À Rabat, le vice-président de la Fondation Festival sur le Niger, Kéba Daffé, a appelé à renforcer l’autonomie intellectuelle et culturelle de l’Afrique. Participant au 8ᵉ Sommet des institutions culturelles d’Afrique et de la diaspora, il a défendu l’idée d’une « souveraineté de la pensée » comme préalable à une véritable renaissance culturelle du continent.
C’est dans le cadre feutré des tables rondes diplomatico-culturelles que Kéba Daffé, vice-président de la Fondation Festival sur le Niger, a pris la parole cette semaine. Le responsable malien participe, du 9 au 12 septembre, au 8ᵉ Sommet des institutions culturelles d’Afrique et de la diaspora (Sicadia), qui réunit dans la capitale marocaine des représentants de l’Union africaine, de l’Unesco, du ministère marocain de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, ainsi que de l’Observatoire des politiques culturelles en Afrique (OCPA) et du Réseau des institutions culturelles d’Afrique et de la diaspora (Ricadia). La structure permanente issue de ce sommet.
Intervenant lors de la table ronde consacrée au thème « Protestations, dénonciation, résilience », aux côtés d’experts et de responsables d’institutions culturelles venus de plusieurs pays africains, Kéba Daffé a livré une communication intitulée « De la résilience culturelle à la capacité de transformation : quelle renaissance culturelle pour l’Afrique ? ». Son intervention a insisté sur la nécessité de structurer et de professionnaliser le secteur culturel africain, mais surtout sur l’exigence, selon lui préalable à toute renaissance culturelle du continent, de construire une véritable « souveraineté de la pensée ».
De la résilience culturelle à la capacité de transformation : quelle renaissance culturelle pour l’Afrique ?
Un mécanisme continental né dans le sillage de l’Union africaine
Fondé sous l’appellation Sicadia avant d’adopter, en 2017, la dénomination de Réseau des institutions culturelles d’Afrique et de la diaspora, ce mécanisme de suivi et de pilotage émane directement de l’Union africaine et fédère plusieurs institutions culturelles continentales de référence, parmi lesquelles le Centre régional de recherche et de documentation sur les traditions orales (Cerdotola, Cameroun), l’OCPA (Mozambique), le Centre pour les arts et les civilisations noires et africaines (Nigeria) ou encore le Centre d’études linguistiques et historiques par tradition orale (Niger). Sa mission affichée est de servir de porte-parole à l’ensemble des institutions culturelles africaines auprès des organisations continentales et des États membres.
Le choix de Rabat pour accueillir cette 8ᵉ édition prolonge une stratégie de positionnement culturel panafricain que la capitale marocaine affine depuis plusieurs années. Première ville désignée Capitale africaine de la culture en 2022, Rabat a inauguré en juin dernier le siège permanent du secrétariat de ce programme continental, porté par l’Union africaine et destiné à accompagner les futures villes hôtes, dont Praia, au Cap-Vert, retenue pour l’édition 2028.
Le Festival sur le Niger, vitrine d’une politique culturelle malienne assumée
Créée en août 2009 à Ségou pour pérenniser les acquis du Festival sur le Niger, rendez-vous culturel lancé en 2005 et devenu l’un des plus importants festivals d’Afrique de l’Ouest, la Fondation Festival sur le Niger est présidée par Mamou Daffé, lui-même ministre malien de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme. Sa participation, via son vice-président, à ce rendez-vous continental s’inscrit dans la continuité de la politique de rayonnement culturel que le gouvernement malien met en avant depuis plusieurs mois, entre biennale nationale rapatriée à Tombouctou, création d’un corps de médiateurs culturels et lancement d’un futur marché national de l’art contemporain.
En insistant sur la « souveraineté de la pensée » plutôt que sur les seuls instruments matériels de la politique culturelle, l’intervention de Kéba Daffé fait écho à un discours plus large, désormais partagé par plusieurs pays du continent : celui d’une Afrique qui entend non seulement produire et diffuser sa propre culture, mais aussi en maîtriser les cadres conceptuels et les grilles de lecture, longtemps empruntés à des institutions extérieures au continent.
Oumarou Fomba
