Le Conseil des ministres du 25 juin 2026 a adopté un projet de loi réformant l’organisation générale de la défense et de la sécurité. Une réforme structurelle engagée par la Transition pour adapter les Forces armées aux nouvelles réalités géostratégiques du Sahel.
C’est une décision à portée historique que le gouvernement de la Transition malienne vient de prendre. Réuni en session ordinaire au Palais de Koulouba sous la présidence du Général d’Armée Assimi Goïta, Chef de l’État, le Conseil des ministres a adopté, ce jeudi 25 juin 2026, un projet de loi portant organisation générale de la Défense et de la Sécurité. Un texte fondateur, longtemps attendu, qui engage le Mali dans une recomposition profonde de son architecture sécuritaire.
Une loi héritée d’une autre époque
Depuis 2004, l’organisation de la défense nationale malienne reposait sur la Loi n°04-051 du 23 novembre 2004. Ce texte avait été conçu pour répondre aux menaces d’une époque révolue, dans un contexte géopolitique qui n’a plus grand-chose à voir avec les défis actuels auxquels fait face le Sahel. Vingt-deux ans plus tard, les insuffisances de cette loi sont apparues avec acuité, à mesure que le Mali se trouvait confronté à des formes d’agression multiples et en constante mutation.
Face à la montée en puissance des groupes armés, à la recomposition des alliances régionales et à l’évolution des doctrines de sécurité, le cadre légal de 2004 ne suffisait plus. Le gouvernement a pris acte de cette réalité en engageant dès le début de la Transition un chantier de réformes majeures au sein des Forces armées et de sécurité du Mali (FAMa), dont ce projet de loi constitue l’aboutissement législatif.
La refondation au cœur de la souveraineté
Le concept de « refondation » n’est pas un mot en l’air dans le vocabulaire de la Transition. Il traduit une ambition politique cohérente : reconstruire les institutions de l’État sur des bases solides, adaptées aux réalités du pays et aux exigences de la souveraineté. Dans ce cadre, la réorganisation de l’appareil de défense est une priorité absolue. Il ne s’agit pas seulement d’améliorer les capacités opérationnelles des FAMa, mais de redéfinir les fondements mêmes de la défense nationale, en cohérence avec les nouvelles orientations stratégiques du pays.
Ce projet de loi s’inscrit également dans la logique de l’Alliance des États du Sahel (AES), regroupant le Mali, le Burkina Faso et le Niger, dont l’un des axes structurants est la mutualisation des capacités de défense. Réformer le cadre législatif malien, c’est aussi préparer le terrain à une coopération sécuritaire plus efficace entre ces trois États qui ont choisi de faire face ensemble aux menaces qui pèsent sur leur espace commun.
Un outil de défense renforcé
Selon le rapport présenté par le ministre délégué auprès du ministre de la Défense et des Anciens Combattants, le texte adopté vise à renforcer l’outil de Défense et de Sécurité. Formule lapidaire, mais qui recouvre des enjeux considérables : clarification des chaînes de commandement, redéfinition des responsabilités institutionnelles, meilleure articulation entre les différentes composantes des forces de sécurité. Autant de leviers qui, s’ils sont activés avec rigueur, peuvent sensiblement améliorer l’efficacité opérationnelle des FAMa sur le terrain.
Les observateurs noteront que cette réforme intervient dans un contexte où les FAMa ont multiplié les succès militaires ces dernières années, réduisant significativement l’emprise de groupes armés dans plusieurs régions du pays. Consolider ces acquis en dotant l’armée d’un cadre juridique modernisé constitue une démarche logique, voire indispensable, pour pérenniser les gains obtenus sur le terrain.
Le projet de loi doit désormais suivre le processus législatif ordinaire avant d’entrer en vigueur. Mais d’ores et déjà, son adoption en Conseil des ministres marque une étape importante dans la construction d’un Mali souverain, capable d’assurer lui-même la sécurité de son territoire et la protection de ses populations — sans tutelle, sans compromis sur l’essentiel.
Foula D. Massé
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