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Mali : l’organe anticorruption OCLEI épinglé pour plus de 352 millions de FCFA d’irrégularités financières

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Le Bureau du Vérificateur Général du Mali a épinglé l’OCLEI, organe anticorruption, pour plus de 352 millions de FCFA d’irrégularités : salaires indus, marchés truqués, cotisations minorées. Le dossier est transmis à la justice.

Dans un rapport de vérification financière remis le 10 juillet 2026, le Bureau du Vérificateur Général du Mali dresse un constat sévère sur la gestion de l’Office central de lutte contre l’enrichissement illicite (OCLEI). Salaires versés à d’anciens membres du Conseil, assurances santé indues, carburant détourné, marchés publics truqués : l’institution censée traquer l’enrichissement illicite a elle-même multiplié les manquements, sur fond de plus de 352 millions de FCFA d’irrégularités relevées entre 2021 et juin 2025.

Le gendarme de l’enrichissement illicite pris en défaut

C’est un rapport qui ne manquera pas de faire grincer des dents à Bamako. Le Bureau du Vérificateur Général (BVG), l’unique autorité indépendante de contrôle externe des finances publiques maliennes, a rendu publique le 10 juillet 2026 sa vérification financière de l’Office central de lutte contre l’enrichissement illicite (OCLEI), portant sur les exercices 2021, 2022, 2023, 2024 et le premier semestre 2025. Verdict : l’institution chargée de traquer l’enrichissement illicite des agents publics maliens a elle-même accumulé les irrégularités administratives et financières, pour un montant total de 352 917 947 FCFA (environ 538 000 euros), dont seulement 900 000 FCFA ont été régularisés depuis.

Créé en 2015 pour mettre en œuvre les mesures de prévention et de lutte contre l’enrichissement illicite aux plans national et international, l’OCLEI n’avait, jusqu’ici, jamais fait l’objet d’un contrôle du BVG. Un angle mort d’autant plus sensible que l’Office est censé incarner l’un des piliers de la Stratégie nationale de lutte contre la corruption adoptée par les autorités de la transition, elle-même adossée à la cible 16.5 de l’Objectif de développement durable n°16 des Nations unies, consacré à la réduction de la corruption. Le Mali est par ailleurs partie à la Convention des Nations unies contre la corruption, qui engage ses États membres à se doter d’organes de prévention efficaces, précisément le rôle dévolu à l’OCLEI.

Des salaires versés à des membres déjà écartés par la Cour suprême

Premier fait marquant relevé par les vérificateurs : le paiement de 100 800 000 FCFA de traitements mensuels à deux anciens membres du Conseil de l’OCLEI, alors que leur nomination avait pourtant été annulée par des arrêts définitifs de la Section administrative de la Cour suprême, rendus respectivement en août 2022 et octobre 2023. Malgré ces décisions de justice, le président de l’Office et son agent comptable ont continué d’ordonner et de payer leurs rémunérations, l’un pendant vingt mois, l’autre pendant vingt-huit mois.

À cela s’ajoutent 38,6 millions de FCFA de primes d’assurance santé privée versées aux membres du Conseil, alors que ceux-ci bénéficiaient déjà de l’Assurance maladie obligatoire prise en charge par l’Office, ainsi que 13,1 millions de FCFA de dotations de carburant injustifiées, notamment une rallonge mensuelle de 400 litres accordée au gestionnaire de l’OCLEI en plus de sa dotation réglementaire. Le rapport documente aussi des indemnités de mission majorées de façon irrégulière, y compris à l’occasion d’un déplacement en Tanzanie pour les vingt ans de la Convention de l’Union africaine sur la prévention et la lutte contre la corruption.

Marchés publics truqués et cotisations sociales minorées

Le volet passation des marchés publics n’est pas épargné. Les vérificateurs relèvent plusieurs attributions irrégulières. Un quitus fiscal légalisé après la date limite de dépôt des offres, une caution de soumission établie au nom d’une autre entreprise, ou encore des attestations de bonne exécution incomplètes, systématiquement validées par la commission d’ouverture des plis. Le président de l’OCLEI est en outre pointé du doigt pour avoir fractionné des dépenses afin d’éviter le recours aux procédures de mise en concurrence, tandis que 6,4 millions de FCFA de pénalités de retard, dues sur vingt et un marchés exécutés hors délai, n’ont jamais été réclamées.

Autre anomalie relevée : la Direction des ressources humaines de l’Office a minoré de 115,1 millions de FCFA la base de calcul des cotisations sociales dues à l’Institut national de prévoyance sociale (INPS) et à l’Assurance maladie obligatoire, en excluant à tort plusieurs primes et indemnités du personnel et des membres du Conseil de l’assiette imposable. Des bailleurs immobiliers de l’OCLEI n’ont par ailleurs pas reversé 34,5 millions de FCFA de TVA sur loyers perçue, et le Trésor a été privé de 41,9 millions de FCFA d’impôt sur les revenus fonciers et de taxe foncière faute de retenue à la source.

Le dossier transmis à la justice

Conformément à la loi qui l’institue, le Vérificateur Général a transmis l’essentiel de ces constats au président de la Section des comptes de la Cour suprême et au procureur de la République financier, notamment les faits relatifs aux salaires indus, à l’assurance santé, au carburant, aux indemnités de mission, à la minoration des cotisations sociales, à la non-application des pénalités de retard et à l’attribution irrégulière des marchés. Les paiements effectués avant service fait et les mauvaises imputations budgétaires ont, eux, été signalés à la seule Section des comptes, tandis que le dossier fiscal, TVA et impôt foncier non reversés, a été adressé au Directeur général des Impôts.

Ce mode de traitement n’est pas propre à l’OCLEI. Ces derniers mois, le BVG a rendu publics des rapports tout aussi accablants sur la gestion de la Commune II du district de Bamako ou encore sur des irrégularités financières relevées à Sikasso, confirmant l’ampleur des dysfonctionnements de gestion au sein des structures publiques maliennes. L’OCLEI lui-même n’en est pas à sa première controverse. Une précédente enquête de l’Office avait mis au jour, dans le secteur de l’enseignement privé, un vaste réseau de détournement de subventions publiques.

Un manuel de procédures toujours en souffrance

Au-delà des chiffres, le rapport pointe des faiblesses structurelles de gouvernance interne. L’OCLEI ne dispose toujours pas, plus de dix ans après sa création, d’un manuel de procédures administratives, financières et comptables validé. Un projet soumis en 2020 à la Commission de suivi des systèmes de contrôle interne étant resté depuis en souffrance. L’Office fonctionne en outre encore sur la base d’un règlement intérieur adopté en 2018, jugé obsolète, et n’a procédé à aucune déclaration de ses traitements de données personnelles auprès de l’Autorité de protection compétente, en violation de la loi malienne sur la protection des données.

Dans sa conclusion, le Vérificateur Général estime que « la non-validation du manuel de procédures […] constitue de nos jours une insuffisance majeure dans le dispositif de contrôle interne et un obstacle important à la maîtrise des risques de gestion », tout en notant que le recrutement d’un auditeur interne en 2021 a permis de corriger certaines lacunes. Conformément au principe du contradictoire, le rapport a fait l’objet d’échanges écrits et d’une séance contradictoire avec le président en exercice de l’OCLEI ainsi qu’avec son prédécesseur, Moumouni Guindo, avant sa version définitive.

la non-validation du manuel de procédures […] constitue de nos jours une insuffisance majeure dans le dispositif de contrôle interne et un obstacle important à la maîtrise des risques de gestion

Selon Transparency International, le Mali continue de figurer parmi les pays les moins bien classés de la région en matière de perception de la corruption. Un paradoxe que ce rapport sur son propre organe anticorruption illustre avec une acuité particulière.

Oumarou Fomba 

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