Le Président de la Transition, le Colonel Assimi Goïta, a présidé la cérémonie de présentation au drapeau de 796 nouveaux fonctionnaires, marquant ainsi leur entrée officielle dans la Fonction publique après avoir accompli leur service militaire obligatoire. Cette initiative s’inscrit dans la volonté des autorités maliennes de renforcer le patriotisme et l’engagement civique au sein de l’administration publique.
La scène est symbolique, presque solennelle. Sur la Place d’Arme du 34ᵉ régiment du Génie militaire de Bamako, 796 nouvelles recrues, parmi elles 102 femmes, se tiennent droites, fières, prêtes à servir leur pays. Le drapeau national flotte au-dessus de leurs têtes, comme pour les rappeler à leur devoir. Ce jeudi 29 août 2024, sous la présidence du Colonel Assimi GOITA, ces jeunes fonctionnaires, issus des différentes régions du Mali, ont officiellement été présentés à la nation après avoir accompli leur service militaire obligatoire.
Militarisation de la fonction publique
Mais au-delà des uniformes bien ajustés et des discours empreints de patriotisme, cette cérémonie interroge sur le sens profond de ce retour au service militaire obligatoire. En effet, depuis la mise en place du Service National des Jeunes par la loi N°2016-038, le gouvernement semble vouloir insuffler une nouvelle dynamique à l’administration publique, en s’appuyant sur les valeurs militaires : discipline, rigueur, dévouement à la patrie. Est-ce un moyen de renforcer le patriotisme, ou une manière subtile de militariser l’esprit des jeunes fonctionnaires ?
On ne peut nier l’importance de cette formation. Dans un pays marqué par des décennies d’instabilité, où l’administration peine parfois à maintenir sa présence dans certaines régions, il est crucial de pouvoir compter sur des fonctionnaires résilients, capables de faire face aux défis les plus complexes. La formation militaire de six mois qu’ils ont suivie à Bapho, dans la région de Ségou, combinant tactique, topographie, armement et instruction civique, vise à les préparer non seulement à leurs missions administratives, mais aussi à un engagement plus large pour la nation.
Pourtant, on ne peut s’empêcher de s’interroger sur l’ampleur de cette militarisation de la fonction publique. Ces jeunes fonctionnaires, dont certains sont enseignants, greffiers, ou encore auditeurs de justice, se retrouvent en uniforme, sur un terrain militaire, à chanter des chants de promotion et à défiler comme des soldats.
Le respect des valeurs républicaines
Le Président de la transition, le colonel Assimi Goïta, a affirmé que cette formation s’inscrit dans la refondation de l’État, plaçant l’humain au centre des actions. Une belle ambition, mais qui mérite d’être examinée avec attention. Car si l’objectif est de transformer les individus pour mieux servir l’État, encore faut-il s’assurer que cette transformation respecte les valeurs démocratiques et civiles qui doivent guider toute administration publique.
Alors que les chants militaires résonnent et que le drapeau continue de flotter fièrement, une question demeure : cette cinquième cohorte de 796 fonctionnaires sera-t-elle à l’avant-garde d’une administration renforcée, ou le signe d’une militarisation croissante de notre société ? Seul l’avenir nous le dira. En attendant, ces jeunes femmes et hommes ont déjà montré leur engagement. À nous, citoyens, de rester vigilants pour que cet engagement serve véritablement les intérêts de tous, dans le respect des valeurs républicaines.
Oumarou Fomba





