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Au large d’Obock, un naufrage qui n’a rien d’une fatalité

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Le naufrage d’une embarcation de migrants au large d’Obock, à Djibouti, a fait au moins 139 morts et laissé des dizaines de personnes disparues, selon un bilan provisoire de l’ONU au 11 octobre 2026. Cette tragédie sur la route migratoire de l’Est rappelle l’urgence de renforcer les voies légales de migration, les dispositifs de protection et les réponses aux causes des départs.

Dans la nuit du 8 au 9 octobre, une embarcation transportant près de 350 personnes entre Djibouti et le Yémen a chaviré au large d’Obock. Dimanche 11 octobre, l’ONU faisait état d’au moins 139 morts et de plus de 84 disparus. Le bilan est provisoire : quelques heures plus tôt, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) comptait 109 victimes, avant la découverte de 30 corps supplémentaires. Les opérations de recherche se poursuivent. Toutes les victimes sont éthiopiennes.

Face à de tels chiffres, la tentation est grande de parler de fatalité, de mer cruelle, de malchance. Ce serait une erreur. Ce qui s’est passé au large de Djibouti n’a rien d’imprévisible. C’est, hélas, la conséquence logique d’un système que nous connaissons et que nous laissons prospérer.

Une route connue, des départs qui ne faiblissent pas

Chaque année, des centaines de milliers de personnes quittent l’Éthiopie par la route dite de l’Est, l’une des plus fréquentées au monde. Elles fuient des difficultés économiques et espèrent trouver du travail dans les pays du Golfe, en particulier en Arabie saoudite. Pour y parvenir, elles traversent d’abord les zones désertiques de Djibouti, où les températures sont déjà extrêmes, puis la mer, puis un Yémen déchiré par le conflit entre les rebelles houthis et le gouvernement, qui connaît justement une nouvelle escalade.

Ce dernier point mérite qu’on s’y arrête. Si la perspective de traverser une zone de guerre ne dissuade pas ces migrants de partir, c’est que l’idée de rester leur paraît plus lourde encore. On ne décourage pas une personne qui n’a plus d’horizon par le simple spectacle du danger. Les chiffres le confirment : l’OIM avait déjà recensé 94 décès sur cet axe au premier trimestre 2026, un bilan qu’elle juge largement sous-estimé. À ces morts s’ajoutent désormais celles du 9 octobre.

Ce que ce drame nous demande

Il serait trop facile de se contenter de condoléances. Trois exigences nous paraissent s’imposer.

La première est d’ouvrir des voies légales. Tant que la migration de travail vers le Golfe passera surtout par des circuits clandestins, ceux qui organisent ces traversées auront la main sur le destin de milliers de personnes. Des accords de main-d’œuvre encadrés, négociés entre les États d’origine et les pays d’accueil, avec des garanties de protection, réduiraient d’autant le recours aux embarcations de fortune.

La deuxième est de traiter le départ à sa source. Les difficultés économiques qui poussent tant d’Éthiopiens à partir ne se règlent pas par des communiqués. Elles réclament des investissements dans l’emploi et la formation, aussi bien de la part des gouvernements concernés que de leurs partenaires.

La troisième est de donner aux organisations présentes sur le terrain les moyens d’agir. L’OIM est mobilisée à Djibouti pour fournir une aide d’urgence. Son chef de mission, Alexandre Coissac, parle d’une « perte humaine dévastatrice ». Il faut que la recherche, l’identification des victimes et l’accompagnement des survivants et des familles soient assurés dans la durée, et non le temps d’un cycle d’information.

Ne pas laisser ces morts se réduire à un chiffre

Tout l’enjeu est là. Un naufrage de cette ampleur, quand il se produit loin des projecteurs, risque de s’effacer en quelques jours, remplacé par un autre titre. Or derrière le nombre de 139 se trouvent des vies qui avaient un projet, une famille, un pays. Les nommer, les compter honnêtement, et surtout refuser de tenir ces drames pour inévitables. C’est le minimum que nous leur devons, et la seule manière d’éviter qu’il y ait, demain, une nouvelle nuit comme celle du 8 au 9 octobre.

Foula D. Massé

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