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À Tombouctou, la mosquée de Sankoré célèbre 600 ans d’un héritage deux fois menacé

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L’édifice qui abrita l’une des plus anciennes universités d’Afrique subsaharienne a été célébré les 25 et 26 juillet dans la « Cité des 333 saints ». Un anniversaire qui rappelle aussi la vulnérabilité de ce patrimoine, pillé au XVIe siècle puis visé par les groupes terroristes en 2012-2013.

Elle a formé jusqu’à 25 000 étudiants à son apogée, quand l’Europe ne comptait encore que de rares universités naissantes. La mosquée de Sankoré, à Tombouctou, a célébré les 25 et 26 juillet ce que les organisateurs présentent comme ses 600 ans d’existence, lors d’une cérémonie placée sous le haut patronage du président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta, dans la « Cité des 333 saints ».

Un « rayonnement culturel » à valeur de symbole national

La conférence inaugurale de cette célébration, placée sous le thème « Sankoré, 600 ans de rayonnement culturel du Mali », s’est tenue le 25 juillet à l’Institut des hautes études et de recherches islamiques Ahmed-Baba de Tombouctou (IHERI-ABT), sous la présidence du ministre de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, Mamou Daffé, représenté par son chef de cabinet, Salia Malé. L’événement, porté par l’Association des ressortissants et sympathisants pour le développement du cercle de Tombouctou (ARDCT) en partenariat avec plusieurs ministères maliens et l’Unesco, a également donné lieu à un crépissage collectif de l’édifice avec la population et à une remise de dons aux maçons traditionnels chargés de son entretien.

Si les organisateurs retiennent la date ronde de 600 ans, les historiens situent généralement la construction de l’édifice entre 1325 et 1327, sous le règne de l’empereur Kankan Moussa. Ce qui porterait plutôt son âge à un peu moins de sept siècles. Bâtie en banco, la mosquée fut restaurée et agrandie à la fin du XVIᵉ siècle par l’imam Al Aqib, qui lui donna les dimensions de la Kaaba de La Mecque. Elle fut, avec ses medersas annexes, le cœur de l’université coranique de Sankoré, qui rassembla jusqu’à 180 écoles et un quart des cent mille habitants que comptait alors Tombouctou, selon les estimations historiques les plus citées. Ses bibliothèques privées abritaient des dizaines de milliers de manuscrits consacrés aussi bien à la théologie qu’à l’astronomie, à la médecine ou au droit. Ce qui fait de la ville l’un des grands centres intellectuels du monde islamique aux XVᵉ et XVIᵉ siècles.

Un patrimoine deux fois menacé

Ce passé glorieux n’a pas empêché Sankoré de connaître des heures sombres. L’invasion marocaine de 1591 avait déjà entraîné le pillage de la ville et la destruction ou la dispersion d’une partie de ses manuscrits. Plus récemment, l’occupation de Tombouctou par des groupes armés terroristes en 2012 et 2013 a de nouveau exposé cet héritage à la destruction. Plusieurs mausolées de la ville, classés au patrimoine mondial de l’Unesco au même titre que la mosquée de Sankoré depuis 1988, avaient alors été rasés au nom d’une lecture rigoriste de l’islam. Des actes pour lesquels Ahmad al-Faqi al-Mahdi, ancien membre d’Ansar Dine, a été condamné en 2016 par la Cour pénale internationale (CPI). Une première dans l’histoire de la justice internationale pour la destruction de biens culturels. Des dizaines de milliers de manuscrits avaient alors été sauvés grâce à l’action de bibliothécaires locaux, au premier rang desquels Abdel Kader Haïdara, qui les avait fait exfiltrer clandestinement vers Bamako.

C’est dans ce contexte que le ministère malien de la Culture a insisté, par la voix de son chef de cabinet, sur la nécessité de mobiliser l’ensemble des parties prenantes (autorités administratives, coutumières et religieuses, société civile) pour la préservation de la mosquée, élément constitutif du bien « Tombouctou » inscrit sur la Liste du patrimoine mondial et classé patrimoine culturel national par décret depuis 1992. Au-delà de sa dimension commémorative, cette célébration se veut ainsi un rappel. Celui d’un site dont la conservation reste tributaire, comme l’a montré la dernière décennie, aussi bien de la fragilité de ses matériaux de construction en terre crue que de l’instabilité sécuritaire persistante dans le centre et le nord du Mali.

Chiencoro Diarra 

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