Le seuil de 1,5°C sera franchi d’ici quelques années, confirme un nouveau rapport de l’ONU. Beaucoup comptent alors sur les arbres et la capture de carbone pour « annuler » le dépassement. Un chiffre, tiré du rapport lui-même, suffit à ruiner cet espoir.
C’est le chiffre qui devrait doucher les partisans du « on rattrapera plus tard ». Selon le rapport « Limiting Overshoot », publié le 2 septembre par le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), il faudrait plus de cent ans de reboisement et de gestion forestière au rythme actuel, combinés à des émissions résiduelles de CO2 ramenées à zéro, pour faire reculer le réchauffement mondial de seulement… 0,1°C. Autrement dit : la martingale des arbres providentiels, souvent brandie dans les discours officiels et les stratégies d’entreprise, ne pèse presque rien face à l’ampleur du dépassement qui s’annonce.
Reste alors les technologies plus radicales : capture directe du carbone dans l’air, stockage géologique profond. Là encore, le rapport tempère l’enthousiasme. Le seul maintien d’émissions nettes de CO2 à zéro pourrait épuiser les capacités de stockage estimées des bassins sédimentaires d’ici 2200. Le PNUE est catégorique : même dans le scénario le plus optimiste, ces technologies de capture ne permettront de gagner que quelques dixièmes de degré au cours du siècle. Une goutte d’eau face à un réchauffement qui doit encore dépasser 1,5°C avant, peut-être, de redescendre.
Trois phases, une seule urgence : maintenant
Le PNUE ne recommande pourtant pas de renoncer à ces outils, mais de cesser d’en faire une excuse pour retarder l’action. Le rapport décrit une trajectoire en trois phases (dépassement, pic, déclin) où la capture du carbone n’intervient qu’en toute fin de parcours, une fois les émissions de gaz à effet de serre déjà ramenées à un niveau résiduel. Sans réduction rapide et massive des émissions dès maintenant, en particulier de méthane, aucune technologie de retrait ne pourra compenser l’inaction présente. La glace continuera de fondre, jusqu’à un quart de la masse des glaciers d’ici 2100, et la production alimentaire mondiale pourrait chuter de 14 % d’ici 2050 en l’absence d’adaptation efficace.
Ce sont précisément les régions les moins responsables du dérèglement climatique, à commencer par la bande sahélienne,, qui encaisseraient en priorité cette chute de production alimentaire.
Chiencoro Diarra
