Réunis à Lungi, près de Freetown, les chefs d’État ouest-africains ont confié au président sénégalais la présidence tournante de la Communauté, tandis que son compatriote, le général Birame Diop, prenait la tête de la Commission. Une double première pour Dakar, qui hérite d’une organisation fragilisée par le départ des pays de l’AES.
Le Sénégal n’avait jamais occupé la présidence de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO. C’est désormais chose faite. Au terme de la 69ᵉ session ordinaire de l’organisation, réunie dimanche 19 juillet à Lungi, près de Freetown, en Sierra Leone, les dirigeants ouest-africains ont confié au président Bassirou Diomaye Faye la présidence tournante de la Communauté, qu’il a acceptée « avec humilité», selon ses mots publiés sur X à l’issue du sommet.
« C’est avec humilité que j’accueille la confiance placée en notre pays, appelé à la présidence en exercice de la CEDEAO », a écrit le chef de l’État sénégalais, remerciant ses pairs pour « l’esprit de fraternité » ayant présidé aux travaux du sommet. Il succède au président sierra-léonais Julius Maada Bio, hôte de cette 69ᵉ session.
Un doublé institutionnel pour Dakar
Ce sommet marque un doublé institutionnel pour le Sénégal. Outre la présidence tournante de la Conférence, le pays voit également l’un de ses ressortissants, le général d’armée aérienne Birame Diop, élu à la tête de la Commission de la CEDEAO. L’organe exécutif de l’organisation, pour un mandat de quatre ans, courant jusqu’en 2030. Ancien ministre des Forces armées sénégalaises et ex-conseiller militaire du secrétaire général des Nations unies pour les opérations de paix entre 2021 et 2024, le général Diop succède au Gambien Omar Alieu Touray, en poste depuis 2022. Sa candidature, seule en lice, avait été officialisée dès le 31 mai par Bassirou Diomaye Faye lui-même, après que le Sénégal eut obtenu ce poste lors du sommet d’Abuja de décembre 2025. Une attribution alors présentée comme le fruit de la position jugée « neutre » de Dakar dans les tensions internes à l’organisation.
« Je félicite le Général d’Armée Birame Diop, élu à la présidence de la Commission, et l’assure de tout mon soutien », a écrit le président sénégalais, qui devra désormais composer avec son propre compatriote à la tête de l’appareil exécutif de la CEDEAO. Une proximité institutionnelle inédite pour l’organisation.
Terrorisme, finances et unité régionale
Devant ses pairs, Bassirou Diomaye Faye a dressé un diagnostic sans complaisance de l’état de la Communauté. Une économie régionale résiliente mais encore vulnérable, une sécurité mise à mal par le terrorisme, des institutions à réformer. Il a plaidé pour l’opérationnalisation de la Force régionale de lutte contre le terrorisme, annoncée de longue date mais toujours pas pleinement déployée, la mutualisation des moyens militaires des États membres, ainsi que le renforcement de l’autonomie financière de l’organisation. Un serpent de mer des sommets communautaires, la CEDEAO restant très dépendante des financements extérieurs.
Le nouveau président en exercice hérite d’une organisation fragilisée par plusieurs coups d’État successifs et, surtout, par le départ du Mali, du Burkina Faso et du Niger, regroupés depuis au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES). Un dossier sur lequel le Sénégal, plus que toute autre capitale de la région, a intérêt à jouer les médiateurs, sans avoir pour l’heure obtenu d’avancée concrète vers un retour des pays sahéliens dans le giron de l’organisation.
Bassirou Diomaye Faye entend incarner une voix ouest-africaine plus unie sur la scène internationale, alors même que la Communauté traverse l’une des crises les plus profondes de son histoire.
La rédaction






