Le ministre de l’Industrie et du Commerce a réuni lundi les acteurs de la filière bétail-viande, six mois après un premier train de mesures dont les effets sur les étals restent à démontrer. Nouveauté : un cadre de concertation hebdomadaire, censé produire des solutions « concrètes, applicables et mesurables ».
Sur instruction du président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta, le ministre de l’Industrie et du Commerce, Moussa Alassane Diallo, a réuni lundi 5 octobre, à la Chambre de commerce et d’industrie du Mali (CCIM), les acteurs de la filière bétail-viande, en présence de représentants des ministères chargés de l’Élevage et de l’Économie et des Finances ainsi que des structures techniques concernées. La rencontre s’inscrit dans l’axe 3 de la lettre de cadrage présidentielle, consacré à la satisfaction des besoins fondamentaux des populations, avec un objectif affiché : « casser cette dynamique » de hausse.
Les chiffres officiels expliquent l’urgence. Le prix moyen national du kilogramme de viande avec os est passé de 3 211 F CFA fin avril à 3 502 F CFA entre le 28 septembre et le 4 octobre, soit une progression d’environ 9 % en cinq mois. À Bamako, l’écart est plus net : le kilogramme avec os se négocie désormais entre 4 300 et 4 500 F CFA, contre 3 800 à 4 000 F CFA en avril, soit une hausse de l’ordre de 12 à 13 %. La viande sans os, elle, tourne autour de 5 000 F CFA.
De la production à l’étal, plusieurs maillons fragiles
Les concertations d’avril avaient pourtant débouché sur un train de mesures, notamment l’ouverture et la sécurisation des marchés à bétail de l’intérieur, le contingentement des exportations, l’amélioration de la disponibilité de l’aliment bétail, la création de nouveaux marchés sécurisés à proximité de Bamako. Dans son propos introductif, le ministre a plaidé pour aller « au-delà du constat » et agir sur chaque maillon de la chaîne, dont les coûts de production et de transport, l’approvisionnement des marchés, mais aussi la désorganisation de certains circuits de commercialisation.
Ces fragilités n’ont rien de nouveau. Lors de la concertation d’avril, les professionnels avaient déjà désigné la délocalisation de certains « garbals », ces marchés à bétail traditionnels, et le coût élevé de l’aliment bétail, notamment des tourteaux, comme des facteurs aggravants, comme le détaillait alors Sahel Tribune. Le président de l’interprofession bétail-viande, Mamoudou Diallo, reconnaît pour sa part des difficultés d’approvisionnement et plaide pour l’ouverture de points de vente de bétail à proximité des grandes agglomérations, afin de réduire le recours à certains intermédiaires. Un diagnostic sur les circuits de prix que la FAO formulait déjà, dans une étude consacrée à la filière bovine malienne publiée il y a plus de dix ans, en relevant une mauvaise transmission des prix entre marchés régionaux et marchés domestiques.
Un rendez-vous hebdomadaire pour passer des constats aux résultats
Lundi, plusieurs pistes ont été examinées, dont la diversification et la sécurisation des garbals, l’amélioration de l’approvisionnement des marchés maliens en bétail, la sécurisation des axes d’acheminement et la recherche de solutions de substitution pour l’aliment bétail, afin d’alléger les coûts de production. Le ministre a appelé à une mobilisation collective pour un retour progressif à la normale et, surtout, instruit la tenue hebdomadaire du cadre de concertation.
Le choix d’un rythme hebdomadaire marque une inflexion de méthode. Après une réunion d’avril suivie de mesures dont l’effet n’a pas été visible sur les prix, il s’agit de suivre l’application des décisions au plus près.
Oumarou Fomba
