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Mali-Algérie : la coopération économique au cœur des discussions

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La visite du Premier ministre algérien Sifi Ghrieb à Bamako a pris une tournure résolument économique. Au-delà des discours sur la fraternité entre les deux pays, les délégations malienne et algérienne ont examiné plusieurs secteurs d’investissement, des ressources minières à l’agro-industrie, en passant par les exportations, l’énergie, les infrastructures et l’enseignement supérieur. Une méthode qui traduit la volonté de donner un contenu concret au rapprochement entre Bamako et Alger.

Il y a un moment, dans toute réconciliation entre deux capitales longtemps brouillées, où le registre change. Où les mots « fraternité », « bon voisinage » et « lutte commune pour l’indépendance », tous prononcés lundi 14 septembre par le Premier ministre algérien Sifi Ghrieb à son arrivée à Bamako, cèdent la place à quelque chose de plus prosaïque : des chiffres, des filières, des kilomètres de route à terminer. C’est très exactement ce qui s’est produit lorsque la rencontre entre Sifi Ghrieb et son homologue malien, le général de division Abdoulaye Maïga, s’est élargie aux deux délégations pour une séance de travail dont le format mérite d’être souligné, tant il détonne avec le lyrisme protocolaire qui a ouvert la journée.

Le général Maïga avait pourtant pris soin de situer l’exercice dans son contexte le plus solennel, présentant cette séance comme la « matérialisation » de la vision commune des présidents Assimi Goïta et Abdelmadjid Tebboune. Mais la suite du programme a rapidement quitté le terrain de la symbolique pure. Le directeur général de l’Agence pour la promotion des investissements au Mali (API) a ouvert le bal des exposés sectoriels avec une présentation des opportunités maliennes en matière d’or, de lithium, de riz, de coton, de services financiers, d’élevage et d’agro-industries, soit, dans l’ordre, à peu près tout ce que compte l’économie malienne de potentiellement exportable ou investissable. Son homologue de l’Agence pour la promotion des exportations (Apex) a pris le relais pour détailler l’offre exportable du pays, mangue, sésame et anacarde en tête.

Une pièce manquante sur la carte, désormais nommée

Le passage le plus concret de cette séance est venu du ministre malien des Transports et des Infrastructures, qui a évoqué la route transsaharienne et les liaisons d’Air Algérie. La précision mérite d’être relevée. Ce corridor routier de près de 4 800 kilomètres reliant Alger à Lagos via Bamako, en projet depuis les années 1970, est aujourd’hui achevé à près de 90 % côté algérien, mais bute précisément sur le tronçon reliant Gao à Tamanrasset, en territoire malien, où les travaux accusent les retards les plus importants de tout le corridor. Autrement dit, l’un des principaux chaînons manquants d’une infrastructure vieille d’un demi-siècle se trouve, très exactement, sur le sol malien. Un fait que la diplomatie feutrée ne formule jamais aussi crûment, mais que la géographie, elle, ne dissimule pas.

Le ministre malien de l’Énergie a, pour sa part, abordé sans détour le déficit énergétique national, quand celui de l’Enseignement supérieur a plaidé pour un élargissement de la coopération universitaire historique entre les deux pays, au-delà des seules bourses accordées de longue date aux étudiants maliens, jusqu’au volet de la recherche scientifique.

De l’incantation à la feuille de route

Loin de se contenter d’écouter poliment cette série d’exposés, Sifi Ghrieb a proposé la mise sur pied d’équipes thématiques chargées de donner une suite opérationnelle à chacun de ces dossiers. Une méthode de travail qui, si elle est suivie d’effets, marquerait une rupture avec la tonalité souvent restée purement déclaratoire des précédentes rencontres algéro-maliennes de ces derniers mois. Les deux chefs de gouvernement se sont par ailleurs accordés sur les modalités de la prochaine visite du général Goïta en Algérie.

Ce basculement, d’une rhétorique de la fraternité vers une logique de portefeuille sectoriel, ne doit rien au hasard. Il intervient alors que l’Algérie, forte de l’achèvement quasi total de sa propre portion de route transsaharienne, a tout intérêt à voir le Mali combler sa part du tracé pour transformer cet axe en véritable corridor économique reliant la Méditerranée à l’Afrique de l’Ouest. Pour Bamako, en quête de partenaires susceptibles de financer ses immenses besoins d’infrastructures et d’électricité, l’exercice a valeur de vitrine. La preuve, chiffres et secteurs à l’appui, qu’au-delà des discours sur les « peuples frères », le Mali sait aussi se présenter en terre d’opportunités.

Oumarou Fomba 

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