Dans une zone reculée de la région de Diffa, aux confins du Tchad et de la Libye, la troisième édition du Festival de l’artisanat et de la culture de Blanakour a réuni pendant trois jours artisans, autorités et populations autour d’un thème qui a sensiblement évolué depuis la précédente édition, en 2019.
La troisième édition du Festival de l’artisanat et de la culture de Blanakour (Farcub) s’est ouverte le 4 septembre à Blanakour, localité du département de N’Gourti, dans une zone d’accès difficile de la région de Diffa présentée par la télévision publique nigérienne RTN comme située à environ 200 kilomètres au nord de la capitale régionale. Selon les organisateurs, le festival vise à mettre en valeur la richesse du patrimoine culturel et du savoir-faire artisanal des communautés du département, tout en renforçant leur cohésion.
La culture et l’artisanat « composante essentielle de l’identité et de la souveraineté du Niger »
Étalée sur trois jours, jusqu’à ce dimanche 6 septembre, la manifestation a proposé panels, forums, sessions de sensibilisation, expositions artisanales et prestations d’artistes. Elle s’est achevée samedi par un forum de réflexion organisé par la Haute Autorité à la consolidation de la paix (HACP), consacré à la paix, à la sécurité et à la gouvernance des ressources partagées. Un signe de l’attention portée, en marge des festivités, aux enjeux sécuritaires qui pèsent sur cette partie du Niger, proche des frontières tchadienne et libyenne.
C’est le premier ministre nigérien, Ali Mahamane Lamine Zeine, qui a procédé au lancement officiel des festivités, samedi 5 septembre, en s’adressant à la population en langue haoussa. Il a transmis les salutations du président de la République, le général d’armée Abdourahamane Tiani, et souligné que l’organisation de ce festival traduisait l’importance accordée par les autorités à la culture et à l’artisanat, qu’il a qualifiés de « composante essentielle de l’identité et de la souveraineté du Niger ».
composante essentielle de l’identité et de la souveraineté du Niger
L’évolution du discours officiel
Créé en 2017 pour promouvoir les savoir-faire traditionnels de cette zone reculée, le Farcub avait, lors de sa deuxième édition en 2019, accueilli des participants venus de Diffa, Zinder et Agadez, mais aussi du Tchad et de Libye, sous un thème alors centré sur la paix et le développement. Sept ans plus tard, le vocabulaire officiel a sensiblement évolué. Cette troisième édition s’est tenue sous le thème « Artisanat et culture, facteurs de souveraineté économique et de cohésion sociale », plaçant désormais la notion de souveraineté au cœur du discours, aux côtés de la paix et de la cohésion sociale, qui restent les fils conducteurs historiques de l’événement.
Artisanat et culture, facteurs de souveraineté économique et de cohésion sociale
Ce déplacement lexical accompagne une ambition plus large affichée par les autorités nigériennes : ne plus seulement préserver les savoir-faire artisanaux, mais en faire des leviers concrets de développement économique local, en complémentarité avec l’agriculture et l’élevage, également mis en avant par les ministres présents sur place. Le festival s’inscrit ainsi dans une actualité culturelle plus large au Niger, après le premier concours culinaire national organisé en août à Niamey par une association de femmes, sous le parrainage du président Tiani.
Au-delà de l’événement lui-même, cette édition illustre la manière dont les autorités de la transition nigérienne entendent ancrer leur discours de souveraineté jusque dans les territoires les plus reculés du pays.
Oumarou Fomba
