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Transition énergétique : derrière les promesses mondiales, 655 millions de personnes attendent toujours la lumière

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Alors que la transition énergétique s’impose comme un enjeu majeur du XXIᵉ siècle, le monde reste loin de son objectif d’un accès universel à l’énergie. Un rapport conjoint de l’AIE, de l’ONU, de la Banque mondiale, de l’IRENA et de l’OMS révèle que 655 millions de personnes vivent encore sans électricité, dont l’immense majorité en Afrique subsaharienne. Pour atteindre l’Objectif de développement durable n°7 d’ici 2030, le rythme actuel d’électrification devra être multiplié par trois.

Le constat est accablant. Alors que la planète multiplie les sommets climatiques et les promesses de transition énergétique, 655 millions d’êtres humains n’ont toujours pas accès à l’électricité. Et deux milliards d’autres cuisinent encore avec des combustibles polluants — bois, charbon de bois, kérosène — au péril de leur santé. Ces chiffres sont tirés de la dernière édition du rapport Tracking SDG 7: The Energy Progress Report, publié le 24 juin 2026 par cinq grandes institutions internationales : l’Agence internationale de l’énergie (AIE), l’IRENA, la Division statistique de l’ONU, la Banque mondiale et l’OMS.

Derrière les moyennes mondiales flatteuses — 92 % de taux d’accès à l’électricité dans le monde, plus de 30 % d’électricité d’origine renouvelable —, se cache une réalité géographique brutale. L’Afrique subsaharienne concentre à elle seule plus de 560 millions de personnes sans électricité et 970 millions sans accès à une énergie propre pour cuisiner. Une disproportion qui n’est pas nouvelle, mais qui s’aggrave.

Un rythme trois fois trop lent

Le rapport est sans ambiguïté sur le diagnostic : si rien ne change, l’ODD 7 — garantir un accès universel à une énergie abordable, fiable, durable et moderne d’ici à 2030 — ne sera pas atteint. Pour y parvenir, il faudrait tripler le rythme actuel d’électrification, soit passer de moins de 0,5 % de progression annuelle à 1,3 %. En Afrique subsaharienne, le déficit rural s’est même creusé, passant de 376 millions de personnes non raccordées en 2010 à 447 millions en 2024. Le continent avance, mais moins vite que sa démographie.

Le chiffre qui illustre le mieux cette fracture : dans les pays à revenu élevé, la capacité installée en énergies renouvelables atteint 1 224 watts par habitant. Dans les pays à faible revenu, elle plafonne à 33,6 watts. Soit un écart de 1 à 36.

Un problème de prix autant que d’infrastructure

L’un des enseignements les plus saillants du rapport est que l’absence d’électricité n’est plus seulement une question d’infrastructure. Même là où le réseau existe, des millions de ménages ne peuvent pas se permettre de s’y connecter. Les frais de raccordement, le câblage intérieur, les abonnements de base : autant de barrières financières qui condamnent les plus pauvres à rester dans l’obscurité. Le rapport plaide pour des subventions ciblées, des mécanismes de financement innovants et des solutions décentralisées — solaire hors réseau, mini-réseaux — qui permettent un accès à moindre coût.

Sur ce point, les progrès sont réels. Les énergies renouvelables distribuées touchent déjà des centaines de millions de personnes dans les zones rurales les plus reculées. L’électricité, le bioéthanol et le biogaz gagnent du terrain comme alternatives propres pour cuisiner. Mais le rythme reste insuffisant face à l’ampleur du défi.

Le financement international se défile

Autre signal inquiétant : les flux financiers internationaux publics en faveur des énergies propres dans les pays les moins avancés ont chuté de 11 % entre 2023 et 2024, pour s’établir à 3,7 milliards de dollars. À l’heure où les pays riches proclament leur engagement pour la transition énergétique mondiale, ce recul est paradoxal — et politiquement difficile à justifier.

Au total, le financement public international des énergies propres dans les pays en développement n’a progressé que marginalement, passant de 24,4 à 24,6 milliards de dollars entre 2023 et 2024. Et 80 % de ces flux prennent la forme de dette — dans des pays déjà étranglés par des taux d’intérêt élevés. Les subventions ne représentent que 13 % du total, les prises de participation et les garanties de risques, moins de 10 %.

Trois millions de morts par an : l’impératif sanitaire

Le rapport rappelle une réalité trop souvent occultée dans les débats sur la transition énergétique : la pollution de l’air intérieur liée aux combustibles de cuisson tue environ trois millions de personnes chaque année. Un bilan que l’OMS qualifie d’ « impératif fondamental pour la santé ». Les victimes sont majoritairement des femmes et des enfants, exposés des heures durant aux fumées toxiques dans des espaces confinés.

Faute de politiques plus ambitieuses, 1,8 milliard de personnes pourraient encore cuire leurs aliments avec des combustibles polluants en 2030. Et le nombre de personnes sans accès à l’énergie propre pour cuisiner en Afrique subsaharienne devrait franchir le seuil du milliard dès 2027.

Les renouvelables progressent, mais inégalement

Le tableau n’est pas entièrement sombre. Les énergies renouvelables représentent désormais plus de 30 % de la consommation mondiale d’électricité, et la capacité installée a atteint 544 watts par personne dans le monde — un record. Le rendement énergétique s’améliore, à 3,76 mégajoules par dollar de PIB. Mais ces indicateurs globaux masquent des réalités très disparates, et leur rythme de progression reste en deçà des cibles fixées par l’ODD 7.

Le rapport sera présenté le 8 juillet 2026, en marge du Forum politique de haut niveau sur le développement durable à New York. Un rendez-vous où les États seront une nouvelle fois appelés à transformer leurs engagements en actes — et à répondre à une question simple : peut-on se satisfaire, à quatre ans de 2030, de laisser 655 millions de personnes dans le noir ?

Le rapport Tracking SDG 7: The Energy Progress Report est une publication annuelle coproduite par l’AIE, l’IRENA, la Division de statistique de l’ONU (DESA), la Banque mondiale et l’OMS. L’édition 2026, présentant les données 2023-2024, a été dirigée par la DESA. Elle constitue le principal outil de suivi international des progrès vers l’objectif de développement durable n°7.

Chiencoro Diarra 


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