La victoire de Donald Trump à la présidence américaine redessine les relations avec l’Afrique, posant de nombreux défis au continent entre risque de marginalisation, durcissement migratoire et opportunités pour repenser ses alliances. Analyse.
Donald Trump est de retour. Le 47e président des États-Unis, acclamé par ses partisans en Floride, revendique une « victoire historique » qui, selon lui, redonnera à l’Amérique sa grandeur. Pour les Américains, l’élection de Trump représente peut-être un retour aux politiques nationalistes et protectionnistes qui ont marqué son premier mandat. Mais pour l’Afrique ? Qu’est-ce que cette victoire incarne pour un continent dont les relations avec les États-Unis ont connu bien des hauts et des bas sous les différentes administrations américaines ?
Un tournant pour l’aide et les relations économiques ?
Lors de son premier mandat, Trump n’avait pas caché son désintérêt pour l’Afrique, un continent qu’il a publiquement dédaigné. Ce retour aux commandes des États-Unis pourrait bien être synonyme d’un coup de frein dans les relations économiques et diplomatiques. Contrairement à ses prédécesseurs, Trump n’a jamais fait de l’Afrique une priorité stratégique. Les programmes d’aide, les initiatives de développement et les accords commerciaux en faveur des pays africains pourraient être remis en question. Car, dans l’esprit du président Trump, chaque dollar d’aide étrangère est un dollar de trop si les intérêts directs des États-Unis ne sont pas en jeu.
Avec ce retour à la Maison-Blanche, l’aide au développement pourrait être réduite à son strict minimum, en ne ciblant que les États africains perçus comme alliés stratégiques. Pour les autres, c’est la porte ouverte à une marginalisation dans la répartition de l’aide américaine. En somme, l’Afrique pourrait se retrouver reléguée dans les priorités de la politique étrangère américaine, au profit d’un nationalisme exacerbé et d’un protectionnisme économique.
Les migrations africaines sous pression
Si l’on en juge par son discours de victoire, l’un des premiers objectifs de Trump est de « renforcer nos frontières ». Ce mantra est familier et rappelle sa politique d’immigration drastique qui avait, par le passé, renforcé les restrictions pour les Africains. Trump voit l’immigration, même légale, comme un obstacle à la « grandeur de l’Amérique ». Les Africains espérant étudier, travailler ou vivre aux États-Unis peuvent donc se préparer à des politiques d’immigration resserrées, plus discriminatoires et plus restrictives. Il est probable que le système de visas et d’asile soit durci, réduisant les opportunités pour les jeunes Africains d’accéder au rêve américain.
De plus, le retour de Trump pourrait exacerber les tensions migratoires déjà présentes en Afrique, car les pays du continent se retrouvent seuls face aux migrations internes et à la crise des réfugiés, souvent sans l’appui des grandes puissances.
L’ombre de la Chine s’étend-elle encore ?
Dans cette dynamique de repli américain, l’influence de la Chine, de la Russie et de la Turquie en Afrique pourrait être encore renforcée. Pendant que Trump tourne le dos au continent, la Chine, elle, investit sans relâche dans les infrastructures, les mines, les télécommunications et les projets de développement. Face à un Trump protectionniste et dédaigneux, l’Afrique se retrouve dans les bras d’une Chine et d’une Russie bien plus pragmatique et prête à renforcer ses partenariats sans trop de conditions politiques. Si la politique américaine se détourne de l’Afrique, le continent pourrait bien décider de renforcer encore plus ses liens avec la Chine et la Russie malgré la dépendance économique que cela implique.
La concurrence russo-sino-américaine, qui avait été marquée sous Biden par des tentatives d’investissements accrus de la part des États-Unis, pourrait prendre une tout autre direction sous Trump. L’Afrique devra apprendre à composer sans compter sur les fonds et le soutien des États-Unis, et cette situation pourrait précipiter l’Afrique dans une dépendance accrue envers la Chine et la Russie.
L’Afrique et la recherche de nouveaux alliés
Si Trump reprend le chemin de la Maison-Blanche avec une politique isolationniste, il serait plus que jamais crucial pour l’Afrique de diversifier ses alliances. Ce retour en force des États-Unis vers l’intérieur pourrait pousser les pays africains à développer de nouvelles relations bilatérales, que ce soit avec des puissances émergentes comme l’Inde, ou même certains pays du Moyen-Orient. Car avec un Trump aux commandes, l’Afrique pourrait bien devoir tracer son propre chemin diplomatique, en s’émancipant de l’influence américaine pour compter sur de nouveaux partenaires.
L’Union africaine, face à ce revirement des priorités américaines, devra envisager des stratégies de coopération plus autonomes et rechercher des alliés engagés dans une relation de respect mutuel et de réciprocité. Cette dynamique pourrait renforcer l’autonomie diplomatique du continent, qui, face aux politiques unilatérales de Trump, pourrait consolider une politique étrangère panafricaine plus solide et plus unie.
Le défi des valeurs : une diplomatie sans engagement ?
Au-delà des politiques économiques et migratoires, la victoire de Trump pourrait également signifier la fin des discours américains sur les droits de l’homme et la gouvernance en Afrique. Là où les administrations précédentes faisaient pression pour un minimum de transparence et de respect des droits humains, Trump risque de ne pas s’en soucier. Ce retour aux affaires n’apportera probablement ni soutien actif aux démocraties africaines ni soutien aux organisations promouvant la bonne gouvernance. Les régimes autoritaires pourraient alors se sentir plus libres, sachant qu’aucune voix forte venue de Washington ne se dressera pour condamner les abus de pouvoir.
Ce désintérêt pour les valeurs démocratiques de la part de Trump pourrait encourager certains dirigeants africains à renforcer leur autorité sans crainte de répercussions internationales, affaiblissant ainsi les mouvements pour la démocratie et les droits civils sur le continent.
Si l’Amérique de Trump veut « se recentrer sur elle-même », alors il revient à l’Afrique de se recentrer sur elle-même également, en prenant en main son propre destin et en écrivant un nouveau chapitre de son histoire diplomatique.
Sahel Tribune



