En rappelant, lundi à New York, que son pays avait rejoint les Nations unies le 28 septembre 1960 grâce au parrainage de la Tunisie et de Ceylan, le ministre Abdoulaye Diop a ravivé, sans le développer, un épisode fondateur trop peu connu. Celui où le Mali naissant avait déjà tenu à afficher publiquement qu’il ne devait rien, sur ce plan, à l’ancienne puissance coloniale.
C’est un anniversaire dans l’anniversaire que le ministre malien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop, a choisi de mettre en avant, lundi 28 septembre, en ouvrant la déclaration du Mali devant la 81ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations unies. « Il y a 66 ans, jour pour jour, le 28 septembre 1960, soit six jours après son accession à l’indépendance, le Mali, sous la conduite de Son Excellence le président Modibo Keïta, a été admis à l’ONU avec notamment le soutien de la République de Tunisie et celle de Ceylan, actuel Sri Lanka », a-t-il rappelé, avant de saluer l’élection du nouveau président de l’Assemblée et l’action d’Antonio Guterres, secrétaire général sortant après dix années à la tête de l’organisation.
Il y a 66 ans, jour pour jour, le 28 septembre 1960, soit six jours après son accession à l’indépendance, le Mali, sous la conduite de Son Excellence le président Modibo Keïta, a été admis à l’ONU avec notamment le soutien de la République de Tunisie et celle de Ceylan, actuel Sri Lanka
Le détail, présenté sans plus de commentaire, mérite qu’on s’y arrête, car il porte en germe une posture diplomatique dont l’écho, six décennies plus tard, traverse tout le reste du discours. Le 28 septembre 1960, le Mali et le Sénégal, tout juste séparés après l’éclatement de leur éphémère fédération commune, font chacun leur entrée à l’ONU. Officiellement, selon les chroniques de l’époque, la candidature malienne est parrainée à la fois par la Tunisie, Ceylan et la France. Mais devant l’Assemblée générale, le porte-parole malien Mamadou Aw tient à préciser une chose : en dehors de la Tunisie et de Ceylan, le jeune Mali affirme n’avoir sollicité aucun autre parrainage, celui de Paris compris. Un geste de mise à distance vis-à-vis de l’ancienne métropole, posé dès l’entrée du pays dans le concert des nations, et que le choix des mots d’Abdoulaye Diop, lundi, a fait discrètement resurgir.
Un thème de session jugé « pertinent »
Cette entrée en matière a servi de tremplin à un plaidoyer plus large pour la réforme du multilatéralisme. Le Mali s’est félicité du thème retenu pour cette 81ᵉ session, « Restaurer la confiance, accompagner les transformations : une Organisation des Nations unies au service de tous », le jugeant « pertinent et d’actualité ». Le ministre a réaffirmé l’attachement de son pays à un multilatéralisme réformé, fondé sur l’égalité souveraine des États, le respect de l’intégrité territoriale, l’interdiction du recours à la force et la non-ingérence dans les affaires intérieures, tout en appelant à la levée des mesures coercitives unilatérales affectant, selon lui, une trentaine de pays à travers le monde.
Restaurer la confiance, accompagner les transformations : une Organisation des Nations unies au service de tous
Sur le dossier sécuritaire, Abdoulaye Diop a rappelé la création, le 6 juillet 2024 à Niamey, de la Confédération des États du Sahel par les chefs d’État malien, burkinabè et nigérien, qu’il a présentée comme la réponse apportée par les trois pays à plus d’une décennie de crise. Il a salué les progrès enregistrés depuis, réaffirmé la détermination des trois chefs d’État à intensifier la lutte contre le terrorisme et indiqué que la délégation malienne « adhère pleinement » à la déclaration que devait prononcer, au nom de l’AES, le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Karamoko Jean-Marie Traoré. Il a par ailleurs rendu hommage aux forces de défense et de sécurité maliennes, ainsi qu’à la mémoire du général d’armée Sadio Camara, ancien ministre de la Défense.
Souveraineté économique, numérique et climatique
Le discours a longuement développé la dimension économique de la souveraineté, présentée comme indissociable de la sécurité. « Nous restons convaincus que l’aide internationale, aussi utile soit-elle, n’a jamais développé un pays », a affirmé le ministre, plaidant pour la mobilisation des ressources intérieures et pour « des nouveaux types de financement non avilissants ». Il a évoqué la vision « Mali Kura 2063 » et la Stratégie nationale pour l’émergence et le développement durable comme cadres de cette ambition, avant d’aborder la question de l’intelligence artificielle, présentée comme une composante à part entière de la souveraineté nationale : « L’IA ne doit pas être uniquement une technologie que nous consommons. Elle doit devenir une technologie que nous maîtrisons », a-t-il déclaré, citant la création du Centre d’intelligence artificielle et de robotique du Mali.
Sur le climat, le Mali a plaidé pour un meilleur accès aux financements et aux technologies d’adaptation face à la désertification, présentée comme un facteur de vulnérabilité mais aussi de risque sécuritaire pour le Sahel. Sur la migration, le ministre a défendu la mobilité humaine comme « une richesse pour l’humanité » et appelé au respect des droits des migrants. Le discours comportait également des développements sur la situation en Ukraine, dont le Mali accuse le gouvernement de soutenir des groupes armés opérant au Sahel.
Le ministre a conclu en appelant à une Organisation des Nations unies « réformée », voire « refondée », plus représentative de l’Afrique, et en réitérant la disposition du Mali à contribuer aux efforts communs pour un monde plus juste et plus solidaire. Soixante-six ans, jour pour jour, après que son premier gouvernement eut choisi de faire de son entrée à l’ONU un premier acte d’affirmation indépendante.
A.D
