La Banque de développement Shelter Afrique publie des résultats solides pour 2025 : bénéfice en hausse de 20 %, décaissements multipliés par 2,6, portefeuille de prêts en progression de 29 %. L’institution, qui vient de se doter d’une nouvelle identité visuelle à Rabat, entend désormais passer de la réforme à l’exécution face au défi colossal du logement africain.
Les chiffres publiés ce jeudi 11 juin en marge de l’Assemblée générale annuelle de la Banque de développement Shelter Afrique (ShafDB), à Rabat, sont ceux d’une institution en train de changer de dimension. Pour l’exercice clos le 31 décembre 2025, la banque panafricaine spécialisée dans le financement du logement et du développement urbain affiche un bénéfice global de 2,14 millions de dollars, en hausse de 20 % par rapport aux 1,79 million enregistrés en 2024. Un résultat modeste en valeur absolue, mais qui revêt une signification symbolique forte pour une institution longtemps fragilisée par des déséquilibres structurels et qui mène depuis plusieurs années un programme de transformation ambitieux.
Plus significative encore est la dynamique opérationnelle qui sous-tend ce résultat. Les décaissements de prêts ont bondi de 162 %, passant de 24,06 millions de dollars en 2024 à 63 millions de dollars en 2025 — une accélération qui traduit le retour en force de l’activité de prêt après une période de consolidation prudente. Le portefeuille net de prêts a, lui, progressé de 29 %, atteignant 174,08 millions de dollars contre 134,78 millions un an plus tôt. Le total des actifs franchit désormais le seuil des 235 millions de dollars, en hausse de 12 %, tandis que les fonds propres s’établissent à 176,09 millions de dollars, soutenus par la génération de bénéfices et des souscriptions de capital supplémentaires.
Le coup stratégique de la facilité BADEA
Au-delà des résultats comptables, c’est peut-être l’obtention d’une facilité concessionnelle de 120 millions de dollars auprès de la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA) qui constitue l’événement le plus structurant de l’exercice 2025. Cette ligne de financement, inscrite dans le cadre du programme d’augmentation de capital, poursuit un objectif précis : permettre aux États membres de normaliser leurs souscriptions et, in fine, ouvrir la voie à une notation de crédit de qualité « investment grade ». L’obtention d’une telle note serait une rupture décisive pour ShafDB, lui permettant d’accéder à des marchés de capitaux aujourd’hui fermés et d’emprunter à des conditions nettement plus favorables.
S’y ajoute une levée de fonds supplémentaire de 50 millions de dollars auprès d’Afreximbank, la Banque africaine d’import-export. En cumulant ces deux opérations, la ShafDB a mobilisé 170 millions de dollars de financements externes en un seul exercice — une performance notable pour une institution de cette taille, qui illustre la regain de confiance de ses partenaires institutionnels.
« Le fait d’avoir atteint la rentabilité tout en développant considérablement nos activités de prêt démontre la viabilité de notre modèle économique et notre capacité à créer de la valeur durable pour nos actionnaires, nos investisseurs et nos États membres. », a expliqué Lionel Zinsou, président du Conseil d’administration de la banque ShafDB.
Les marchés de capitaux locaux, nouveau front
L’autre axe stratégique mis en avant lors de cette assemblée générale de Rabat concerne le développement d’une capacité de financement en monnaie locale. La dépendance au dollar crée en effet pour les emprunteurs africains — souvent des promoteurs immobiliers ou des établissements de crédit dont les recettes sont en monnaie nationale — un risque de change structurel qui peut compromettre la viabilité de projets pourtant économiquement solides. En structurant des solutions de financement synthétiques en monnaie locale, ShafDB entend s’attaquer directement à cette contrainte.
Concrètement, la banque prépare deux programmes d’obligations durables : un premier en Afrique de l’Ouest, libellé en francs CFA, pour un montant de 60 milliards de FCFA (soit environ 100 millions de dollars), et un second en Afrique de l’Est, en dollars, pour 500 millions de dollars. Ces émissions obligataires, si elles aboutissent, permettraient à ShafDB de capter directement l’épargne institutionnelle africaine — fonds de pension, compagnies d’assurance, caisses de retraite — pour la recycler vers le financement du logement. Un circuit vertueux que la plupart des systèmes financiers africains peinent encore à établir.
La phase d’exécution, après les années de réforme
Thierno-Habib Hann, directeur général et PDG de la banque, a tenu à replacer ces résultats dans une trajectoire plus longue. « Nous avons accru notre portefeuille de prêts de près de 30 %, augmenté nos décaissements de 129 %, renforcé notre bilan et diversifié nos sources de financement tout en maintenant notre rentabilité », a-t-il résumé, insistant sur le fait que les bases de la croissance future sont désormais posées. La tonalité est celle d’une institution qui estime avoir terminé sa traversée du désert et entend maintenant faire parler les actes.
Lionel Zinsou, président du conseil d’administration, a exprimé la même conviction, mais en rappelant l’ampleur du défi qui reste devant l’institution. Le continent africain souffre d’un déficit estimé à plus de 53 millions de logements, qui nécessiterait quelque 1 300 milliards de dollars de financements pour être résorbé. Face à cette montagne, les 174 millions de dollars du portefeuille de prêts de ShafDB ne représentent qu’une goutte d’eau — mais une goutte d’eau dont la direction entend faire grossir le flux, en s’appuyant sur des partenariats stratégiques et un effet de levier croissant.
« Alors que l’Afrique continue de s’urbaniser à un rythme sans précédent, la Banque de développement Shelter Afrique reste déterminée à mobiliser des capitaux à grande échelle pour soutenir le logement abordable, les villes durables et une croissance économique inclusive à travers le continent », a conclu M. Zinsou. Une ambition qui, pour se concrétiser, devra désormais se mesurer non plus aux bilans comptables, mais aux mètres carrés construits et aux familles logées.
A.D
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