En quatre ans, le taux de réussite au Baccalauréat malien est passé de 20,38 % à 35,67 %, avec un record historique de 38,75 % en 2025. Derrière cette progression documentée : la fin des fuites de sujets, la stabilisation des années scolaires et la restauration d’une méritocratie dont le symbole le plus éclatant est le premier national du Bac 2026, élève du lycée public de Goundam, dans la région de Tombouctou. Ce que les détracteurs de la Transition refusent souvent de reconnaître, les chiffres l’imposent.
Il y a un adage bambara dont la sagesse devrait inspirer les observateurs les plus critiques de la Transition malienne : « Même si le lièvre est ton ennemi, il faut quand même lui accorder le mérite de la course à vitesse.» Dans le domaine de l’éducation, les faits sont têtus. Et les chiffres, vérifiables. Ceux qui, par honnêteté intellectuelle, acceptent de les regarder en face ne peuvent nier ce qui s’est passé dans les salles d’examen du Mali depuis 2021 : une transformation silencieuse, progressive, documentée, qui mérite d’être nommée pour ce qu’elle est.
Même si le lièvre est ton ennemi, il faut quand même lui accorder le mérite de la course à vitesse.
Les chiffres confirment une progression continue depuis 2022
En 2022, le taux de réussite au Baccalauréat malien s’établissait à 20,38 %. Un chiffre qui, en apparence, disait le niveau du système éducatif. En réalité, il disait surtout l’état du système de fraude généralisé, auquel la Transition malienne avait hérité, et qui allait commencer, pour la première fois depuis des années, à être sérieusement perturbé. En 2023, le taux progressait à 25,73 %. En 2024, il atteignait 27,23 %. En 2025, un record historique était enregistré : 38,75 %. La meilleure performance du Mali depuis des décennies, saluée par le ministère de l’Éducation nationale comme le fruit d’une année scolaire stable et d’une lutte renforcée contre la triche. En 2026, sur 154 928 candidats présents, 55 259 ont obtenu leur diplôme, soit un taux de 34,23%. Une légère inflexion par rapport au pic de 2025, mais une progression de plus de quinze points par rapport à 2022. En quatre ans, le Mali a presque doublé son taux de réussite au Bac. Ce n’est pas une coïncidence. C’est le résultat d’une politique.
La politique de rompre avec la fraude organisée
La politique en question repose sur un pari simple et courageux : que l’école malienne ne peut produire des cadres compétents que si elle cesse d’être un marché de la fraude. Pendant des décennies, le Baccalauréat malien fonctionnait largement à rebours de son objectif. Les sujets des épreuves circulaient en amont, parfois dès la veille des examens. Les candidats entraient en salle avec les réponses préparées. Le diplôme ne certifiait pas un niveau. Il certifiait la capacité à accéder aux bons réseaux. Les taux d’admission élevés de certaines années passées ne reflétaient pas l’excellence des élèves. Ils reflétaient l’efficacité des circuits de corruption.
Les autorités de la Transition ont décidé de rompre avec cette logique. Des dispositifs techniques ont été mis en place pour sécuriser la confection et le transport des sujets d’examen via le Centre national des Examens et Concours de l’Éducation (CNECE). La dissolution de l’Association des élèves et étudiants du Mali (AEEM), dont les activités avaient progressivement dérivé vers la perturbation des épreuves et la menace physique contre les enseignants et les examinateurs, a contribué à rétablir un environnement propice au travail scolaire. Cette mesure, recommandée par les Assises nationales de la refondation et par les États généraux de l’éducation, n’était pas un caprice autoritaire : c’était une réponse à une réalité documentée.
La signature, le 25 août 2023, du Pacte de stabilité sociale et de croissance économique avec plusieurs partenaires sociaux, notamment le patronat et les organisations syndicales, a mis fin à une spirale de grèves qui, année après année, amputait les programmes scolaires de semaines entières et condamnait les élèves à composer sur des contenus à moitié enseignés. La stabilité de l’année scolaire est une condition nécessaire, pas suffisante, à la qualité des résultats. Elle a été rétablie. Les chiffres en témoignent.
La justice scolaire : Goundam au sommet
Le résultat le plus symbolique de cette politique n’est pas statistique. Il a un visage, un nom, une localisation géographique. Le premier national du Baccalauréat 2026, Ibrahim Badou, avec une moyenne de 18/20, vient du lycée public de Goundam, une ville de la région de Tombouctou, au nord du Mali, longtemps marginalisée par l’insécurité, l’enclavement et les années de crise.
Il y a quelques années, l’idée qu’un élève d’un lycée public de Goundam puisse devancer l’ensemble des candidats des grands établissements de Bamako, des lycées privés huppés de la capitale, des élèves bénéficiant de cours particuliers et de toutes les ressources que la richesse familiale procure, aurait semblé irréaliste. Elle ne l’est plus. C’est cela, la justice scolaire dans sa forme la plus concrète : mettre tous les fils du pays sur un même pied d’égalité devant l’épreuve, quel que soit leur lieu de naissance et la fortune de leurs parents.
Ce changement ne touche pas seulement le Baccalauréat. Les concours de recrutement de la fonction publique malienne connaissent le même phénomène. Des candidats issus de familles modestes, sans « bras longs » dans l’administration, sans réseau de piston, réussissent désormais des concours que la fraude avait longtemps réservés à ceux qui pouvaient se les payer. Il arrive même, fait inédit il y a encore cinq ans, que des postes restent non pourvus à l’issue d’un concours, non par manque de candidats, mais parce qu’aucun n’a atteint le niveau requis. C’est le signe d’un système qui applique ses propres critères, sans les contourner. C’est le signe d’une méritocratie qui commence à fonctionner.
L’école et la corruption, une chaîne à briser par sa racine
Le lien entre fraude à l’école et corruption dans l’administration n’est pas métaphorique. C’est une chaîne causale que les spécialistes de la gouvernance documentent depuis des décennies, notamment Transparency International dans ses rapports sur le Mali. L’élève qui triche pour obtenir son diplôme intègre une administration avec de fausses qualifications. Il devient le fonctionnaire qui corrompt pour obtenir son avancement, le responsable qui détourne pour compenser son incompétence, le décideur qui favorise les siens parce que la compétence n’a jamais été son critère d’évaluation. La corruption ne commence pas dans les bureaux de l’État. Elle commence dans les salles d’examen, quand la société ferme les yeux sur la fraude parce qu’elle est devenue la norme.
En rompant cette chaîne à sa racine, en imposant que les examens soient des examens, que les diplômes certifient un niveau réel, que la réussite soit le produit du travail et non du réseau, la Transition malienne ne fait pas que réformer l’éducation. Elle pose les fondations d’une administration publique où la méritocratie a une chance de survivre. Où la loi peut être respectée parce que ceux qui l’appliquent ont appris, dès les bancs de l’école, qu’on ne peut pas la contourner impunément. C’est d’ailleurs l’une des priorités identifiées par l’UNESCO dans ses Rapports mondiaux de suivi sur l’éducation la crédibilité des certifications scolaires comme condition du développement du capital humain.
Cela mérite d’être dit. Même, et surtout, par ceux qui contestent par ailleurs les choix politiques des autorités maliennes. L’honnêteté intellectuelle l’exige.
Chiencoro Diarra
