Home A la Une Sénégal : Al Aminou Lô, un Premier ministre sous le regard de Sonko

Sénégal : Al Aminou Lô, un Premier ministre sous le regard de Sonko

0 comments 206 views 3 minutes read

Devant une Assemblée nationale dominée par le Pastef et présidée par Ousmane Sonko, Al Aminou Lô a présenté sa déclaration de politique générale. Entre discours souverainiste, dette élevée et retour au FMI, le Premier ministre sénégalais défend une ligne de réalisme économique sous haute surveillance politique.

La scène, à elle seule, mérite d’être soulignée. Pendant plus de deux heures, mardi 8 septembre, le Premier ministre sénégalais a exposé sa déclaration de politique générale sous le regard de son prédécesseur direct à la tête du gouvernement, Ousmane Sonko, devenu depuis président de l’Assemblée nationale et connu pour ses positions critiques. Ahmadou Al Aminou Lô, nommé le 25 mai, n’a pas éludé la singularité de l’exercice, rappelant qu’au Sénégal, « les institutions priment sur les personnalités ». Une formule diplomatique pour une situation institutionnelle sans réel équivalent. Un chef de gouvernement contraint de faire ses preuves devant l’homme qui occupait son fauteuil quelques mois plus tôt, dans un climat de rivalité larvée avec le président Bassirou Diomaye Faye.

Le même FMI, sous un autre nom

Sur le fond, le glissement est plus significatif encore. Porté au pouvoir par un discours de rupture avec les institutions financières internationales, le Pastef d’Ousmane Sonko se retrouve, deux ans après son arrivée aux affaires, à devoir vendre à sa propre majorité un accord avec le Fonds monétaire international. Ahmadou Al Aminou Lô a pris soin d’habiller la pilule. Ce n’est pas un « ajustement structurel » qu’il est venu présenter, mais un « reprofilage » de la dette ; ce n’est pas le programme du FMI qu’il exécute, mais celui inscrit dans le « programme Diomaye président ».

Sur le fond, pourtant, les mesures exigées par l’institution de Washington, à savoir réforme fiscale, meilleur ciblage des subventions, sont, selon ses propres mots, les mêmes que celles portées par le pouvoir. Une manière de faire coïncider deux éléments a priori difficilement conciliables. Le respect des engagements pris envers les créanciers, et le maintien d’un discours de souveraineté envers l’opinion.

Le pari du réalisme face à une opinion en quête de rupture

Le chef du gouvernement a choisi d’assumer un discours de franchise inhabituel pour l’exercice : rappelant qu’avec 40 % de la population vulnérable ou pauvre, une croissance limitée à 2,2 % en 2025 et une dette équivalant à 132 % du PIB, le Sénégal n’avait, selon lui, « pas le droit de faire la politique de l’autruche ». Un pari risqué politiquement : expliquer à un pays qui a voté la rupture en 2024 que l’autarcie n’existe pas et qu’il faut renouer avec le FMI, tout en promettant qu’il n’y aura « pas d’ajustement sauvage comme dans les années 1980 ». Reste à savoir si cette ligne de crête, entre orthodoxie budgétaire assumée et rhétorique souverainiste préservée, convaincra une Assemblée où le Pastef s’est vu réserver, à lui seul, près de trois des quatre heures de débat prévues à l’issue du discours.

Ce numéro d’équilibriste, salué ou contesté selon les bancs de l’hémicycle, ne dissipe pas pour autant l’incertitude qui pèse sur la note souveraine du pays, elle-même source de nouvelles dégradations tant que le doute persistera sur la trajectoire budgétaire sénégalaise. 

A.D

Donnez-nous votre avis

FR|EN FR|EN