Home A la Une Minéraux critiques : Pourquoi le lithium, le cobalt, le nickel et le cuivre pourrait devenir le pétrole du XXIᵉ siècle

Minéraux critiques : Pourquoi le lithium, le cobalt, le nickel et le cuivre pourrait devenir le pétrole du XXIᵉ siècle

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Réuni à l’initiative de la RDC, le Conseil de sécurité a consacré un débat aux minéraux indispensables à la transition énergétique. António Guterres et la patronne de l’OMC y ont mis en garde contre le risque de voir cobalt, lithium ou cuivre alimenter de nouveaux conflits, faute de transformation locale des richesses extraites.

Après le pétrole au XXe siècle, le lithium, le cobalt, le nickel et le cuivre pourraient bien redessiner la géopolitique du XXIe. C’est le constat dressé par le Conseil de sécurité des Nations unies, réuni mercredi à l’initiative de la République démocratique du Congo (RDC), qui présidait un débat consacré aux minéraux critiques. Sous l’effet de la transition énergétique, la demande mondiale de cette matière devrait tripler d’ici 2030.

Devant le Conseil, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a indiqué que les revenus tirés de l’exploitation illicite des ressources naturelles éloignent trop souvent la paix, a-t-il averti. Il a cité l’est de la RDC, où des groupes armés continuent de tirer profit de l’exploitation illégale des minerais, ou encore le Soudan, où l’or contribue au financement de la guerre en cours. Pour le chef de l’ONU, la flambée de la demande mondiale ouvre certes des perspectives de développement pour les pays producteurs, mais nourrit dans le même temps une compétition géopolitique intense et fait peser un risque de violences accru sur des chaînes d’approvisionnement déjà très concentrées.

Rompre avec le schéma de l’extraction sans transformation

Le débat, organisé à l’initiative de Kinshasa, dont le sous-sol assure à lui seul plus de 70 % de la production mondiale de cobalt, a mis en avant la necessité d’une transformation locale des minerais, plutôt que d’une simple exportation de matières premières vers des usines situées ailleurs. Le président congolais Félix Tshisekedi, dont le discours a été lu par sa ministre des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, a insisté sur le lien entre paix durable et démantèlement des circuits de financement des groupes armés liés aux minerais de conflit. Aussi a-t-il mis l’accent sur l’impossibilité d’une transition énergétique réellement juste si elle continue de reposer sur l’injustice faite aux pays producteurs.

Guterres a défendu la même ligne, plaidant pour que les pays et les communautés d’où proviennent ces ressources en tirent les premiers bénéfices, plutôt que de voir la valeur ajoutée continuellement captée ailleurs. Un schéma qu’il a qualifié de dépassé.

Le risque d’une nouvelle course aux ressources

Pour la directrice générale de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), Ngozi Okonjo-Iweala, également intervenue devant le Conseil, le danger est que ces minerais cessent d’être perçus comme de simples matières premières pour devenir des instruments de puissance géopolitique. Elle a mis en garde contre la tentation, pour les grandes puissances, de verrouiller leur accès aux ressources par des accords d’exclusivité, ce qui reléguerait durablement les pays producteurs au rang de simples fournisseurs de matières brutes. Selon elle, la fragmentation croissante du commerce mondial amplifie les déséquilibres de pouvoir et favorise l’exploitation et la coercition autour de ces ressources stratégiques. Elle a plaidé pour une diversification des chaînes d’approvisionnement et davantage de transformation locale, plutôt qu’un commerce dicté par le seul rapport de force.

L’Afrique ne représente aujourd’hui que moins de 3 % du commerce mondial, une faiblesse largement imputable à sa dépendance persistante à l’exportation de matières premières non transformées. Selon la patronne de l’OMC, la construction de chaînes de valeur locales autour des minerais critiques pourrait contribuer à inverser cette tendance, en créant des emplois et en renforçant la stabilité des pays concernés.

Le débat de mercredi illustre ainsi un carrefour que l’ONU juge décisif. D’un côté, la reconduction d’un schéma déjà connu d’extraction, de contrebande et de financement de groupes armés. De l’autre, un modèle fondé sur la traçabilité des chaînes d’approvisionnement, la transformation locale et un partage plus équitable des bénéfices tirés de ces ressources appelées à devenir de plus en plus stratégiques à mesure que le monde accélère sa transition énergétique.

A.D

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