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Tchad : Dans l’Ennedi-Ouest tchadien, des chacals attaquent les habitants et ravivent la crainte de la rage

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Une vague inhabituelle d’attaques de chacals frappe depuis un mois la commune de Gouro, dans le nord désertique du Tchad, faisant une quinzaine de blessés, dont plusieurs enfants. Une ONG locale redoute que les animaux soient porteurs de la rage et pointe le dénuement des structures sanitaires de la région, à plus de mille kilomètres de la capitale.

Dans l’immensité désertique de l’Ennedi-Ouest, à l’extrême nord du Tchad, un phénomène que personne n’avait jamais observé dans la région bouleverse les habitudes des habitants de la commune de Gouro. Depuis la fin du mois de juin, des chacals, une espèce qui, jusqu’ici, fuyait spontanément toute présence humaine, s’aventurent désormais jusque dans les concessions pour y attaquer des habitants, y compris de jeunes enfants.

Deux vagues d’attaques en un mois, une quinzaine de blessés

Selon un communiqué publié fin juillet par l’ONG Nimè Tombà, réseau régional pour la promotion de la culture et le développement au Sahel et au Sahara, une première attaque a eu lieu dans la nuit du 29 au 30 juin, faisant cinq blessés : un adulte et quatre enfants. Faute de sérum et de vaccin antirabiques disponibles sur place, les victimes avaient dû être évacuées vers Abéché, puis jusqu’à la capitale N’Djamena, pour y recevoir des soins appropriés. 

Un mois plus tard, dans la nuit du 27 au 28 juillet, une seconde attaque a fait plus d’une dizaine de nouveaux blessés dans la même commune. Une récidive qui, selon l’ONG, confirme la gravité de la situation. Plusieurs des animaux impliqués ont depuis été abattus par les habitants.

« Ils fuyaient les humains, aujourd’hui ils viennent les attaquer »

Reste une question à laquelle personne, sur le terrain, n’est aujourd’hui en mesure de répondre avec certitude : ces chacals sont-ils porteurs de la rage ? C’est la crainte que formule Hissein Tahar Adeli, coordonnateur de l’ONG Nimè Tombà, qui insiste sur le caractère radicalement inédit de ces épisodes. Il explique n’avoir jamais, de toute sa vie, été témoin d’attaques de chacals dans cette zone désertique où la cohabitation entre habitants et faune sauvage est pourtant ancienne et généralement pacifique. Le changement de comportement de l’espèce,  d’ordinaire craintive vis-à-vis de l’homme, laisse selon lui présager une cause sous-jacente, sans qu’aucune analyse médicale n’ait pu, à ce jour, la confirmer, faute de moyens disponibles sur place.

Cette inquiétude n’est pas infondée au regard des données épidémiologiques disponibles à l’échelle mondiale. Selon l’Organisation mondiale de la santé, la morsure de chien est à l’origine de plus de 99 % des cas de rage humaine, mais d’autres carnivores, dont les chacals, peuvent également transmettre le virus. Une fois les symptômes cliniques apparus, la maladie est invariablement mortelle ; seule l’administration rapide d’une prophylaxie post-exposition, associant lavage soigneux de la plaie et vaccination, permet d’éviter le décès. C’est précisément cette course contre la montre qui inquiète les autorités locales dans une région aussi isolée que l’Ennedi-Ouest.

Distance, chaîne du froid, formation : une accumulation de défis logistiques

C’est ce dénuement en moyens qui complique toute réponse rapide. Les sérums et vaccins antirabiques utilisés pour prendre en charge les victimes ont dû être acheminés depuis N’Djamena, à plus de 1 000 kilomètres de Gouro, avec l’appui du docteur Djiddi Ali Sougoudi, médecin infectiologue, qui relève par ailleurs qu’une attaque d’hyène a également été recensée cette année dans le centre du pays.  Signe, selon lui, d’une dynamique plus large de tensions entre faune sauvage et populations humaines dans certaines régions tchadiennes.

Pour ce dernier, la réponse à apporter se heurte à une accumulation de défis structurels : l’éloignement géographique des structures de santé de référence, le maintien de la chaîne du froid nécessaire à la conservation des vaccins, la disponibilité même de ces derniers dans un pays où l’accès aux produits pharmaceutiques reste inégal, et la formation du personnel soignant aux protocoles de prise en charge. À ce défi sanitaire s’ajoute un volet strictement animalier, impliquant le ministère de l’Élevage. Il s’agit d’identifier et d’euthanasier les animaux mordeurs suspectés d’être enragés, tout en vaccinant préventivement les autres animaux potentiellement exposés, qu’il s’agisse de la faune sauvage environnante ou des chiens et chats domestiques.  lLe tout appuyé par un système de surveillance qui reste encore à mettre en place dans la province.

Le Tchad fait d’ailleurs partie des pays africains, aux côtés notamment de l’Érythrée, du Kenya, de la Namibie et de la Tanzanie, associés à des projets internationaux de lutte contre la rage transmise par les animaux, dans le cadre de la stratégie mondiale « Zéro d’ici 2030 » portée conjointement par l’OMS, l’Organisation mondiale de la santé animale et la FAO. Un objectif dont les événements de Gouro rappellent, à l’échelle locale, l’ampleur du chemin qu’il reste à parcourir.

En attendant une réponse coordonnée des autorités sanitaires et environnementales, l’ONG Nimè Tombà appelle la population de la province à observer la plus grande vigilance, en particulier durant la nuit, et à prendre toutes les précautions nécessaires pour sécuriser les habitations avant le coucher.

A.D

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