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Place Mali Kɛlɛmasaw : Kaloga et Nyamsi revisitent la mémoire du Mali

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Le samedi 19 septembre, en marge de l’enregistrement d’une émission spéciale de « Gwèlèkan », par la télévision nationale du Mali (ORTM) consacrée à la souveraineté nationale, le colonel à la retraite Issa Kaloga et le professeur Franklin Nyamsi se sont exprimés sur la Place Mali Kɛlɛmasaw, située dans l’enceinte du Palais de Koulouba. Anciennement appelée « Place des Gouverneurs du Soudan français », elle a été officiellement rebaptisée « Place Mali Kɛlɛmasaw », qui signifie « Les chefs de guerre du Mali », en décembre 2025.

Pour le colonel à la retraite Issa Kaloga, cet aménagement constitue une évolution importante dans la manière de représenter l’histoire du pays. Revenant sur le passé du site, il rappelle que cet espace existait déjà à l’époque coloniale, avec des représentations liées à cette période. Selon lui, le changement intervenu permet désormais de mettre en avant des personnalités maliennes, notamment des figures civiles et militaires qui ont joué un rôle dans la marche du pays vers l’indépendance.

Une initiative à étendre à d’autres espaces publics plus accessibles aux populations

Issa Kaloga estime que cette transformation porte un message particulier. À ses yeux, le remplacement des anciennes représentations par celles de figures maliennes traduit une volonté de réappropriation de l’histoire nationale et constitue un symbole de souveraineté. Il considère également que cette initiative rend hommage au peuple malien et à ceux qui ont contribué, à différentes périodes, à la construction du pays.

Le colonel à la retraite estime toutefois que cette démarche pourrait être étendue à d’autres espaces publics plus facilement accessibles aux populations. Il souligne que l’accès au Palais de Koulouba reste limité pour une grande partie des citoyens. Il propose ainsi que des lieux comme le Parc national ou la Place du Cinquantenaire puissent également accueillir des représentations de grandes figures de l’histoire du Mali, afin de permettre au plus grand nombre de les découvrir.

Offrir aux jeunes générations des modèles issus de leur propre histoire 

De son côté, le professeur Franklin Nyamsi, philosophe et enseignant, porte un regard plus large sur la portée symbolique de cette transformation. Pour lui, la réorganisation de cet espace à Koulouba constitue un moment important dans le rapport des Africains à leur propre histoire. Il estime que les espaces publics ont longtemps servi à inscrire dans la mémoire collective les symboles et les figures des puissances ayant exercé leur domination sur le continent.

Dans son analyse, Franklin Nyamsi considère que la présence de monuments consacrés à des figures de la période coloniale participe à une certaine lecture de l’histoire. Il estime que le fait de consacrer désormais ces lieux à des personnalités africaines ayant marqué les luttes pour l’indépendance permet de modifier ce récit et de redonner une place centrale aux acteurs de l’histoire nationale.

Le professeur insiste également sur la dimension éducative de cette démarche. Selon lui, la mise en valeur des grandes figures africaines peut offrir aux jeunes générations des modèles issus de leur propre histoire. Il estime que cette orientation pourrait également être davantage intégrée dans l’enseignement, à travers une meilleure connaissance des personnalités qui ont contribué à l’émancipation des peuples africains.

La transformation de Koulouba, une forme de « libération par l’architecture »

Pour Franklin Nyamsi, la portée de ces représentations dépasse ainsi le seul cadre architectural. Il évoque des effets possibles sur la mémoire collective, l’éducation, la culture et même l’activité économique, à travers la production d’ouvrages, d’images, de vêtements ou d’autres supports consacrés aux figures historiques africaines. Il considère également que la manière dont les pays africains présentent leur histoire peut contribuer à changer le regard porté sur le continent par les visiteurs et les générations futures.

Le professeur cite également l’exemple d’autres pays africains où des monuments liés à la période coloniale occupent encore une place importante dans l’espace public. Il estime que l’initiative engagée au Mali pourrait nourrir, ailleurs sur le continent, une réflexion sur la représentation des héros africains dans les villes et les lieux symboliques.

Dans son propos, Franklin Nyamsi présente ainsi la transformation de Koulouba comme une forme de « libération par l’architecture ». Selon lui, les lieux, les monuments et les symboles peuvent participer à la construction d’une nouvelle conscience historique et culturelle.

Transmettre l’histoire aux générations futures

Les deux intervenants se rejoignent ainsi sur l’importance accordée à la mémoire nationale, même si leurs approches diffèrent. Pour Issa Kaloga, l’enjeu réside notamment dans la reconnaissance des figures maliennes et dans la transmission de leur héritage au peuple. Pour Franklin Nyamsi, cette démarche porte une dimension plus large, touchant à la mémoire, à l’éducation, à la culture et à la manière dont les sociétés africaines se représentent elles-mêmes.

Leurs interventions ont été recueillies le samedi 19 septembre à Koulouba, quelques jours avant la célébration du 22 septembre, date marquant l’indépendance du Mali. La Place Mali Kɛlɛmasaw représente ainsi, à travers leurs témoignages, un espace où se croisent mémoire historique, représentation nationale et réflexion sur la manière de transmettre l’histoire aux générations futures.

Cheickna Coulibaly

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