À la veille des législatives anticipées au Sénégal, prévues ce dimanche, les alliances inédites et les tensions de campagne reflètent les enjeux cruciaux d’un scrutin déterminant pour l’équilibre politique du pays.
La campagne électorale pour les législatives anticipées au Sénégal s’achève ce vendredi 15 novembre 2024, après des semaines marquées par des tensions, des alliances inédites, et des stratégies de terrain visant à convaincre les électeurs. Le scrutin prévu ce dimanche 17 novembre cristallise des enjeux politiques et économiques majeurs, alors que l’opposition cherche à s’unir contre le pouvoir en place.
Une campagne sous le signe des tensions et des rivalités
La campagne a été marquée par des affrontements violents entre les militants du Pastef, parti au pouvoir dirigé par Ousmane Sonko, et ceux des coalitions d’opposition. À Saint-Louis et Dakar, notamment, des échauffourées ont éclaté, entraînant des blessés et accentuant les inquiétudes sur le climat général. Le Premier ministre Ousmane Sonko, après avoir appelé ses partisans à « se venger« , a dû revenir sur ses propos, exhortant au calme et à une campagne pacifique dans les derniers jours précédant le vote.
En face, l’opposition s’est fédérée pour former une intercoalition inédite regroupant Takku Wallu, dirigée par l’ancien président Macky Sall, Samm Sa Kaddu, emmenée par le maire de Dakar Barthélémy Dias, et Jamm Ak Njarin, de l’ex-Premier ministre Amadou Ba. Cette alliance, bien que tactique, vise à contrer le Pastef dans les circonscriptions clés, notamment dans les bastions électoraux de Dakar, Keur Massar, Guédiawaye et Tivaouane.
Macky Sall : un retour en politique à distance
L’un des faits marquants de cette campagne est le retour sur la scène politique de Macky Sall, ancien président de 2012 à 2024, qui dirige la coalition Takku Wallu. Bien qu’il mène sa campagne depuis le Maroc, son influence reste forte. Ses équipes ont multiplié les rassemblements, comme la caravane de Guédiawaye, où les supporters ont scandé leur attachement à sa vision et à sa promesse de « restaurer la trajectoire économique et sociale » du Sénégal.
Pour Abdourafoun Touré, cadre de Takku Wallu, cette élection représente « une opportunité de remettre le Sénégal sur le bon chemin« . La présence numérique et téléphonique constante de Macky Sall avec ses équipes semble compenser son absence physique, un choix présenté comme stratégique pour éviter de raviver les tensions.
L’alliance de l’opposition : une stratégie pragmatique
La formation de l’intercoalition entre les forces de Macky Sall, Barthélémy Dias, et Amadou Ba, bien que surprenante, traduit une volonté de dépasser les divisions traditionnelles pour un objectif commun. Aliou Mara, de Samm Sa Kaddu, a justifié cette alliance par « la nécessité d’éviter que le Sénégal ne sombre dans la dérive sous le gouvernement actuel« .
Cependant, cette union n’a pas été sans heurts internes. Des divergences sur les investitures ont alimenté des frustrations, notamment parmi les membres de Jamm Ak Njarin et le Parti Socialiste. Amadou Ba, ancien Premier ministre et leader de Jamm Ak Njarin, a pris ses distances avec Macky Sall, tout en acceptant l’alliance pour maximiser les chances de l’opposition.
Les enjeux du scrutin du 17 novembre
Les législatives de dimanche sont cruciales pour redéfinir l’équilibre des pouvoirs au Sénégal. L’enjeu principal pour l’opposition est de priver Ousmane Sonko et le Pastef d’une majorité confortable au Parlement, tout en consolidant sa propre position. Si l’alliance entre Macky Sall, Barthélémy Dias, et Amadou Ba permet de décrocher des sièges dans des circonscriptions stratégiques, cela pourrait aboutir à une cohabitation politique inédite.
Pour les électeurs, le scrutin représente une opportunité d’exprimer leur satisfaction ou leur mécontentement vis-à-vis des huit premiers mois du gouvernement Sonko. Les promesses non tenues et les tensions sociales ont exacerbé les critiques, notamment chez les jeunes et les classes populaires, qui constituent une part importante de l’électorat.
Une campagne tournée vers les électeurs indécis
À Dakar et dans d’autres grandes villes, les derniers jours de campagne ont été marqués par une intensification des efforts pour convaincre les électeurs indécis. Des caravanes, des rassemblements de proximité, et du porte-à-porte ont été privilégiés par les coalitions, notamment dans les bastions électoraux stratégiques.
Malgré la compétition acharnée, certaines figures politiques, comme Fabineta Diaye de Takku Wallu, insistent sur l’importance d’une opposition constructive. « Nous ne sommes pas là pour bloquer le gouvernement, mais pour travailler pour les Sénégalais« , a-t-elle déclaré.
Une élection sous haute surveillance
Avec la clôture officielle de la campagne, prévue pour ce 15 novembre, toutes les attentions se tournent vers le jour du vote. Les autorités sénégalaises ont renforcé les dispositifs de sécurité, notamment dans les zones à risque, pour garantir un scrutin apaisé. Les observateurs nationaux et internationaux suivront de près le déroulement des opérations, alors que les tensions pourraient persister.
Dimanche soir, les Sénégalais découvriront si les stratégies d’alliances, les discours de campagne, et les promesses des candidats auront porté leurs fruits. Une chose est certaine : ces législatives détermineront l’avenir politique immédiat du Sénégal, à un moment où le pays est à la croisée des chemins entre continuité et changement.
Alassane Diarra






