La culture s’impose comme un nouveau terrain de coopération entre les pays de l’Alliance des États du Sahel. Ouverte lundi à Niamey, la quatrième édition de la Foire des industries culturelles du Niger (FICNI) réunit artistes, créateurs et professionnels autour d’une réunion des ministres de la Culture de l’AES. Pour le ministre malien Mamou Daffé, les industries culturelles peuvent à la fois préserver les identités, créer des emplois et contribuer à la refondation des sociétés sahéliennes.
Douze ans après sa création, la Foire des industries culturelles du Niger (Ficni) a changé d’échelle. Lancée pour la première fois en mars 2014 avant une deuxième édition organisée en 2022, la manifestation, désormais installée au Palais du 29-Juillet de Niamey, a ouvert lundi 14 septembre sa quatrième édition, prévue jusqu’au 18 septembre, sous la présidence du ministre nigérien des Transports et de l’Aviation civile, le colonel-major Abdourahamane Amadou, représentant le Premier ministre Ali Mahaman Lamine Zeine. Fait notable, cette édition se tient couplée, pour la première fois, à une réunion des ministres en charge de la Culture des trois pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), sous un thème hautement symbolique : « Quels rôles peuvent jouer les industries culturelles dans la refondation de la République ? ».
Quels rôles peuvent jouer les industries culturelles dans la refondation de la République ?
Le ministre malien de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, Mamou Daffé, a pris part à la cérémonie d’ouverture aux côtés de son homologue burkinabè, réunissant ainsi les trois pays confédérés autour d’un même événement. La foire rassemble, jusqu’à vendredi, artistes, créateurs, producteurs, éditeurs, cinéastes, stylistes et artisans autour du livre, de la mode, du cinéma, des arts plastiques, de la musique et du spectacle vivant, à travers un programme mêlant expositions, conférences et ateliers professionnels.
« La refondation doit aussi être culturelle »
Dans son allocution, prononcée au nom de l’ensemble des ministres de la Culture de l’AES, Mamou Daffé a défendu une approche des industries culturelles et créatives dépassant la seule expression artistique. Ces filières, a-t-il soutenu, « créent du sens, transmettent les valeurs et les identités », tout en générant emplois, entreprises et richesse économique. Pour le ministre malien, la refondation politique engagée dans les trois pays de l’AES « doit également être culturelle » et offrir à la jeunesse sahélienne les moyens de transformer sa créativité en véritable force de développement.
Cette vision, a-t-il ajouté, trouve un prolongement concret au Mali avec l’organisation, du 26 novembre au 5 décembre à Bamako, de la première édition du Marché national de l’art contemporain, déjà annoncée par le gouvernement malien en Conseil des ministres. Le choix du terme « marché » plutôt que celui, plus classique, de « festival » ou de « biennale », n’est pas neutre. Il place explicitement la commercialisation, la professionnalisation et la création de revenus au cœur du dispositif, à l’image de la Ficni elle-même et du Marché des arts de la Semaine nationale de la culture (SNC), organisé au Burkina Faso.
Une intégration culturelle qui prolonge l’intégration économique
Ce couplage entre foire culturelle nigérienne et concertation ministérielle confédérale n’est pas le premier du genre dans l’espace AES. Il fait écho à la toute première Foire commerciale de la Confédération des États du Sahel, organisée en décembre 2025 dans ce même Palais du 29-Juillet, sous le thème de la souveraineté économique régionale. La Ficni 2026 semble ainsi vouloir décliner, sur le terrain culturel, la même logique d’intégration progressive déjà à l’œuvre sur le plan commercial et industriel entre les trois États confédérés.
Prenant la parole au nom du Premier ministre nigérien, le colonel-major Abdourahamane Amadou a salué la présence des délégations maliennes et burkinabès, présentant la Ficni comme un espace de dialogue entre les peuples de l’AES autant que comme un cadre de promotion des industries culturelles. Une double vocation, économique et diplomatique, que les trois pays confédérés semblent désormais vouloir appliquer méthodiquement à l’ensemble des secteurs de leur coopération naissante, de l’or au coton en passant, désormais, par l’art et la création.
Chiencoro Diarra
