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Brouillard 1
OpinionPolitique

Transition au Mali. Le réductionnisme, cette autre maladie politique

by Sahel Tribune 30 août 2021
written by Sahel Tribune 3 minutes read

Le renouveau tant chanté sur tous les toits au Mali par les citoyens n’est qu’une parole en l’air. Les récentes arrestations de personnalités politiques, pour des irrégularités lors de la passation ou l’exécution de marchés publics, sont réduites à des décisions simplement politiques, ayant pour objectif d’anéantir de potentiels candidats. 

Au Mali, il n’est de tâche plus difficile de nos jours que de prendre certaines décisions ou encore de s’exprimer sur des sujets. Une étiquette politique est vite collée sur chacun, chaque décision. Tout est ramené à une volonté de pérennisation au pouvoir, d’élections, d’intérêts personnels, etc.

Des arrestations

Il n’y aurait que des pro ou anti transition au Mali. Une situation qui handicape grandement la volonté de changement insufflée à cette période sur laquelle tous les espoirs sont fondés.

Le rebondissement dans l’affaire de l’achat d’un avion présidentiel (2014), la semaine dernière, a donné lieu à certaines prises de position, octroyant, pour la plupart, à la volonté des autorités transitoires une connotation simplement politique. Dans leur déclaration du 26 août 2021, l’Association malienne des procureurs et poursuivants (AMPP) et la Référence syndicale des magistrats (REFSYMA) dénoncent des vices de procédure et expriment une crainte d’instrumentalisation.

Ces deux organisations judiciaires interprètent l’inculpation et la mise sous mandat de dépôt du ministre de la Défense et des anciens Combattants, non moins ancien Premier ministre Soumeylou Boubeye Maïga, et de sa collègue Mme Bouaré Fily Sissoko, ministre de l’Économie et des Finances à l’époque, comme une instrumentation de la Cour suprême. Une utilisation politique qui viserait à « fausser les règles du jeu démocratiques, en prévision des prochaines compétitions électorales, notamment la présidentielle ».

Ces deux organisations, dans leur communiqué, se disent affecté de voir en la Cour suprême « un organe instrumentalisé en mission commandée en fin d’une période transitoire, pour anéantir des candidats potentiels déclarés aux futures échéances électorales, lesquels seraient gênants ».

Difficile prise de parole

Le Bureau politique de l’Alliance malienne pour la solidarité (ASMA), parti de Soumeylou Boubeye Maïga, qualifie cette décision des autorités judiciaires « d’acharnement politique ».

Ces appréciations d’une décision de la justice visant à faire toute la lumière sur une affaire, qui tient les citoyens en haleine depuis des années, ne pourraient être traduites comme de tentatives visant à mettre des bâtons dans les roues des nouvelles autorités de la transition. Elles laissent croire que le renouveau sur toutes les lèvres n’est qu’un leurre. Nul ne souhaite avancer les premiers pas vers le changement ou accepter qu’il s’applique sur lui.

Sur les réseaux sociaux également ou dans les débats radiophoniques ou télévisés, des étiquettes politiques sont vite collées. Certains vont souvent jusqu’à porter atteinte à l’intégrité morale d’un autre citoyen parce qu’il a exprimé des opinions contraires à ses idéaux ou à sa volonté.

Ces agissements ou appréciations, de nature à réduire toutes les actions à une certaine volonté politique malsaine de s’attribuer des privilèges, handicapent la marche vers la renaissance. Ce réductionnisme a pourtant tendance à devenir la maladie politique la plus répandue au Mali. 

F. T


Cet article a d’abord été publié sur Maliweb. Il a été repris et relu par Sahel Tribune

30 août 2021 1 comment
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Eleves en Examen
ÉducationOpinion

Mali : lutter contre la fuite des sujets d’examen, c’est lutter contre la corruption

by Sahel Tribune 30 août 2021
written by Sahel Tribune 3 minutes read

Au Mali, les examens de fin d’année ont été entachés de fuites massives de sujets. Cette situation laisse comprendre que le chemin menant à la victoire contre la corruption reste long.

Au Mali, beaucoup d’observateurs s’accordent pour dire que l’année scolaire 2020-2021 a été une année plus normale que les années précédentes. Bien qu’elle ait commencé en retard, cette année scolaire s’est particularisée par l’accélération des programmes d’enseignement et la réduction des congés trimestriels.

Après une année perturbée par la grève des enseignants et la Covid-19, la nouvelle équipe transitoire, installée après le départ d’IBK, le 18 août 2020, s’est donnée pour mission de régulariser l’année scolaire. Son souci était d’éviter le rallongement des années scolaires l’une dans l’autre, comme nous l’assistons au niveau de beaucoup d’universités publiques.

Une situation pas nouvelle

Si la mise en œuvre de cette ambition a bien marché au départ, force est de constater qu’elle s’est butée à des problèmes lors de la tenue des examens de fin d’année. En effet, suite à l’ordonnance du 16 juillet 2021 du président de la transition portant l’unification des grilles indiciaires, les enseignants sont montés sur leurs grands chevaux. Ils ont boycotté les examens allant jusqu’à vouloir les prendre en otage, en décidant une forme de désobéissance civile.

Contre vents et marées, les autorités en charge de l’organisation de ces examens de fin d’année ont tenu tête. Les examens ont eu lieu, avec l’accompagnement des enseignants évoluant dans les écoles privées. Les épreuves semblent avoir été marquées par une fuite massive des sujets. Certains tentent de l’attribuer à l’absence des enseignants du public.

Pourtant, on semble oublier que les examens au Mali ont toujours été entachés de fraudes et de fuites massives de sujets. En 2018, des centres d’examens n’ont-ils pas terminé leurs épreuves sous la lumière des lampes, en raison d’une fuite massive et successive des sujets ? Des sujets d’examens et leurs corrections étaient quasiment devenus un business pour de jeunes chômeurs. Le Syndicat des professeurs de l’enseignement secondaire des collectivités (SYPESCO) a même produit un communiqué pour dénoncer la situation à l’examen du DEF : « La fuite des sujets d’examen et la fraude dans les salles d’examen [ndlr] sont entre autres les maîtres-mots [de cet examen ndlr], soutenus par des ennemis de la nation pour nuire à la réputation des enseignants ».

« Qui vole un œuf vole un bœuf »

Dans cette situation, ce que tout le monde semble occulté, enseignants grévistes ainsi que simples citoyens maliens, c’est le fait que ces fuites massives n’honorent aucun Malien. Pourtant, tout le monde contribue tant soit peu au phénomène, soit par l’aide à la correction des sujets en fuite, soit par le refus de déclarer la fuite des sujets d’une épreuve.

Il convient quand-même de comprendre qu’aider un candidat à traiter un sujet d’examen qui a fait fuite n’est nullement un service rendu. C’est plutôt se montrer ennemi de l’enfant en l’encourageant au vol, à la corruption. « Qui vole un œuf vole un bœuf », dit-on. Pourtant, les mêmes qui encouragent la fraude sont les mêmes qui dénoncent la corruption dans les administrations publiques. On semble donc oublier que chaque homme est le fruit de sa formation.

La lutte contre la corruption doit commencer par celle contre la fraude lors des examens. Pour ce faire, chacun peut jouer sa partition.

F. T


Cet article a d’abord été publié sur Maliweb. Il a été repris et relus par Sahel Tribune.

30 août 2021 0 comments
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Aicha Dairra
Seko ni Donko

Culture. Aïcha Diarra : avec Kadiatou Konaré, « un vent nouveau avait commencé à souffler », puis rien

by Bakary FOMBA 28 août 2021
written by Bakary FOMBA 3 minutes read

Aïcha Diarra, écrivaine et directrice des Éditions Gafé, déplore le manque de considération des autorités politiques maliennes au secteur de l’art et de la culture. Après nous avoir entretenus sur son engagement associatif et littéraire, Aïcha Diarra s’est exprimée également sur l’école malienne. Elle déplore les conditions dans lesquelles les examens de fin d’année se sont tenus au Mali. Deuxième partie de l’interview accordée le mardi 24 août dernier.

Sahel Tribune : Le secteur de l’édition souffre depuis des années du manque de considération des décideurs politiques. Qu’en est-il sous cette transition ?

Aïcha Diarra : Mali. Au moment où Mme Dramé Kadiatou Konaré était à la tête du ministère de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme, un vent nouveau avait commencé à souffler. Celle-ci a vraiment essayé de réorganiser les choses. Elle a même tenté de mettre en place une politique nationale du livre. Il y a eu également des séminaires. Elle a initié aussi des actions auxquelles les éditeurs et les écrivains du Mali ont participé.

Au-delà même du secteur de l’édition, elle était très active dans d’autres domaines malgré que les moyens ne fussent pas mis à la disposition de son département. Elle était là pour l’art, la culture et le tourisme. Mais après elle, c’est la case de départ.

Vous faites partie des « Nouvelles voix d’écrivaines francophones ». Une Anthologie parut aux Éditions Regain de lecture. Pourquoi ce projet et que représente-t-il pour vous ?

Ce projet a été organisé par le parlement des écrivaines francophones, dont je suis membre. C’est un projet d’Anthologie de ces femmes qui écrivent dans la langue française, qui essayent de libérer leur voix, de faire évoluer leurs sociétés, sensibiliser sur des questions relatives à la survie humaine et aux femmes…

Grâce au livre que j’ai publié, Les Marabouts se sont trompés, j’ai été retenue dans cette anthologie. Les thèmes qui sont abordés dans mon livre ont semblé vraiment importants aux yeux des initiatrices du projet. Dans cet ouvrage, j’aborde des thèmes liés à la femme, à la polygamie… En un mot, à la société malienne. Donc elles ont pensé que ces thématiques pourraient contribuer aux débats à travers le monde.

Avez-vous déposé la plume ou c’est seulement l’engagement associatif qui prime sur celui littéraire ?

Je n’ai pas déposé la plume et j’évolue toujours dans l’engagement associatif — mais pas comme avant. Mes multiples engagements professionnels jouent un peu sur ma vie associative, mais aussi sur ma vie d’écrivaine. Malgré cela, j’écris toujours.

Je suis même sur un projet d’ouvrage avec un des meilleurs agents littéraires au monde, qui a remporté plusieurs prix au niveau mondial. Je suis en train de produire, avec son accompagnement, une sorte d’autobiographique qui se fera dans un cadre assez sportif.

Il y a quelques jours, vous écriviez sur les réseaux sociaux : « L’école malienne pondra dans quelques années des œufs qui écloront une nouvelle génération de jeunes, pire que celle de maintenant ». Qu’est-ce qui vous fait penser cela ?

La vie d’une nation est un cycle. À notre époque, même si on est toujours jeune, nos parents se plaignaient déjà de notre niveau scolaire. Ils estimaient qu’on n’a pas été bien instruit. Ils se désespéraient de notre avenir et de celui de la nation qu’ils allaient nous léguer. Aujourd’hui, la situation que nous vivons dépasse le désespoir. On est au stade zéro. L’éducation malienne est multipliée par zéro. Aucun pays au monde ne devra reconnaître les diplômes issus de ces examens de cette année [2021].

Bakary Fomba


Lisez ou relisez la première partie : Aïcha Diarra : au Mali, « l’échec de la transition n’arrange personne »

28 août 2021 0 comments
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Bah-NDaw-Moctar-Ouane
ExclusifOpinion

Transition : Bah N’Daw et Moctar Ouane libres, mais l’impératif kantien demeure

by Chiencoro 28 août 2021
written by Chiencoro 2 minutes read

L’ancien président de la transition et son Premier ministre, Bah N’Daw et Moctar Ouane, ont bénéficié, le 27 août dernier, d’une levée de « toutes les mesures restrictives » les concernant. Une libération qui ne sera pas un blanc-seing.

Dans le souci de l’apaisement du climat politique, le gouvernement de transition, en collaboration avec le Comité de suivi de la transition (Cédéao, l’Union européenne, les Nations unies …), a décidé de la levée des « mesures de surveillance spéciales qui étaient mises en place » pour l’ancien président de la transition et son Premier ministre, depuis le 24 mai dernier.

« Faire preuve d’esprit de responsabilité »

Dans un communiqué du 27 août 2021, le Comité de suivi de la transition au Mali a apprécié cette levée de « toutes les mesures restrictives » concernant Bah N’Daw et Moctar Ouane. Une mesure qui est entrée en vigueur, ce 28 août, comme annoncée par le gouvernement de transition dans un communiqué du 27 août.

Toutefois, le Comité de suivi aussi bien que le gouvernement semblent rappeler aux deux personnalités, ayant eu une certaine implication dans la gestion des affaires de l’État, que cette mesure ne sera aucunement synonyme de blanc-seing.

En effet, dans chacun des communiqués, le CLST ainsi que le gouvernement malien exhortent tous « les acteurs concernés à faire preuve d’esprit de responsabilité, d’attachement à l’intérêt national, au respect de la loi et de s’abstenir de toute action pouvant impacter négativement le bon déroulement de la transition ». Le gouvernement de transition les invite surtout au « respect des engagements pris ».

Sans être une baïonnette pour les deux acteurs, ces mises en garde interpellent Bah N’Daw et Moctar à avoir un sens plus élevé de moralité et de sens de l’État. Ils sont donc tenus à s’abstenir de toute action pouvant impacter, négativement, le processus de déroulement de la transition en cours.

L’impératif kantien

Moctar Ouane semble avoir bien compris le sens du message qui leur est envoyé. D’où sûrement son appel à l’union à l’endroit de tous les Maliens : « Unis, nous sommes plus forts ». Sur son compte Facebook, l’ancien Premier ministre explique que « cette expérience vécue renforce [sa ndlr] conviction profonde dans la nécessité du rassemblement des filles et fils du Mali ».

Ce rassemblement des Maliens autour de l’essentiel, le Mali, oblige chacun à œuvrer à la réussite de cette transition en cours. Cela ne peut se faire qu’en prêtant une main-forte à ceux qui tiennent le gouvernail. Car si le bateau doit chavirer, ce sera avec tout l’équipage, et non pas seulement avec le capitaine et ses hommes. L’impératif kantien s’impose à chaque Malien. Chacun doit faire son devoir sans arrière-pensée, sans attendre d’autres récompenses que la satisfaction morale, qui est une tranquillité avec soi-même.

F. Togola

28 août 2021 1 comment
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Pouponnière de Niamana
Actu

Humanitaire : le Club Espoir de Bamako fait don à la pouponnière de Niamana

by Sahel Tribune 28 août 2021
written by Sahel Tribune 2 minutes read

Fidèle à ses missions de venir en aide aux personnes et structures nécessiteuses, le Club Espoir de Bamako a fait don de plusieurs articles, d’une valeur de plus d’un million de FCFA, à la pouponnière de Niamana. C’était le jeudi 26 août dernier, dans les locaux de la structure, à Niamana, en présence du chef de cabinet du ministre de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille.

Le centre d’accueil et de placement familial ou pouponnière de Niamana héberge plus de 150 enfants et pensionnaires, dont plus de 50 handicapés. C’est un espace de jeux, de salles dénommées de poussin, caneton, lapin, chaton, pingouin, de handicapé (caméléon), brebis, lionceau, jardin d’enfants, papillon, hippopotame.

Selon Mme Bouaré Fatoumata Koné, directrice du centre, les besoins de cette structure sont nombreux et variés : alimentaire, produits d’entretien, jeux, sanitaires entre autres.

Au nom de l’ensemble des membres du Club Espoir de Bamako, Mme Tounkara Fatou Sissoko a remis à la directrice de la pouponnière, sous l’œil vigilant du chef de cabinet Mamadou Diané, des kits, d’une valeur de plus d’un million. Les kits sont composés des draps, des ustensiles de cuisine, des sous-vêtements, des biberons et leurs accessoires, des chaussures filles et garçons, etc.

Emboîter le pas au donateur

Soroptimist international, qui veut dire le meilleur pour la femme, est une organisation mondiale de femmes ayant pour préoccupation l’amélioration des conditions de vie des femmes, des filles et des enfants, a fait savoir Mme Sangaré. Fondé en 1921 aux USA, le soroptimist s’engage auprès des communautés locales, nationales et internationales en concevant et finançant des milliers de projets à travers des partenariats, à tous les niveaux de la société.

Au Mali, a précisé Mme Sangaré, il y a 4 Clubs soroptimist, dont le Club Espoir de Bamako. Elle a salué et rendu hommage à la directrice de la pouponnière et à son équipe pour les efforts qu’elles déploient afin que les enfants puissent vivre dans un environnement familial sain et jovial.

Le chef de cabinet du ministre de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille, Mamadou Diané a joint sa voix à celle de la directrice de la pouponnière pour remercier le Club donateur. Selon M. Diané, il n’y a pas donation modeste. C’est le geste qui compte, a-t-il fait comprendre. Il a invité des bonnes volontés à emboîter le pas au Club Espoir de Bamako.

Étaient témoins oculaires de cette donation de braves dames, membres du Club Espoir de Bamako : Mme Sangaré Aminata Traoré, Mme Samaké Fatoumata Dibo, Mme Tounkara Fatou Sissoko et Mme Dolo Oumou Diombélé.

Hamidou Togo

28 août 2021 0 comments
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Aicha Diarra
Politique

Aïcha Diarra : au Mali, « l’échec de la transition n’arrange personne »

by Bakary FOMBA 27 août 2021
written by Bakary FOMBA 5 minutes read

Mise en place suite à la démission forcée de l’ancien Président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), la transition malienne a déjà un an depuis le 18 Août dernier. Pour mieux comprendre les enjeux de cette transition, Sahel Tribune a rencontré l’écrivaine Aïcha Diarra, directrice des Éditions Gafé. C’était le mardi 24 août 2021, dans les locaux de sa maison d’édition, à Quinzambougou, en commune II du district de Bamako. Nous vous invitons à lire la première partie de notre entretien.

Sahel Tribune : Quelle lecture faites-vous de l’An 1 de la transition  malienne ?                                                                        

Aïcha Diarra : Cette première année a été très difficile en raison des multiples agitations entre les acteurs mêmes de la transition. Dans la transition, nous avons eu deux périodes : la première est celle du trio Bah N’Daw – Moctar Ouane – Assimi Goïta ; la seconde dans laquelle nous sommes aujourd’hui est celle du duo Assimi Goïta et Choguel Kokalla Maïga. Je pense que cette première année nous a fait perdre beaucoup de temps et d’argent. Les efforts n’ont pas été centrés sur l’essentiel.

C’est quoi l’essentiel pour vous ?

L’organisation des élections saines et crédibles. Au lieu de cela, les acteurs de la transition se concentrent sur d’autres objectifs, lesquels objectifs ne devraient pas être du ressort d’une période de transition.

Quelles doivent être les missions d’une transition ?

Une période de transition n’est pas appelée à régler tous les problèmes du pays. Mais en regardant les programmes d’action du gouvernement de Moctar Ouane et de Choguel Kokalla Maïga, on se désespère rapidement. À travers leurs programmes, on a l’impression que nous ne sommes pas dans une période de transition.

En dix-huit mois, une transition ne sera point en mesure de régler les problèmes liés à l’éducation, à l’insécurité… Les autorités de cette transition devaient plutôt assainir l’environnement pour ceux qui sont censés venir régler ces problèmes. Et qui seront élus démocratiquement par le peuple.

L’insécurité, le front social, la crise scolaire…, la transition fait-elle d’« IBK sans IBK » ?

Bien sûr. Cette transition a encore du mal à sortir du cycle de gouvernance instauré par le régime IBK [Ibrahim Boubacar Keïta ndlr]. C’est un véritable défi. Car il n’est pas facile de transformer en une année des problèmes qui existent depuis plus de sept ans.

Il serait mieux qu’on taise, pendant cette période de transition, les différents problèmes auxquels nous faisons mention – quelle  que soit leur urgence, leur légitimité. Tout le monde doit se sacrifier pour cette transition : les acteurs de la transition aussi bien que ceux de la société civile. L’échec de la transition n’arrange personne.

Depuis quelques semaines, des voix se lèvent pour demander la prorogation du délai de cette transition. Que pensez-vous de cette question ?

Des voix se lèvent. C’est normal. Parce que nous sommes dans une période de divergence. Une période où certains estiment nécessaire d’aller vers la prorogation alors que d’autres sont toujours attachés  au respect du délai initial.

Par analogie ou métaphore, nous sommes dans un match de football où, à dix minutes des arrêts de jeu, le score est toujours vierge. Les joueurs demandent de leur laisser du temps. Le temps de prolonger pour qu’ils puissent marquer au moins un but. Les supporters et spectateurs sont comme le peuple : certains demandent l’arrêt du jeu dans les 90 minutes tandis que d’autres demandent la prolongation – en espérant qu’ils sauront marquer au moins un but. Au Mali, nous sommes encore dans cette situation  dans laquelle ni l’un ni l’autre ne voit le vrai enjeu.

Est-ce une façon de nous montrer que vous n’êtes ni pour la prolongation ni contre ?

Oui. Je ne suis ni du camp de la prolongation ni du camp du respect du délai. Je suis plutôt pour un peuple qui prend son destin en main. Quel que soit le délai de la transition, prolongé ou pas, ce ne servira à rien. Il y a juste des gens qui sont pressés que les élections se tiennent. Certains d’entre eux ne voient que les postes qu’ils pourront occuper dans le futur gouvernement. D’autres, pour des ambitions politiques. Il y en a aussi qui, par respect de la démocratie, veulent tout simplement que le délai soit respecté. Il y en a également qui pensent que tout est une stratégie des militaires pour s’éterniser au pouvoir.

Et vous pensez que ce ne doit être ni l’un ni l’autre ?

Je pense que tout cela est une sorte d’appropriation de ce qui nous attend après les élections. Il faut assainir d’abord les bases, la mentalité des Maliens qui doivent savoir que, quel que soit le délai de la transition, les prochaines élections doivent être tenues par les Maliens eux-mêmes. Ce ne servira à rien de respecter ou non le délai et de revenir ensuite dans une nouvelle transition.

Un Président mal élu, sur la base de fraudes, ne conduira qu’à un autre coup d’État qui nous fera revenir dans une nouvelle transition. Le même cycle se répète, les mêmes politiciens souvent, le même Mali, le même peuple, les mêmes modes de fonctionnement. Je pense que c’est cela qu’il faut assainir avant même de parler d’élections.

Propos recueillis par Bakary Fomba

27 août 2021 1 comment
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S. Kelly et DJ Arafat
Seko ni Donko

« Les fous de la cité, hommage à S. Kelly et DJ Arafat » [Par le Pr Emmanuel Toh Bi, titulaire de poésie négro-africaine]

by Sahel Tribune 27 août 2021
written by Sahel Tribune 4 minutes read

« Les fous de la cité, hommage à S. Kelly et DJ Arafat » est un texte d’un professeur ivoirien titulaire de poésie négro-africaine, écrivain-poète et dramaturge, essayiste et chroniqueur, concepteur du « Djelenin-nin. Pour toi mon Afrique » et de l’Ivoironie. En homme de lettres et de culture, le Professeur Emmanuel Toh Bi rend un excellent hommage, vibrant et plein d’enseignements sur la vie et l’art, à deux célèbres artistes musiciens du « coupé-décalé ». Deux jeunes artistes, qui se sont imposés avec leurs styles et différences, devenus des icônes pour des milliers de jeunes en Côte d’Ivoire et ailleurs comme au Mali. Et continuent de l’être même après leur décès à la fleur de l’âge. « La cité a besoin de ses fous », écrit-il.

« Ils sont toujours interpellants, ces citoyens d’exception, artistes d’une autre race, enjoliveurs plasticiens d’anticonformisme. Conclusion : la cité a besoin de ses “fous”.

ARAFAT et S. KELLY nous ont marqués, non… nous aurons marqué, substantiellement. Ils auront, peut-être, compris le sens, mieux, l’essence de l’art : déformer et fracasser le réel normatif du vécu social, à l’effet d’interpeller le citoyen, le mettant ainsi au procès de ses responsabilités. En clair, ce sont des personnages tragiques. Il s’en résout que l’art, toutes les fois qu’on n’a pas voulu le museler ou l’enfermer dans ses grandes tours corruptives de mise en scène mimétique et embastillante, et qu’on a voulu en vivre le contenu dans la vie pratique ou courante, on devient toujours tragique. Irréversiblement. Irrémédiablement.

ADN social, génétique référentielle, identité remarquable

La vie littéraire et philosophique nous en offre des exemples : Socrate face à la ciguë, Diogène le cynique face à Alexandre le Grand, Rousseau face à ses persécuteurs, Jean-Paul Sartre assis sur un tonneau devant les usines Renault en 1968, en soutien à la grève des ouvriers. DJ ARAFAT et S. KELLY [Parfait Francis Taregue — son vrai nom], en sont la matérialité dans le monde musical, celui du coupé-décalé, plus précisément ; ce genre musical étant lui-même celui des excès outranciers, du moins, à s’en tenir à l’ancrage spirituel initial du concept.

Et pour s’y prendre, nos artistes nommés n’y vont pas de main calculante de lucidité responsable : ils dégamment, tout simplement. Comme seuls dans leur monde. Endossant et prenant, au départ, les coups des critiques pierreuses, et pleuvant au vitriol. Et ce profil de mise à part, d’insistance dans l’impertinence, sans souci de repentance, ni de ressaisissement mental, leur draine des regards massifs d’admiration médiatique, se taillant ainsi un ADN social, une génétique référentielle, une identité remarquable.

Par l’entremise de leur vie, le dégammage devient national

Autant dire que, par l’entremise de leur vie, le dégammage devient national. De la drogue au buzz sur les réseaux sociaux, en passant par les scandales en direct sur les plateaux télé et scènes inédites, et mêmes propos parricides, tout y passe. Il l’a dit André Breton, chef de file du surréalisme, dans Nadja : “La beauté sera convulsive ou elle ne sera pas.” En d’autres termes, pour qu’il y ait beauté (artistique ou sociale), il faut qu’il y ait fracassement, bouleversement, chamboulement sans mesure. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que ARAFAT et S. KELLY, fracassent, chamboulent, bouleversent, dérèglent, déraillent. Et c’est peut-être une étoile missionnaire. Point n’est besoin de les imiter. Le vécu à succès de l’ordre décrit étant spontané et comme olympiennement commandité.

De décharge névrotique à la cité

La vérité, c’est que cette race d’artistes, certes, d’indisposition morale initiale, finissent par donner bonne conscience à la cité, et même, par l’équilibrer, au prétexte de la distraire. Ils deviennent la systématisation légale de notre vie profonde proscrite et, donc, irréalisable, du fait de l’éthique, des normes et des lois. Dans ce sens, pansant et soulageant la cité, ces personnages d’exception lui donnent d’être réconciliée avec elle-même, donnant ainsi aux citoyens de faire l’économie d’actes de hantise, qui auraient pu faire mal à la cité.

Résolument, S. KELLY et ARAFAT DJ ont servi ou servent de décharge névrotique à la cité, laquelle décharge névrotique lui est très curative. C’est une affaire de Freud [psychanalyste et philosophe allemand]. Et que c’est vrai ! Et que c’est réel !

Ahmed Bakayoko [défunt Premier ministre ivoirien] et Emma Lohoues [célèbre actrice ivoirienne] sont, aussi [de] cette catégorie de citoyens d’exception. Sans être artistes “de création”, eux [Ahmed et Emma] ont — eu — un mode de vie fondamentalement artiste, fou artiste. L’un est parti ; protégeons l’autre. La cité a besoin de ses fous ! »

————————————————————————————————

Cet hommage du Professeur Emmanuel Toh Bi a d’abord été publié sur son compte Facebook, au lendemain du décès de l’artiste S. Kelly, survenu le 25 août 2021 à Bouaké — des suites d’une maladie pulmonaire. Sahel Tribune a repris ce texte avec de légères modifications et touches de son éditeur Sagaïdou Bilal.

27 août 2021 0 comments
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