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Sénégal : trois chroniqueurs pro-Pastef condamnés à de la prison ferme pour « offense » au président Diomaye Faye

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Le verdict tombe alors que le président avait promis, dans son programme de campagne, de supprimer les peines de prison pour délits de presse.

Le tribunal des flagrants délits de Dakar a rendu son verdict mercredi 5 août : trois chroniqueurs du média en ligne pro-Pastef Feeñal Digital ont été condamnés à des peines de prison ferme pour offense au chef de l’État et discours contraire aux bonnes mœurs. Lamignou Darou écope de trois mois ferme, Oustaz Thiep et Ndiaye Touba de deux mois chacun, assortis pour les trois hommes d’une amende de 500 000 francs CFA. Le parquet avait requis plus lourd encore : un an de prison, dont six mois ferme, contre Lamignou Darou, et trois mois ferme contre les deux autres.

En cause, une vidéo diffusée sur TikTok dans laquelle les trois hommes, filmés en train de prier, appelaient au malheur et à la mort de « celui qui a trahi le projet du Pastef ». Une formule largement interprétée comme visant le président Bassirou Diomaye Faye, bien que son nom n’ait jamais été prononcé. Les trois chroniqueurs avaient été interpellés le 28 juillet dans les locaux mêmes de leur média, sur autosaisine du procureur de la République et intervention de la Division spéciale de cybersécurité.

« Une discussion entre amis », plaide la défense

À la barre, Lamignou Darou, déjà condamné en octobre pour des faits similaires, a d’abord assumé ses propos avant de se rétracter, assurant ne faire que commenter l’actualité. Oustaz Thiep et Ndiaye Touba ont, eux, soutenu n’avoir cité ni nom ni institution, évoquant de simples vidéos comiques tournées entre amis. Leur avocat, Me Aby Nar Ndiaye, s’est dit « à la fois surpris et déçu » par la décision, martelant que ses clients n’avaient « jamais, jamais, jamais » visé le président. Un argument que le procureur a balayé, jugeant que le destinataire des propos ne faisait aucun doute. La défense a annoncé son intention de faire appel.

Des peines plus sévères que dans des dossiers comparables

La sévérité du verdict tranche avec des affaires récentes similaires. Selon plusieurs médias sénégalais, la commerçante Adama Ndiaye et le militant Azoura Fall, également condamnés pour offense au chef de l’État, n’avaient écopé chacun que d’un mois de prison ferme sur des peines de six mois assorties de sursis, précise allAfrica. Le Syndicat des professionnels de l’information et de la communication (Synpics) avait, de son côté, dénoncé dès l’interpellation la méthode employée par les enquêteurs, intervenus directement dans les locaux de la rédaction, une pratique jugée par le syndicat attentatoire à la liberté de la presse.

Une promesse de campagne à contretemps

Ce nouveau verdict intervient alors que le Sénégal recule dans les classements internationaux sur la liberté de la presse. Le pays a perdu quatre places dans l’édition 2026 du classement mondial de Reporters sans frontières, glissant à la 78ᵉ position sur 180 pays, note Xibaaru, l’organisation pointant la multiplication des convocations et arrestations de journalistes et chroniqueurs. Or Bassirou Diomaye Faye s’était lui-même engagé, dans son livre-programme de candidat, à supprimer les peines privatives de liberté pour délits de presse. Un engagement resté lettre morte, le code de la presse de 2017 continuant de prévoir des peines de prison pour ce type d’infractions, relève Reporters sans frontières.

Selon la défense des trois chroniqueurs, ces condamnations à répétition témoignent d’un climat répressif qui s’inscrit dans la rupture ouverte, ces derniers mois, entre le président Faye et Ousmane Sonko, désormais président de l’Assemblée nationale. Une fracture dont Sahel Tribune a détaillé les origines, et qui continue de recomposer en profondeur le paysage politique sénégalais, au point d’installer une incertitude politique durable dans le pays, selon plusieurs analystes.

Reste à savoir si l’appel annoncé par les avocats des trois chroniqueurs permettra d’infléchir des peines dont la sévérité, inhabituelle même dans un contexte déjà tendu, interroge sur la place laissée à la critique politique en ligne au Sénégal.

Sahel Tribune 

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