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Bankass : des femmes déplacées reconstruisent leur vie autour du soumbala

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Dans le quartier d’Oroboye, à Bankass, la fumée des marmites se mêle chaque matin aux voix des femmes. Autour des graines de néré, des déplacées venues notamment de Diallassagou reconstruisent patiemment leur quotidien. Le soumbala est devenu pour elles un revenu, un lien avec leur terre d’origine et une manière de résister aux bouleversements provoqués par l’insécurité.

Réunies au sein de l’association Yeredon 1, elles ont emporté avec elles bien plus que quelques effets personnels. Elles ont préservé un savoir-faire culinaire transmis de génération en génération, devenu aujourd’hui l’une de leurs principales sources de revenus. Dans un contexte où les possibilités d’emploi restent limitées pour les populations déplacées, la transformation du néré représente à la fois une activité économique, un espace de solidarité et un moyen de préserver une partie de leur identité.

Cette expérience s’inscrit dans une réalité plus large au Mali, où les activités génératrices de revenus jouent un rôle important dans la résilience des populations affectées par les conflits et les déplacements. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) documente notamment les difficultés économiques auxquelles sont confrontées les populations déplacées et les initiatives destinées à renforcer leurs moyens de subsistance. (ICRC)

« Ici, nous avons tout recommencé », résume Setou Cissé, présidente de l’association.

Originaire de Diallassagou, elle explique avoir perfectionné les techniques de fabrication du soumbala auprès de sa nièce, Ouma Cissé, installée à Sikasso, une région où cette activité est particulièrement développée. Depuis son installation à Bankass, elle transmet à son tour ce savoir aux autres membres du groupement, convaincue que cette activité constitue l’un des rares moyens de renforcer l’autonomie économique des familles déplacées.

Le néré, une matière première difficile à trouver

Avant de cuire le néré, il faut d’abord trouver les graines. Dans une grande partie du pays dogon, le néré est rare ; les productrices dépendent alors d’approvisionnements venus principalement de Sikasso. Cette dépendance fragilise la chaîne de production, confie-t-elle. Les livraisons sont irrégulières, les prix fluctuent selon les saisons et les quantités disponibles restent souvent insuffisantes pour répondre à la demande.

Le néré, dont le nom scientifique est Parkia biglobosa, occupe une place importante dans l’alimentation ouest-africaine. La FAO indique que ses graines entrent notamment dans la fabrication du soumbala, un condiment largement consommé en Afrique de l’Ouest. La préparation traditionnelle repose sur plusieurs étapes, dont la cuisson, le décorticage, le lavage, la mouture et le séchage. (FAOHome)

« Nous savons fabriquer le soumbala, mais nous ne maîtrisons pas l’arrivée des graines. Lorsqu’elles deviennent rares ou trop chères, toute notre activité ralentit », explique Djenèba Sacko, membre de l’association.

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Nous savons fabriquer le soumbala, mais nous ne maîtrisons pas l’arrivée des graines. Lorsqu’elles deviennent rares ou trop chères, toute notre activité ralentit

Cette incertitude complique l’organisation du travail et réduit les revenus d’un groupement dont l’équilibre économique repose sur la régularité de la production.

Des équipements pour améliorer la production

À ces difficultés d’approvisionnement se sont longtemps ajoutées des conditions de travail particulièrement modestes. Les femmes transformaient les graines du néré avec des équipements rudimentaires, limitant les volumes produits malgré leur expérience.

L’appui de la Croix-Rouge a permis d’améliorer cette situation grâce à la mise à disposition de matériels de transformation et à un accompagnement technique destinés à renforcer la qualité du soumbala et les capacités de production. Si ces équipements ont facilité le travail quotidien, ils n’ont toutefois pas levé le principal obstacle : l’accès durable à la matière première.

Dans le pays dogon, des initiatives similaires ont déjà montré l’importance des activités économiques collectives pour les femmes confrontées aux conséquences du conflit. Le CICR a notamment accompagné des associations féminines dans la création d’activités génératrices de revenus à Doucoumbo, en leur fournissant des équipements et un fonds de roulement. 

Une activité qui fait vivre les familles

Autour des bassines et des claies de séchage, chacune participe selon ses moyens. Parmi les productrices de la zone, Kadia Traoré, déplacée d’Oulassagou depuis 2024, travaille désormais avec ses enfants, installés, quant à eux, à Diallassagou. Ensemble, ils assurent le tri, le décorticage, la fermentation, le tamisage et le conditionnement du soumbala destiné au marché.

« Nous travaillons en famille. Ce revenu nous aide à couvrir une partie des dépenses du ménage », confie-t-elle.

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Nous travaillons en famille. Ce revenu nous aide à couvrir une partie des dépenses du ménage

Sur les étals de Bankass, comme à Diallassagou, les produits ont progressivement séduit la clientèle. Les consommateurs apprécient un produit local jugé plus naturel, mieux fermenté et fidèle aux saveurs traditionnelles.

« Leur soumbala donne un goût particulier aux sauces », témoigne Solou Tembely, cliente régulière à Bankass.

Ada Guindo souligne, pour sa part, les qualités nutritionnelles de ce condiment, reconnu pour sa richesse en protéines végétales et son rôle dans l’alimentation familiale.

Le soumbala, un savoir-faire qui résiste aux déplacements

Au-delà de la vente de quelques kilogrammes de soumbala, l’expérience de ces femmes révèle une réalité plus large. Dans le pays dogon, les déplacements de population ont déplacé bien davantage que des familles. Ils ont aussi transféré des savoir-faire, recomposé des activités économiques et créé de nouvelles formes de solidarité. 

Les difficultés rencontrées à Bankass font écho à celles observées ailleurs au Mali. En juin 2026, le CICR indiquait que la dégradation de la situation sécuritaire dans plusieurs régions du pays avait entraîné de nouveaux déplacements et accentué la pression sur les moyens de subsistance des populations. L’organisation souligne également l’importance du renforcement de la résilience économique des communautés touchées. (

À Bankass, comme à Diallassagou, ces femmes montrent que la ténacité se construit aussi autour des marmites, dans la transmission des gestes et la valorisation d’un patrimoine culinaire qui continue de faire vivre les ménages malgré les effets durables de la crise.

Leur avenir dépend désormais autant de leur savoir-faire que de leur capacité à sécuriser un approvisionnement régulier en graines de néré, condition indispensable pour transformer cette économie de survie en une activité durable.

Mikaïlou Cissé 

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