Si Kamala Harris accède à la présidence des États-Unis, quelle place accordera-t-elle à l’Afrique ? Si le continent n’est pas au cœur de son programme de campagne, ses conseillers commencent déjà à dessiner les grandes lignes d’une politique africaine qui pourrait s’inscrire dans la continuité de celle de l’administration Biden.
Kamala Harris, étoile montante de la politique américaine, pourrait bien devenir la première femme présidente des États-Unis si elle remporte l’élection du 5 novembre prochain. L’enjeu est grand pour elle, et, par ricochet, pour les Africains aussi. Bien sûr, le continent ne figure pas en haut de sa liste de priorités — il y a d’abord à gérer les dossiers brûlants de l’économie américaine, de la sécurité intérieure et des relations avec la Chine. Mais nous voici, semble-t-il, tout de même dans ses pensées, ou du moins dans celles de ses conseillers. Voilà qu’on murmure dans les couloirs des stratèges démocrates que l’Afrique pourrait bien avoir sa place dans le programme de Harris, s’inscrivant dans la continuité de l’administration Biden. C’est une belle idée. Reste à voir si elle ne restera pas, encore une fois, une idée suspendue dans les étoiles, bien loin des réalités africaines.
Le continent sur une ligne de fond dans l’agenda politique
L’Afrique, cette « terre promise » qu’on évoque vaguement lors de quelques discours. Les Américains aiment ces promesses généreuses de renforcement des liens et d’aides financières, mais combien de fois ces promesses se sont-elles concrétisées au-delà des mots ? Les annonces symboliques, les visites-éclair — tout cela est souvent saupoudré de belles intentions, mais ce dont le continent a besoin, c’est d’un engagement concret, suivi et palpable.
On pourrait dire que Kamala Harris a le potentiel pour changer la donne. Fille d’immigrés, dotée d’un parcours qui l’a vue franchir des obstacles et casser quelques plafonds de verre, elle est sans doute plus connectée aux aspirations de nombreuses personnes issues de minorités. Pour une fois, pourrait-on espérer que, une dirigeante américaine porterait un regard plus empathique sur les réalités africaines. Mais même en admettant que Kamala Harris ait une vision pour l’Afrique, quels sont les vrais moyens dont elle disposerait ? Le fardeau économique post-Covid aux États-Unis, les tensions croissantes avec la Russie et la Chine, et les crises internes sont des poids lourds qui risquent de reléguer le continent à une ligne de fond dans l’agenda politique.
Des initiatives respectueuses des priorités africaines
L’administration Biden avait, il est vrai, fait quelques pas intéressants pour renouer avec l’Afrique, notamment avec le sommet États-Unis–Afrique tenu en 2022. Mais là encore, peu de retombées concrètes ont suivi. Pourquoi ? Parce que dans l’arène internationale, l’Afrique reste souvent un enjeu secondaire, un terrain de compétition économique et géopolitique entre grandes puissances, mais rarement un partenaire véritablement respecté. On sait déjà comment cela fonctionne : des promesses de développement, quelques lignes de crédit, des visites de courtoisie et, surtout, des attentes d’influence politique, sous couvert de partenariat.
Alors, Kamala Harris parviendra-t-elle à bouleverser cette dynamique ? Ou verrons-nous simplement une répétition des scénarios précédents, où les intérêts américains priment sur tout le reste ? Ce serait dommage de voir une fois de plus l’Afrique transformée en simple objet de discours sans que les actions suivent. Le continent ne manque pas de potentiels, et il est grand temps que les relations se fondent non pas sur des déclarations mielleuses et des promesses d’aides, mais sur de vrais projets de partenariat et des initiatives respectueuses des priorités africaines.
Kamala, ne nous déçois pas
Peut-être rêvons-nous d’une Amérique qui prendrait enfin à cœur les aspirations de l’Afrique, sans imposer des conditions toujours plus rigides. Peut-être espérons-nous une nouvelle voie, avec une présidence Harris, où la « coopération » ne serait pas qu’un mot vide. Mais en gardant un pied sur terre, sachons qu’il faudra sans doute plus que la simple perspective d’une candidate afro-descendante pour que les États-Unis regardent l’Afrique autrement qu’en terrain d’opportunité.
Alors Kamala, si le destin te mène à la Maison-Blanche, ne nous déçois pas.
Oumarou Fomba




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