Home A la Une Le général Assimi Goïta : « L’excellence ne connaît ni région, ni langue, ni origine »

Le général Assimi Goïta : « L’excellence ne connaît ni région, ni langue, ni origine »

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Il y a des images qui disent, en un instant, ce que des années de discours politiques peinent parfois à installer. Celle des meilleurs bacheliers du Mali, sessions 2025 et 2026, réunis le jeudi 27 août 2026 au Palais de Koulouba autour du président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta, en est une. Sur le réseau social X, le chef de l’État l’a résumée en une phrase qui mérite qu’on s’y arrête : « De Kayes à Kidal, de Sikasso à Tombouctou, l’excellence ne connaît ni région, ni langue, ni origine. Elle ne connaît que le mérite. »

De Kayes à Kidal, de Sikasso à Tombouctou, l’excellence ne connaît ni région, ni langue, ni origine. Elle ne connaît que le mérite.

Pour qui n’a pas suivi de près la dernière décennie malienne, cette énumération de villes peut sembler une simple clause de style protocolaire. Elle ne l’est pas. Il y a moins de trois ans, en novembre 2023, Kidal restait, depuis 2014, hors du giron effectif de l’État malien, chef-lieu tenu par des mouvements armés, dernière capitale régionale à être revenue sous administration nationale. Que la ville figure aujourd’hui, sans emphase particulière, dans la même phrase que Kayes, Sikasso ou Tombouctou, pour saluer des jeunes reçus au baccalauréat, dit quelque chose de la trajectoire parcourue. Le retour de la souveraineté ne se mesure pas seulement au déploiement d’un drapeau sur un bâtiment administratif ; il se mesure aussi au jour où un enfant de cette ville peut, comme n’importe quel autre enfant du pays, voir son mérite scolaire reconnu au plus haut niveau de l’État.

Le mérite contre les fractures

La formule présidentielle mérite d’être prise au sérieux précisément parce qu’elle s’attaque à ce qui a longtemps rongé la cohésion malienne : la conviction, entretenue par endroits pendant des décennies, que l’accès aux positions, aux diplômes et à la reconnaissance de l’État dépendait moins du travail fourni que du lieu de naissance, du réseau familial ou de l’appartenance communautaire. Ce sentiment de relégation, documenté depuis longtemps dans les analyses sur les racines de la crise du Nord, a nourri les rancœurs autant que les rébellions elles-mêmes. En opposant frontalement à cette logique un principe simple et vérifiable, le mérite scolaire, sanctionné par un examen national unique, le même pour tous, le chef de l’État ne fait pas seulement un geste protocolaire. Il pose un jalon de méthode pour la réconciliation qu’appelle de ses vœux le projet de « Maliden Kura », défini dans la Charte nationale pour la paix et la réconciliation nationale issue du Dialogue inter-Maliens.

Il y a, dans l’école républicaine, quelque chose que ni la rente, ni le clan, ni la région ne peuvent totalement confisquer : la copie d’examen ne porte pas de patronyme identifiable à l’oral et la moyenne ne varie pas selon la langue parlée à la maison. Rappeler cette évidence depuis le Palais présidentiel, devant les meilleurs élèves de deux sessions du baccalauréat venus de différentes régions du pays, parmi lesquels le premier national est issu précisément de la région de Tombouctou, c’est donner à la jeunesse malienne un signal clair. Celui de dire que la nation qu’on leur demande de construire n’est pas un espace de compétition entre terroirs, mais une communauté de destin où chacun peut, par le travail, se hisser au sommet.

C’est aussi l’un des fondements d’un régime démocratique : celui dans lequel la naissance, l’origine ou l’appartenance territoriale ne prédéterminent pas la place de chacun dans la société et où les mêmes règles s’appliquent à tous. En ce sens, l’idéal d’isonomie, l’égalité devant la loi, rejoint celui d’une méritocratie fondée sur des règles communes.

Une pédagogie de l’unité à poursuivre

On objectera, à raison, qu’une phrase, fût-elle juste, ne suffit pas à effacer les inégalités bien réelles qui séparent encore les lycées de Kayes ou de Sikasso des établissements les mieux dotés de la capitale, ni les besoins criants d’infrastructures scolaires dans les zones les plus affectées par l’insécurité. La méritocratie proclamée ne vaudra ce qu’elle promet que si l’État investit, dans la durée, pour que l’égalité des chances précède l’égalité des résultats : écoles reconstruites, enseignants affectés, cantines assurées jusque dans les localités les plus reculées du pays. Un effort déjà engagé par les autorités maliennes depuis quelques années, à travers la rénovation des établissements existants, mais aussi la construction de nouveaux établissements, dont plusieurs lycées et universités.

Au-delà de cela, il faut aussi reconnaître la valeur, en elle-même, du geste symbolique. Dans un pays qui sort à peine d’une décennie de fracture territoriale, choisir de célébrer publiquement, au nom de l’unité nationale, des enfants de différentes régions plutôt que de les distinguer par leur origine, c’est déjà une manière de gouverner par l’exemple.

A.D

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