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Mali : le non-alignement, une stratégie de diversification comme une autre

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À Belgrade, le chef de la diplomatie malienne a plaidé pour la relecture d’un vieux concept de guerre froide. Vu depuis une salle de marché plutôt qu’une chancellerie, le non-alignement ressemble pourtant moins à de la nostalgie qu’à une politique de gestion du risque, appliquée cette fois à l’échelle d’un État.

Le 1er septembre, à Belgrade, le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, a représenté le président de la Transition à la réunion commémorant les 65 ans du Mouvement des non-alignés. Sur le fond, rien de très nouveau : refus des blocs, égalité des nations, non-ingérence. Mais l’exercice mérite d’être lu avec les yeux d’un investisseur plutôt que d’un diplomate. Un État qui ne dépend plus d’un seul partenaire pour sa sécurité, ses financements ou ses débouchés commerciaux applique, ni plus ni moins, le b.a.-ba de la gestion de portefeuille : ne jamais miser sur un seul fournisseur, un seul client, un seul créancier.

Le pari du multi-alignement plutôt que du non-alignement

Ce raisonnement n’a rien d’abstrait pour Bamako. Pendant des décennies, la dépendance sécuritaire à un partenaire unique a laissé le Mali otage des arbitrages politiques d’une seule capitale. La diversification engagée depuis 2021 ( Russie, Turquie, Chine, partenaires du Golfe) ressemble, structurellement, à ce que ferait toute entreprise échaudée par la défaillance d’un fournisseur stratégique. Elle multiplie ses sources d’approvisionnement, quitte à perdre en confort ce qu’elle gagne en résilience. Le ministre a d’ailleurs choisi un mot qui ne trompe pas en économie internationale : « l’autonomie stratégique de nos États », soit l’exact pendant géopolitique de ce que les directions achats appellent la réduction du risque fournisseur.

Le mot « non-alignement » est d’ailleurs trompeur. Ce que pratique le Mali, au sein de la Confédération des États du Sahel (AES) avec le Burkina Faso et le Niger, s’apparente moins à une neutralité passive qu’à un multi-alignement actif, négocié partenaire par partenaire. C’est une politique plus exigeante à mettre en œuvre qu’un alignement unique. Elle suppose de la cohérence, de la constance, et accepte, en contrepartie, une forme d’isolement diplomatique vis-à-vis de certains bailleurs historiques. Le pari n’est pas sans risque : diversifier coûte cher à court terme, avant de rapporter en résilience à long terme. 

Oumarou Fomba 

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