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Gambie : les États-Unis restituent 2,5 millions de dollars liés à Yahya Jammeh

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Washington vient de restituer à Banjul 2,5 millions de dollars issus de la vente d’une villa de l’ex-dictateur gambien dans la banlieue chic de Washington. Un geste financier rondement mené, qui contraste avec l’interminable attente d’un procès pénal dont le financement, contrairement à celui-ci, reste toujours à boucler.

Le symbole est fort, mais il ne doit pas faire illusion sur la vitesse à laquelle avance, de l’autre côté, la justice pénale. L’ambassade américaine à Banjul et le gouvernement gambien ont signé, le 18 septembre, un accord restituant 2,5 millions de dollars issus de la vente d’une propriété que l’ancien président Yahya Jammeh possédait à Potomac, dans la banlieue huppée de Washington, dans le Maryland. La cérémonie a réuni le ministre gambien des Finances, Seedy Keita, et le chargé d’affaires de l’ambassade américaine, Robert Anderson, qui a rappelé que ce bien, acquis en 2010 alors que Jammeh était encore au pouvoir, avait selon lui été payé avec des fonds issus de la corruption. Une confiscation prononcée par la justice américaine dès 2022, restée incontestée depuis. Les sommes recouvrées doivent désormais abonder le fonds de réparation destiné aux victimes des vingt-deux années de règne de l’ancien président gambien.

Ce geste, aussi bienvenu soit-il pour les victimes, illustre à sa manière une asymétrie qui traverse tout le dossier Jammeh depuis sa chute, en janvier 2017. La restitution des avoirs financiers avance, par la seule mécanique de la coopération judiciaire bilatérale, quand la tenue d’un procès pénal reste, elle, suspendue à des obstacles bien plus lourds à lever.

Un tribunal approuvé, mais toujours en quête de financement

Car la Gambie ne manque pas, sur le papier, d’un cadre judiciaire pour juger son ancien dirigeant. La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) a approuvé, en décembre 2024, la création d’un Tribunal spécial pour la Gambie. Une juridiction hybride chargée de poursuivre les crimes contre l’humanité, actes de torture, exécutions extrajudiciaires et disparitions forcées documentés par la Commission vérité, réconciliation et réparations (TRRC) entre 1994 et 2017. Des travaux qui avaient recommandé des poursuites contre Yahya Jammeh et près de soixante-dix anciens responsables de son régime, ainsi que l’indemnisation de plus d’un millier de victimes.

Mais cette juridiction régionale, présentée à l’époque comme « historique », reste à ce jour privée des moyens de fonctionner. Selon les propres estimations du ministre gambien de la Justice, Dawda Jallow, sa mise en route nécessiterait environ 60 millions de dollars sur cinq ans, dont 16 % seulement suffiraient à amorcer ses travaux. Un seuil que la Gambie peine toujours à atteindre. Banjul a certes franchi une étape symbolique en avril dernier, en nommant l’avocat britannique Martin Hackett procureur spécial chargé de piloter les poursuites. Mais l’obstacle le plus déterminant demeure ailleurs. L’absence de tout accord d’extradition entre la Gambie et la Guinée équatoriale, où Yahya Jammeh vit en exil depuis janvier 2017 sous la protection, largement documentée, du président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo.

2,5 millions de dollars contre un accord d’extradition introuvable

Cette asymétrie entre le temps de l’argent et le temps de la justice n’a rien d’anecdotique pour les victimes du régime Jammeh, dont beaucoup avancent en âge sans avoir vu l’ombre d’un procès. Reed Brody, juriste américain qui a accompagné nombre d’entre elles devant la TRRC, avait résumé l’enjeu dès l’annonce du tribunal spécial. Le dispositif devait être « financé et mis en place rapidement, avant que d’autres survivants ne meurent ». 

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financé et mis en place rapidement, avant que d’autres survivants ne meurent

Près de deux ans plus tard, la restitution de 2,5 millions de dollars par Washington vient rappeler, presque malgré elle, l’écart persistant entre la rapidité d’une coopération financière bilatérale bien huilée et la lenteur d’une justice pénale régionale toujours en quête de son financement, et d’un accord d’extradition qui, pour l’heure, n’existe tout simplement pas.

Foula D. Massé 

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