En l’espace d’une même journée, la ministre malienne de l’Environnement, Doumbia Mariam Tangara, a reçu la représentante résidente du PNUD puis le nouveau directeur des opérations de la Banque mondiale pour le Sahel. Deux audiences consacrées à un même enjeu : la capacité du Mali à mobiliser des financements climatiques internationaux, alors que le pays porte l’un des plus vastes projets de restauration des terres dégradées de la région.
La journée du jeudi 10 septembre a été dense pour la diplomatie environnementale malienne. La ministre de l’Environnement, de l’Assainissement et du Développement durable, Doumbia Mariam Tangara, a reçu successivement la représentante résidente du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) au Mali, Evelyne Bamba, puis Nicola Pontara, tout juste nommé directeur des opérations du Groupe de la Banque mondiale pour le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad. Deux rencontres aux formats protocolaires classiques, mais dont le contenu donne un aperçu assez précis de l’agenda climatique du gouvernement malien pour les mois à venir.
Un objectif plus large de 375 000 hectares de plantations forestières.
Avec la représentante du PNUD, les échanges ont porté sur le suivi de la Contribution déterminée au niveau national (CDN) du Mali, l’engagement climatique du pays au titre de l’accord de Paris, l’adaptation aux changements climatiques, la réduction des émissions de gaz à effet de serre et le développement de systèmes d’alerte précoce.
Sur le volet financier, la ministre et sa représentante ont évoqué l’accès au Fonds vert pour le climat, au Fonds pour l’environnement mondial (FEM) et à d’autres mécanismes internationaux, ainsi que la préparation de « projets bancables » et l’appui au fonctionnement du Fonds Climat-Mali, l’instrument national dédié au financement climatique.
Doumbia Mariam Tangara a par ailleurs plaidé pour une meilleure prise en compte du secteur des déchets dans les engagements climatiques du pays, la CDN malienne prévoyant un objectif spécifique de réduction des émissions dans ce secteur, aux côtés d’un objectif plus large de 375 000 hectares de plantations forestières.
Le PRTD, vitrine du partenariat avec la Banque mondiale
Reçu dans la foulée, Nicola Pontara a orienté les échanges vers le Projet de restauration des terres dégradées (PRTD-Mali), présenté par le ministère comme l’un de ses chantiers structurants. Financé par un crédit de 150 millions de dollars de l’Association internationale de développement, filiale de la Banque mondiale dédiée aux pays à faible revenu, approuvé en mai 2023, ce projet vise à restaurer les capacités écologiques de terres dégradées dans 87 communes des régions de Kayes, Koulikoro, Ségou et Mopti, le long du tracé malien de la Grande Muraille verte, l’initiative panafricaine de lutte contre la désertification du Sahel. Lors de son approbation, la Banque mondiale avait elle-même souligné, par la voix de sa précédente directrice des opérations pour le Sahel, Clara De Sousa, que la crise sécuritaire malienne avait « exacerbé les effets du changement climatique sur les moyens de subsistance » des populations rurales.
exacerbé les effets du changement climatique sur les moyens de subsistance
La ministre a saisi l’occasion pour annoncer la tenue, d’ici la fin de l’année, d’un Forum national de l’innovation environnementale, destiné à rapprocher pouvoirs publics, secteur privé, jeunes chercheurs et partenaires techniques et financiers autour de solutions innovantes, invitant la Banque mondiale à y apporter son expertise. Elle a également exprimé le souhait que les résultats du PRTD servent de point d’appui à une « nouvelle génération » de coopération avec l’institution, notamment dans les domaines de l’assainissement et de la résilience climatique.
Un test de la capacité malienne à capter les financements verts
Au-delà du protocole diplomatique, ces deux audiences successives illustrent un enjeu structurel pour le Mali. Sa capacité à transformer des priorités climatiques clairement identifiées en financements effectivement mobilisés, dans un contexte où l’accès aux grands fonds climatiques internationaux reste, pour la plupart des pays sahéliens, freiné par la faiblesse persistante des capacités techniques à monter des projets répondant aux exigences des bailleurs.
L’insistance de la ministre sur le renforcement des capacités nationales de préparation de « projets bancables » traduit une conscience aiguë de cet obstacle, qui explique en partie pourquoi les pays les plus exposés au changement climatique peinent souvent à en capter les financements dédiés, malgré des besoins d’adaptation particulièrement élevés.
Chiencoro Diarra
