sahélien, et révélateur d’une diplomatie qui ne se contente plus de subir. Avec le Maroc, Bamako consolide un partenariat qualifié de « stratégique », annonçant le retrait de la reconnaissance de la République arabe sahraouie démocratique, en soutien au plan d’autonomie marocain. En qualifiant ce partenariat de « stratégique », Bamako officialise une montée en gamme de la coopération bilatérale, avec une commission mixte de coopération annoncée avant la fin de 2026.

20 juin 2026 : une diplomatie confédérale en ordre de marche

Le 20 juin 2026, les ministres des Affaires étrangères de l’AES se réunissent à Bamako pour lancer la feuille de route diplomatique de l’An II de la Confédération. Les ministres ont acté des mesures visant à fusionner, à terme, l’influence diplomatique des trois États sur la scène internationale. Ils entendent coordonner leurs positions à la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies prévue à New York en septembre 2026 et défendre des positions mieux concertées dans une enceinte internationale de premier plan. La réflexion sur une carte diplomatique confédérale est en cours : comment couvrir le monde à trois voix unies plutôt qu’à trois voix dispersées, signe que la souveraineté retrouvée se conjugue désormais au pluriel confédéral.

Ce que ce bilan nous dit

Aucune honnêteté intellectuelle ne permet de présenter ces cinq années comme un long fleuve tranquille. La menace terroriste reste réelle et meurtrière. Les tensions avec l’Algérie, la suspension de certains cadres multilatéraux, les défis économiques et humanitaires pèsent lourd. La route vers la stabilité est longue, et les autorités elles-mêmes ne prétendent pas le contraire.

Mais il faut dire aussi ce qui est vrai : en cinq ans, le Mali a réussi à s’imposer comme un acteur diplomatique qui choisit ses partenaires, porte sa parole dans les enceintes internationales les plus élevées, bâtit sa propre architecture régionale et oblige les grandes puissances à le traiter autrement qu’avant. Dans un environnement marqué par les tensions et les recompositions géopolitiques, Bamako prône une diplomatie fondée sur la souveraineté et la constance. « Nous avons tracé une ligne, celle de la souveraineté et de la responsabilité », a déclaré le chef de l’État Assimi Goïta en février 2026, lors de la présentation des vœux de Nouvel An du Corps diplomatique, ajoutant que le Mali entend désormais bâtir des partenariats sincères, « sans tutelle, sans injonction, sans instrumentalisation ».

Refuser de voir cette trajectoire, c’est choisir le confort du préjugé sur la rigueur des faits.

Chiencoro Diarra 


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