La Direction générale du commerce, de la consommation et de la concurrence a mis en garde, dimanche, contre des individus se faisant passer pour ses agents afin d’intimider et de racketter des commerçants du secteur du ciment. Une escroquerie qui prospère sur le terrain d’un marché déjà sous tension, où les prix du matériau varient du simple au double selon les régions du pays.
Dans un communiqué diffusé le 14 septembre, la Direction générale du commerce, de la consommation et de la concurrence (DGCC), organisme malien chargé de la régulation commerciale et de la protection des consommateurs, a alerté l’opinion publique sur un procédé frauduleux visant spécifiquement les commerçants du secteur du ciment. Selon l’administration, des individus se font « sciemment passer pour des agents de la DGCC » afin d’intimider ces commerçants et de leur extorquer de l’argent. Pour s’en prémunir, la DGCC a rappelé que ses agents sont tenus de présenter systématiquement, lors de tout contrôle, leur carte professionnelle d’enquêteur ainsi qu’un ordre de mission dûment signé par la direction, invitant commerçants et grand public à signaler tout comportement suspect via deux numéros verts gratuits.
Cette mise en garde ne relève pas du hasard de calendrier. Le marché malien du ciment traverse, depuis plusieurs mois, une période de fortes tensions, marquée par des difficultés d’approvisionnement et une flambée des prix dans certaines régions du pays. Le gouvernement a fixé un prix plafond de 120 000 francs CFA la tonne, dont le non-respect a déjà valu, la fermeture de plusieurs quincailleries de Bamako à l’issue de contrôles menés par la DGCC elle-même. Dans certaines localités plus reculées comme Gao, où l’approvisionnement dépend de circuits d’importation depuis l’Algérie et le Niger, le prix de la tonne peut toutefois grimper jusqu’à 220 000 francs CFA, alimentant l’exaspération de commerçants qui dénoncent, de leur côté, l’existence de « réseaux clandestins » contrôlant la disponibilité du produit.
Une administration en première ligne, une opportunité pour les escrocs
C’est précisément cette présence accrue, et redoutée, des contrôleurs de la DGCC sur le terrain qui semble avoir créé une opportunité pour des individus malveillants, prompts à se faire passer pour des agents de l’État afin d’intimider des commerçants déjà sous pression réglementaire. Le communiqué de la direction générale, en rappelant les documents officiels que tout véritable agent doit présenter, vise ainsi moins à rassurer sur l’existence du dispositif de contrôle qu’à en sécuriser l’exercice, en évitant que la légitime régulation du marché du ciment ne devienne, par un effet pervers, le prétexte à une nouvelle forme d’extorsion informelle.
Cet épisode illustre, à son échelle, une difficulté plus large rencontrée par les autorités maliennes dans la gestion des tensions d’approvisionnement en produits de première nécessité, du carburant à l’électricité en passant par le ciment. La multiplication des dispositifs de contrôle et de régulation, aussi nécessaires soient-ils face à la spéculation, ouvre également la voie à des pratiques d’usurpation qui viennent complexifier davantage la confiance entre l’administration économique et les acteurs du secteur informel.
Oumarou Fomba
