À travers les régions du Mali, le 66ᵉ anniversaire de l’indépendance a été marqué par les défilés civilo-militaires, les dépôts de gerbes et les hommages aux soldats tombés. De Kayes à Gao, les autorités ont également présenté des bilans mêlant résultats économiques, enjeux sécuritaires et initiatives locales.
D’un bout à l’autre du territoire malien, le 22 septembre a suivi un même rituel : montée des couleurs, revue des troupes, dépôt de gerbe et défilé civilo-militaire. Mais au-delà de ce cérémonial commun, les allocutions prononcées par les gouverneurs et préfets dans chaque région ont dressé des bilans contrastés, reflet des réalités très différentes que traverse le pays selon les territoires.
À Kayes, une région qui revendique n’avoir « pas cédé »
Au camp militaire Mamadou-Lamine-Dramé, le gouverneur de Kayes, le général de brigade Moussa Soumaré, a dressé un bilan résolument offensif de l’année écoulée, marquée pourtant par une forte pression sécuritaire sur les axes d’approvisionnement. « La région n’a pas cédé. Elle n’a pas renoncé. Kayes a continué à vivre, à travailler, à produire et à avancer », a-t-il déclaré, avant d’égrener des chiffres. Une production d’or brut des grandes sociétés minières établie à 19,277 tonnes au premier semestre 2026, contre 13,041 tonnes un an plus tôt, 160 393 hectares emblavés pour une production céréalière attendue de 225 855 tonnes, et une balance commerciale régionale excédentaire de plus de 6,46 milliards de francs CFA. Le gouverneur a également fait état de 11 108 camions-citernes escortés sur les corridors Diboli-Kayes et Mahinamine-Kéniéba, pour près de 496 millions de litres de produits pétroliers acheminés sur les trois derniers trimestres.
La région n’a pas cédé. Elle n’a pas renoncé. Kayes a continué à vivre, à travailler, à produire et à avancer
À Sikasso, la mémoire d’une attaque déjouée et une foule en liesse
Dans la troisième région administrative, la gouverneure Kanté Marie Claire Dembélé a salué, au camp Tièba-Traoré, « la bravoure, la vigilance et le professionnalisme » des Forces armées maliennes lors de l’attaque au drone kamikaze contre le commissariat de police de Kignan, le 30 août dernier. Un assaut repoussé selon l’état-major, qui avait ensuite localisé et frappé plusieurs regroupements armés dans le secteur voisin de Dogoni. « La situation demeure préoccupante dans certaines zones », a-t-elle reconnu, tout en assurant que les forces de défense restaient « mobilisées et en alerte ».
A Bamako, après le défilé, une ambiance résolument populaire s’est emparée des abords du Monument de l’Indépendance, où un rassemblement spontané de jeunes a prolongé la fête au son des vuvuzelas et des chants patriotiques. Les petits vendeurs ambulants en ont profité pleinement : vuvuzelas entre 500 et 1 500 francs CFA, sachets d’eau à 25 francs et œufs bouillis se sont arrachés sous une chaleur accablante. « Depuis ce matin, j’en ai déjà vendu plusieurs. Les gens veulent garder quelque chose de la fête », confiait Mamadou Traoré, 17 ans, en écoulant ses vuvuzelas dans la foule.
Depuis ce matin, j’en ai déjà vendu plusieurs. Les gens veulent garder quelque chose de la fête
À Gao, hommage à un officier tombé et présence de l’AES
Dans le septentrion malien, la cérémonie présidée par le gouverneur de Gao, le général de division Moussa Moriba Traoré, s’est distinguée par la présence du président de la commission Défense de l’Alliance des États du Sahel, Moussa Ag Acharatoumane. Elle a été marquée par l’inauguration d’un centre d’accueil du secteur n° 1 de la première région militaire, baptisé du nom du lieutenant Nama Sangaré, tombé les armes à la main le 3 décembre 2023 lors de l’attaque du poste frontalier d’Abeïbara. Selon le colonel-major Ibrahim Samassa, commandant de la première région militaire, l’officier était resté « en contact permanent » avec son poste de commandement jusqu’à sa mort. Un leadership auquel le commandement attribue la résistance du poste ce jour-là. Le gouverneur a par ailleurs dressé la liste des défis persistants de sa région (réhabilitation de la route Sévaré-Gao, démarrage du barrage de Taoussa) aux côtés d’avancées sécuritaires et infrastructurelles saluées durant son discours.
Ailleurs dans le pays, une même ferveur
Dans le cercle de Bafoulabé, les autorités ont profité de la commémoration pour réaffirmer une revendication locale : voir le cercle accéder au statut de vingtième région du Mali dans le cadre des réformes territoriales de la Transition. À Mopti, le gouverneur Daouda Dembélé a consacré une partie des festivités à la visite des blessés de guerre, partageant un repas avec eux après avoir observé une minute de silence pour les victimes du terrorisme.
À Ségou, le gouverneur Chiaka Magassa a profité de son allocution pour annoncer la tenue prochaine d’une Biennale sportive régionale, tandis qu’à Ouélessébougou et à Tominian, les cérémonies, plus modestes, se sont conclues par des compétitions sportives populaires (course cycliste, épreuves de vitesse et concours ludiques ) rassemblant les populations locales autour d’un même mot d’ordre, martelé jusque dans les plus petites préfectures du pays : l’unité nationale.
Oumarou Fomba
