Au terme d’une visite au Mali et au Burkina Faso, le Haut-Commissaire des Nations unies pour les réfugiés, Barham Salih, a appelé à un investissement accru dans la protection et les solutions durables pour les populations déplacées de force, alors que leur nombre a presque doublé dans la région depuis 2020 et que la réponse humanitaire du HCR n’est financée qu’à 25 %.
L’insécurité demeure le principal moteur des déplacements forcés au Burkina Faso, au Mali et au Niger. Selon les chiffres communiqués par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) à l’issue de la visite de son chef, Barham Salih, le nombre total de personnes déplacées de force dans les trois pays a presque doublé depuis 2020, atteignant 3,8 millions au 31 juillet 2026, dont plus de 818 000 réfugiés et demandeurs d’asile.
Ce déplacement forcé déborde désormais largement le seul Sahel central. A la même date, plus de 460 000 réfugiés et demandeurs d’asile ayant fui les violences au Burkina Faso avaient trouvé refuge dans les pays voisins, tandis que la Mauritanie accueille à elle seule environ 169 000 réfugiés maliens. À travers tout le Sahel, des réfugiés empruntent par ailleurs, souvent aux côtés de migrants, des itinéraires dangereux vers l’Afrique du Nord et l’Europe.
« Le Sahel central est une région qui compte »
« Le Sahel central est une région qui compte. Nous ne pouvons pas rester indifférents. Les défis rencontrés ici — insécurité, pressions climatiques et déplacements forcés — ont des implications qui dépassent largement la région », a déclaré Barham Salih, cité dans le communiqué du HCR. « Ne pas rester engagés aujourd’hui risque de créer des défis bien plus importants demain. Mais ce qui manque souvent dans les grands titres, c’est l’opportunité que j’ai pu observer. Beaucoup des personnes que j’ai rencontrées sont concentrées sur la reconstruction de leur vie. Avec l’accès à l’éducation et à des opportunités économiques, cela devient possible. » Le Haut-Commissaire a toutefois averti que ces solutions, « en train de prendre forme », nécessitaient des investissements allant bien au-delà de la seule réponse humanitaire pour atteindre une échelle suffisante.
Le Sahel central est une région qui compte. Nous ne pouvons pas rester indifférents. Les défis rencontrés ici — insécurité, pressions climatiques et déplacements forcés — ont des implications qui dépassent largement la région
Les enjeux sont particulièrement importants pour la jeunesse. Plus de la moitié des réfugiés et demandeurs d’asile enregistrés dans le Sahel central ont moins de 18 ans, mais seulement un tiers des enfants réfugiés ont accès à l’enseignement primaire et secondaire. Un déficit d’accès à l’éducation qui, selon le HCR, risque de marquer durablement une génération entière.
De Koro à Tombouctou, une solidarité locale sous tension
Au cours de sa visite, Barham Salih s’est rendu à Koro, dans le centre du Mali, où il a observé la réponse d’urgence du HCR dans une zone ayant accueilli environ 86 000 réfugiés en provenance du Burkina Faso à la date de juillet 2026. À Tombouctou, où plus de 40 000 Maliens sont revenus après plusieurs années de déplacement, il a rencontré des familles en pleine reconstruction, appuyées par les autorités, le HCR et ses partenaires. Au Burkina Faso, à Kaya, il a visité des initiatives agricoles et de connectivité destinées à renforcer les moyens de subsistance et la résilience des populations déplacées comme des communautés d’accueil, avant de rencontrer, à Ouagadougou, des réfugiés maliens, tchadiens et mauritaniens installés dans la capitale burkinabè.
Le communiqué du HCR souligne la solidarité manifestée par les gouvernements et les communautés d’accueil des deux pays, qui continuent d’accueillir les personnes contraintes de fuir malgré une pression considérable sur les services, les infrastructures et les ressources locales. Le Mali a ainsi maintenu son engagement de longue date en matière d’asile et de protection internationale, notamment à travers la reconnaissance prima facie des réfugiés arrivant du Burkina Faso et du Niger, tandis que le Burkina Faso continue de garantir aux réfugiés l’accès à des droits essentiels, dont l’éducation et des opportunités de subsistance, tout en avançant sur leur inclusion dans les systèmes nationaux de protection sociale.
« Ce qui m’a impressionné, c’est l’engagement des gouvernements et des communautés à protéger et inclure les personnes contraintes de fuir », a ajouté Barham Salih, appelant à une plus grande implication des institutions financières internationales et du secteur privé pour permettre à ces solutions de changer d’échelle. Un appel d’autant plus pressant que la réponse du HCR dans le Sahel central ne serait aujourd’hui financée qu’à hauteur de 25 %. Une insuffisance qui affecte déjà des programmes critiques tels que la documentation, l’abri, les moyens de subsistance et l’inclusion économique des populations déplacées.
Ce qui m’a impressionné, c’est l’engagement des gouvernements et des communautés à protéger et inclure les personnes contraintes de fuir
Oumarou Fomba
