Crise sécuritaire au Sahel : procéder aussi à une véritable autocritique

Crise sécuritaire au Sahel : procéder aussi à une véritable autocritique
Un véhicule de l'armée sahélienne. Image d'illustration. Crédit photo: lepoint.fr

Sur l’implication de la France dans la gestion de la crise sécuritaire au Sahel, la théorie du complot continue d’alimenter les débats. Alors qu’on doit procéder aussi à une véritable autocritique.

À Bamako, lors d’une formation des journalistes, en début de ce mois, la présence militaire française au sahel, était au centre du débat. C’était l’occasion pour certains de s’appuyer sur des théories du complot afin de soutenir la présence d’une main invisible de la France derrière cette crise sécuritaire dans la région. Cela, défendaient-ils, pour des raisons purement géostratégiques.

Face aux tenants de cette thèse, d’autres ont jugé nécessaire de pointer l’irresponsabilité des dirigeants et des peuples de ces pays, lesquels manqueraient à leurs devoirs.

France sollicitée

Pour rappel, à l’issue du sommet du G5 Sahel, vendredi 9 juillet 2021, le président français, Emmanuel Macron a pourtant rappelé, au cours d’une conférence de presse : la France n’est pas dans la région du sahel par gaîté de cœur. « Nous restons engagés au Sahel parce que cela nous est demandé par les États de la région », a-t-il déclaré. Avant de préciser : « La France n’a pas de mandat, encore moins de vocation, à rester engagée éternellement au Sahel ».

https://twitter.com/EmmanuelMacron/status/1413540776437551112

Le locataire de l’Élysée a souligné par la même occasion que cet appui continu de la France aux pays du Sahel a été sollicité à maintes reprises. Notamment lors des sommets de Pau et de Ndjamena, courant janvier 2020 et février 2021, mais aussi pendant le sommet du G5 Sahel du vendredi 9 juillet 2021.

Ces sollicitations répétitives de l’appui de la France aux pays du Sahel, par les dirigeants de ces États, prouvent combien ces gouvernants sont en déphasage avec une large portion de leur population. Cette frange qui demande le départ de la France de leur territoire.

Au Mali, la fin de la présence militaire française est le combat du mouvement « Yèrèwolo Débout sur les Remparts ». Ce mouvement regroupe des représentants de plusieurs associations de la société civile.

Dans cette polémique autour de la présence militaire française au Sahel, l’erreur qu’il ne faudrait pas commettre est de tomber dans le jeu des groupes armés terroristes (GAT). Des groupes qui ne cherchent qu’à essouffler ces États afin d’arriver à leur fin. Il est temps de procéder aussi à une véritable autocritique au lieu de continuer à tenir les autres comme responsables des maux qui assaillent cette région.

Gestion des dépenses publiques

Malgré la crise sécuritaire, le budget de la défense serait mal géré dans la plupart de ces États en crise. « Doit-on accuser la France aussi dans ces mauvaises gestions ? », s’interroge un journaliste, lors de cette rencontre, en début juillet, des hommes de médias à Bamako.

Le « Rapport sur le contrôle a posteriori des marchés publics au ministère de la Défense » du Niger, a révélé que 76 milliards de francs CFA ont été détournés entre 2014 et 2019. Les surfacturations représentent 48,3 milliards de francs CFA et les montants pour le matériel non-livré à 27,8 milliards FCFA. Au Mali, le Bureau du Vérificateur général a aussi révélé, dans un rapport (2014 ?), des points de non-conformité. Ces points de non-conformité porte notamment sur le choix de l’intermédiaire dans l’acquisition d’un aéronef et de certaines fournitures destinées aux Forces armées maliennes (FAMa). Parmi ces fournitures, il est surtout citer des matériels d’habillement, de couchage, de campement et d’alimentation, mais aussi de véhicules et de pièces de rechange. 

Dans le rapport de la Coalition citoyenne pour le Sahel, intitulé « Sahel : Ce qui doit changer, pour une nouvelle approche centrée sur les besoins des populations », sous couvert d’anonymat, un officier sahélien déclare à un membre de cette Coalition : la crise dans cette région « n’est pas simplement une guerre contre les terroristes mais plutôt une guerre contre le sous-développement, l’injustice et la mauvaise gouvernance ». Selon cette coalition des organisations de la société civile sahélienne, la Défense et la Sécurité sont des secteurs « emblématiques de la crise de gouvernance ». Elles doivent donc être « rigoureusement soumises aux principes de bonne gestion des dépenses publiques ».

Fousseni Togola


Cet article a été initialement publié sur le site de Maliweb. Il a été repris et relu par Sahel Tribune.

Sahel Tribune

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