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Niger : le président Tiani maintient sa ligne anti-française et ouvre un dialogue avec le Bénin

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Dans un grand entretien accordé à la RTN pour les trois ans du CNSP, le président nigérien a réitéré ses critiques contre Paris dans les attaques de l’aéroport de Niamey. Mais le même entretien révèle un dégel discret avec le Bénin, pourtant visé par des critiques similaires six mois plus tôt.

Devant les caméras de la RTN, le général Abdourahamane Tiani a martelé, samedi 25 juillet, la ligne de rupture qui a fait sa légitimité. La France, encore et toujours, derrière les attaques qui frappent le Niger. Mais à mesure que l’entretien s’est déroulé, une autre voix, plus feutrée, a émergé : celle d’un chef d’État qui négocie discrètement avec ses voisins, y compris ceux dont il critiquait, il y a six mois à peine, la complicité dans ces mêmes attaques. Entre les deux, un décalage révélateur, à l’heure où le Niger célèbre le troisième anniversaire du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP).

Face au journaliste Abdoulaye Tiemogo, le président de la transition nigérienne a consacré l’essentiel de son propos à la double attaque ayant visé, les 28 et 29 janvier puis le 18 juin, l’aéroport international Diori Hamani de Niamey. Selon lui, les mercenaires rattachés au JNIM et à d’autres groupes armés ont été « regroupés », « entraînés » et financés par la France, avec pour instruction de « brûler intégralement » l’aérogare et de « tirer sur tous les passagers présents ». Des premières mises en cause, avaient déjà visé en janvier, le président français Emmanuel Macron ainsi que ses homologues béninois et ivoirien de l’époque, Patrice Talon et Alassane Ouattara.

Le paradoxe béninois

C’est précisément sur ce point que l’entretien du 25 juillet révèle sa véritable singularité. Interrogé sur l’état des relations avec le Bénin (critiqué en janvier d’avoir prêté son territoire aux auteurs de l’attaque de l’aéroport), Abdourahamane Tiani confirme que des discussions se poursuivent en vue d’une réouverture de la frontière commune, fermée depuis plusieurs années, et salue les échanges engagés avec le nouveau président béninois. Ce dernier, Romuald Wadagni, a succédé en mai à Patrice Talon au terme de l’élection présidentielle d’avril. Celui-là même que Niamey taclait six mois plus tôt d’héberger des bases étrangères hostiles au Niger. Un geste d’apaisement bilatéral qui tranche avec la sévérité des mises en cause portées, au même moment, contre la France. 

La rhétorique de rupture s’applique à un ennemi identifié comme structurel, quand la diplomatie de couloir, elle, s’adapte pragmatiquement au changement d’interlocuteur à Cotonou. Les deux capitales ont d’ailleurs échangé de nouveaux ambassadeurs ces dernières semaines, signe que le dégel, engagé sous le nouveau pouvoir béninois, précède largement toute clarification publique des accusations de janvier.

L’agriculture, angle mort du récit de rupture

Ce grand entretien, pourtant, ne se limite pas à la géopolitique du soupçon. Interrogé sur l’économie, Abdourahamane Tiani s’est montré nettement plus disert sur un registre presque inverse. Celui d’une gestion technicienne et rassurante. Il a indiqué que près de 95 % des quelque 15 000 villages agricoles du pays avaient déjà procédé aux semis de la campagne 2026. Il a présenté l’agriculture comme le socle d’une souveraineté alimentaire à construire, aux côtés du renforcement des capacités énergétiques nationales. Un registre de bilan sobre, presque technocratique, à l’opposé du ton offensif employé sur le dossier sécuritaire. Comme si le pouvoir nigérien avait choisi de réserver son verbe le plus dur à l’adversaire extérieur, et sa prose la plus mesurée à la gestion intérieure du pays.

Le président a par ailleurs dressé le bilan des deux premières années de la Confédération de l’Alliance des États du Sahel (AES), qu’il unit au Mali et au Burkina Faso. Il a surtout insisté sur le caractère continental de ce combat. Selon lui, il ne s’agit « pas que du combat d’Assimi Goïta, d’Ibrahim Traoré ou de Tiani », mais de celui de « toute l’Afrique ». Une formule qui élève la rivalité avec Paris au rang de cause panafricaine.

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pas que du combat d’Assimi Goïta, d’Ibrahim Traoré ou de Tiani

Trois ans après le coup d’État du 26 juillet 2023, cet entretien-fleuve dessine ainsi un régime à deux vitesses rhétoriques : intraitable et critique face à un ennemi désigné une fois pour toutes, souple et transactionnel face aux voisins dont la realpolitik continue, quoi qu’il en soit, de commander les choix.

Sahel Tribune 

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