Home A la Une Drone visant La Mecque : pourquoi l’Afrique du Nord et de l’Est se sent doublement concernée

Drone visant La Mecque : pourquoi l’Afrique du Nord et de l’Est se sent doublement concernée

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L’interception d’un drone présenté par Riyad comme hostile à proximité de La Mecque a suscité de vives réactions dans plusieurs pays africains. De l’Algérie à l’Égypte, les condamnations répondent à la dimension religieuse de l’incident, mais aussi aux inquiétudes liées à la sécurité de la navigation en mer Rouge. Le détroit de Bab-el-Mandeb, passage stratégique entre l’océan Indien, la mer Rouge et le canal de Suez, place en effet l’Afrique directement au cœur des conséquences potentielles de l’escalade régionale.

La défense aérienne saoudienne a intercepté et détruit, mardi 15 septembre en soirée, un drone qualifié d’« hostile » par la coalition militaire dirigée par Riyad, avant qu’il n’entre dans l’espace aérien interdit surplombant La Mecque, ville la plus sainte de l’islam. Les débris de l’engin sont retombés au sud de la ville, sans faire de victime ni de dégât matériel signalé. Riyad a aussitôt attribué cette attaque aux houthis du Yémen, mouvement soutenu par l’Iran, engagé depuis juillet dans une résurgence de son conflit avec l’Arabie saoudite. Les houthis ont, de leur côté, démenti avoir visé la ville sainte, affirmant cibler exclusivement des installations pétrolières et militaires « éloignées des sites sacrés ».

Selon les autorités saoudiennes elles-mêmes, il s’agit seulement de la deuxième tentative de ce type dirigée contre La Mecque en moins d’une décennie, après l’interception, en 2017, d’un missile balistique houthi à une soixantaine de kilomètres de la ville. Un précédent qui avait, déjà, déclenché une vague de condamnations à travers le monde musulman, notamment de la part du Maroc, qui avait alors dénoncé un « acte criminel » contre la sacralité des lieux saints.

Alger en première ligne des condamnations

Sans surprise, l’Algérie a réagi promptement. « Cette attaque est un acte d’agression extrêmement grave contre les lieux saints des musulmans dans le monde entier, et une provocation honteuse à leurs sentiments ainsi qu’une violation flagrante d’un lieu sacré de Dieu », a déclaré le ministère algérien des Affaires étrangères dans un communiqué, réitérant sa « solidarité totale » avec Riyad et son appui à « toutes les mesures que l’Arabie saoudite juge appropriées pour assurer sa sécurité ». Alger a par ailleurs appelé à « l’arrêt immédiat de ces attaques et de toutes les formes d’escalade et de provocation dans la région ».

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Cette attaque est un acte d’agression extrêmement grave contre les lieux saints des musulmans dans le monde entier, et une provocation honteuse à leurs sentiments ainsi qu’une violation flagrante d’un lieu sacré de Dieu

L’Égypte, où le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane s’est rendu dès le lendemain de l’incident pour rencontrer le président Abdel Fattah al-Sissi, a également condamné fermement l’attaque et exprimé sa solidarité avec Riyad. La Jordanie, la Syrie et le Liban ont fait de même, tout comme la Ligue arabe, dont le secrétaire général, Nabil Fahmy, a évoqué un « fait d’une extrême gravité », et l’Organisation de la coopération islamique, qui a dénoncé des « attaques odieuses ».

Bab-el-Mandeb, l’inquiétude économique qui plane sur l’Afrique

Au-delà de l’onde de choc religieuse, cette escalade réactive une inquiétude économique directement liée au continent africain. Les houthis ont en effet renforcé, la semaine précédant l’incident, leur emprise sur le littoral yéménite bordant la mer Rouge, consolidant leur contrôle du détroit de Bab-el-Mandeb, point de passage stratégique reliant l’Europe à l’Asie via la mer Rouge et le canal de Suez. C’est précisément cette menace sur la liberté de navigation qui a motivé la visite égyptienne du prince héritier saoudien, Le Caire redoutant de voir fondre les revenus tirés du canal de Suez, l’une des principales sources de devises étrangères de l’économie égyptienne, si le trafic maritime venait à se détourner durablement de cette route.

Cette double dimension, spirituelle et économique, explique la rapidité et la fermeté des réactions observées en Afrique du Nord et de l’Est. Pour des pays comme l’Algérie ou l’Égypte, la protection des lieux saints de l’islam relève d’un impératif quasi consensuel dans leur opinion publique respective, tandis que la stabilité du trafic maritime en mer Rouge conditionne directement des pans entiers de leurs économies nationales. 

A.D

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