Accueil » Blog » Actu » William Ruto appelle à financer l’Afrique « à ses propres conditions » lors des 25 ans d’ATIDI

William Ruto appelle à financer l’Afrique « à ses propres conditions » lors des 25 ans d’ATIDI

0 comments 16 views 4 minutes read

Réunis au Kenya fin juin pour l’assemblée générale annuelle de l’assureur panafricain, chefs d’Etat et dirigeants d’institutions financières ont plaidé pour une nouvelle architecture de financement du continent, moins dépendante des capitaux étrangers.

L’Assurance pour le développement du commerce et de l’investissement en Afrique (ATIDI) a célébré, du 30 juin au 3 juillet, ses 25 ans d’existence lors de sa 26ᵉ assemblée générale annuelle, organisée à Nairobi sous le thème « Renforcer l’Afrique : risques maîtrisés, croissance stimulée ». A cette occasion, le président kényan William Ruto a appelé le continent à financer son développement « à ses propres conditions », plutôt que d’attendre une réforme de l’architecture financière mondiale qu’il juge trop lente à venir.

« L’Afrique ne souffre pas d’un manque de capitaux »

« Tandis que le monde débat des réformes, l’Afrique doit se construire », a-t-il lancé lors du dîner de gala organisé pour le jubilé d’ATIDI, apportant son soutien à la Nouvelle architecture financière africaine pour le développement (NAFAD), lancée en avril par Sidi Ould Tah, président du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD). Cette initiative vise à mutualiser les mécanismes de partage des risques entre institutions du continent, à réduire le coût de l’emprunt pour les Etats africains et à mobiliser l’épargne domestique.

Selon le président Ruto, l’Afrique dispose de près de 4 000 milliards de dollars d’épargne longue, logée dans les fonds de pension, les compagnies d’assurance et les réserves des banques centrales, mais investie en grande partie hors du continent, alors que le déficit de financement annuel dépasse 400 milliards de dollars. « L’Afrique ne souffre pas d’un manque de capitaux. Elle souffre plutôt d’un manque d’institutions capables de transformer les risques », a-t-il affirmé.

Relèvement progressif au capital d’ATIDI

Au cœur de la NAFAD figure l’Alliance des institutions financières multilatérales africaines (AAMFI), qui réunit notamment la BAD, Afreximbank, l’Africa Finance Corporation et ATIDI. Le Kenya a annoncé l’installation du secrétariat de cette alliance à Nairobi. Le président Ruto a par ailleurs plaidé pour une recapitalisation d’ATIDI à hauteur de deux milliards de dollars, assurant que chaque dollar investi dans les mécanismes de garantie du continent pouvait démultiplier jusqu’à dix fois les capitaux privés mobilisés. Il a invité les États membres à adhérer à un « Pacte de Nairobi sur la souveraineté économique africaine », articulé autour de cinq engagements : recapitaliser ATIDI, renforcer l’AAMFI, mobiliser l’épargne africaine, accroître les capacités de garantie du continent et bâtir des institutions financières multilatérales compétitives à l’échelle mondiale.

Le Kenya a de son côté annoncé le relèvement progressif de sa participation au capital d’ATIDI, de 25 à 65 millions de dollars, et remis à l’organisation le titre foncier du terrain destiné à accueillir son futur siège permanent à Nairobi.

Des solutions africaines aux défis africains

Un quart de siècle après sa création par des États africains, ATIDI revendique plus de 93 milliards de dollars d’investissements privés mobilisés à travers le continent grâce à ses instruments de couverture du risque politique et de crédit. L’institution, dont le nombre d’actionnaires est passé de sept membres fondateurs à 24 États africains et 13 actionnaires institutionnels, maintient depuis sa création une notation « investment grade». « Les solutions africaines sont souvent les mieux à même de relever les défis africains », a résumé son directeur général, Manuel Moses, qui a présenté des résultats 2025 en nette progression : un total d’expositions porté à 9,2 milliards de dollars, un résultat net en hausse de 20 %, à 71,4 millions de dollars, et des capitaux propres en croissance de 12 %, à 883 millions de dollars.

Lors d’une table ronde consacrée au financement du développement, Sidi Ould Tah a annoncé que la BAD avait multiplié par cinq sa participation au capital d’ATIDI, devenant son principal actionnaire, et s’était engagée à aider d’autres pays africains à rejoindre l’institution. « Le défi auquel nous sommes confrontés ne tient pas tant au manque de capitaux ou d’opportunités qu’à une évaluation inadéquate et persistante du risque africain », a-t-il estimé. Le vice-président kényan, Kithure Kindiki, a de son côté insisté sur la nécessité d’attirer davantage de capitaux privés, les finances publiques du continent restant, selon lui, insuffisantes pour répondre seules aux besoins d’investissement.

Chiencoro Diarra 


En savoir plus sur Sahel Tribune

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Veuillez laisser un petit commentaire pour nous encourager dans notre dynamique !