Le prix de l’or s’envole, et les États du Sahel veillent à en garder une plus grosse part. Entre records de la demande mondiale, reprise en main étatique des mines au Mali, au Burkina Faso et au Ghana, et montée en puissance de nouveaux producteurs comme la Côte d’Ivoire, le Niger et la Sierra Leone, l’Afrique de l’Ouest redevient l’épicentre d’un bras de fer mondial entre États et investisseurs.
Au premier trimestre 2026, la demande mondiale d’or a atteint 1 231 tonnes, un marché record de 193 milliards de dollars, en hausse de 74 % sur un an, selon le Gold Demand Trends du World Gold Council. Cette flambée, portée par les achats des banques centrales et l’appétit des investisseurs asiatiques, redessine la carte des rapports de force en Afrique de l’Ouest, premier bassin aurifère du continent.
Mali : la reprise en main de l’État après la crise de 2025
Au Mali, ce boom coïncide avec la remontée en puissance du secteur minier après la crise de 2025. La production industrielle d’or a bondi de 30 % au premier trimestre, portée notamment par la reprise des opérations du complexe Loulo-Gounkoto, comme l’a documenté Sahel Tribune.
Le code minier adopté en 2023 avait porté à 35 % la participation possible de l’État dans les projets, un modèle depuis reconduit pour chaque nouveau gisement, dont celui de Kobada, dans le cercle de Kangaba.
Burkina Faso et Ghana : nationalisations et guichets d’État
Le Burkina Faso pousse la logique plus loin encore. Depuis la création, en 2023, de la Société de participation minière du Burkina (Sopamib), Ouagadougou a nationalisé plusieurs mines, dont Boungou et Wahgnion, rachetées à l’opérateur Lilium Mining pour environ 80 millions de dollars, un montant sans commune mesure avec leur valeur d’exploitation, selon Africa Briefing. Le pays, quatrième producteur du continent, construit également sa première raffinerie nationale, pour retenir davantage de valeur ajoutée sur son propre sol.
Le Ghana, doyen aurifère de la région, a créé en 2025 le Ghana Gold Board (GoldBod), désormais acheteur et exportateur unique de l’or issu de l’exploitation artisanale, et signataire d’un accord avec neuf grandes compagnies minières pour racheter 20 % de leur production, afin de reconstituer les réserves de change de la banque centrale.
Côte d’Ivoire, Niger, Sierra Leone : la relève des producteurs
Pendant que ces trois États resserrent l’étau réglementaire, une nouvelle génération de producteurs monte en puissance. La Côte d’Ivoire multiplie les permis d’exploration, le Niger développe ses propres gisements aurifères en parallèle de son secteur uranifère, et la Sierra Leone voit sa production industrielle progresser d’année en année. Ces pays, moins avancés dans la renégociation de leurs codes miniers, observent avec attention le bras de fer engagé par leurs voisins avec les multinationales.
Reste une tension de fond, que les cours records ne suffisent pas à dissoudre. Plus la part de l’État grossit, plus le risque perçu par les investisseurs étrangers augmente, dans un secteur qui exige des capitaux patients sur quinze ou vingt ans. Le pari des gouvernements sahéliens est que la hausse des prix compensera cette prime de risque additionnelle. À l’heure où l’once dépasse des sommets historiques, cette équation tient encore.
Oumarou Fomba






