Trente-sept ex-combattants, pour la plupart originaires de Kidal, ont prêté serment à l’armée malienne le 2 septembre. Le symbole dépasse le chiffre. Dans cette région longtemps associée aux rébellions touarègues et à la proclamation de l’Azawad, ce sont ceux qui portaient hier les armes contre leur pays qui les portent aujourd’hui pour lui.
L’État-major des Forces armées maliennes (FAMa) l’a annoncé le 2 septembre : 37 anciens combattants issus du processus de Désarmement, Démobilisation, Réinsertion et Intégration (DDR-I) ont achevé six mois de formation au Centre d’instruction mixte de Kidal, avant de prêter serment devant le commandement de la 7ᵉ Région militaire, au camp d’Anefif. Tactique, maniement des armes, règlements militaires, préparation physique : le programme ne diffère en rien de celui de n’importe quelle autre recrue du pays. Élevés au grade de soldat, ces hommes ont juré fidélité à un État que certains d’entre eux, ou leurs proches, avaient pris les armes pour fragmenter.
Kidal, symbole retourné
Le choix du lieu n’est pas anodin. Kidal, c’est la région où l’armée malienne avait subi, en mai 2014, l’une de ses défaites les plus embarrassantes face aux groupes armés du Nord. C’est aussi là qu’avait été proclamée, en 2012, l’indépendance avortée de l’Azawad. Que d’anciens combattants de cette même région revêtent aujourd’hui l’uniforme des FAMa, sur ce même sol, constitue un renversement de trajectoire que ni les accords de paix successifs ni les années de crise n’avaient jusque-là permis d’illustrer aussi concrètement.
Cette promotion n’est pas isolée. En août, 254 anciens membres de groupes armés avaient déjà achevé leur formation et rejoint les rangs des FAMa. Un programme de DDR avait par ailleurs été lancé début janvier dans les régions de Tombouctou et de Taoudénit. Au total, les autorités maliennes prévoient d’intégrer 2 000 anciens combattants au sein des forces de sécurité et d’assurer la réinsertion socio-économique de 1 000 personnes supplémentaires. Un objectif qui, à ce rythme, reste encore loin d’être atteint, mais dont la dynamique s’accélère mois après mois.
Cette promesse de réconciliation par l’uniforme n’efface pas pour autant toutes les tensions. Dans certaines zones du Nord, des combattants du Front de libération de l’Azawad poursuivent, eux, les hostilités contre Bamako. Le DDR-I n’a donc rien d’un point final, mais bien d’un pari sur la durée.
A.D
