Home ChroniquesEdito Charte malienne : les raisons d’un silence médiatique qui interroge

Charte malienne : les raisons d’un silence médiatique qui interroge

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Un texte fondateur promulgué. Des millions de citoyens concernés. Et dans les grandes rédactions occidentales : le vide. Ce silence n’est pas un oubli. C’est un choix. Et ce choix mérite d’être nommé.

Imaginez. Un pays de vingt-deux millions d’habitants promulgue une loi fondamentale sur la paix, la réconciliation nationale et la refondation de l’État. Un texte de cent six articles, fruit d’un dialogue inter-maliens de plusieurs mois, ancré dans les valeurs culturelles les plus profondes d’une civilisation millénaire. Un document qui consacre le pardon, le dialogue, la dignité humaine, la justice sociale comme principes d’État. Qui reconnaît officiellement les mécanismes traditionnels de résolution des conflits. Qui inscrit dans la loi la participation des femmes, des jeunes et des personnes handicapées à la construction de la paix.

Imaginez maintenant que ce pays s’appelle la Norvège, le Canada, ou même le Sénégal d’il y a dix ans. Les grandes rédactions auraient dépêché leurs correspondants. Les éditorialistes auraient salué l’événement. Les organisations internationales auraient publié des communiqués enthousiastes. Et les réseaux sociaux des cercles intellectuels parisiens et bruxellois auraient bruissé de commentaires admiratifs.

Ce pays s’appelle le Mali. Et dans les colonnes du Monde, du Figaro, de RFI, de France 24, du Guardian ou du New York Times : silence. Silence absolu. Silence assourdissant.

Un silence qui a un nom

Ne cherchons pas d’explication technique à ce silence. Ce n’est pas un problème de ressources. Ces mêmes rédactions trouvent immédiatement les moyens d’envoyer des équipes à Bamako dès qu’il s’agit de couvrir une manifestation, un accrochage militaire, ou une déclaration d’ONG à charge contre les autorités maliennes.

Ce n’est pas non plus un problème d’intérêt éditorial. Ces mêmes journaux consacrent des pages entières aux moindres soubresauts politiques du Mali dès lors qu’ils peuvent être présentés sous un angle négatif.

Ce silence a un nom. Il s’appelle le biais de confirmation. Il s’appelle la sélectivité éditoriale. Il s’appelle, pour les plus honnêtes d’entre nous, le traitement à deux vitesses d’une actualité africaine passée au filtre d’intérêts qui ne sont pas toujours ceux de l’information.

Le Mali qui souffre, le Mali qui échoue, le Mali qui vacille. Voilà ce qui fait les unes. Le Mali qui réfléchit, qui construit, qui se réconcilie avec lui-même et avec son histoire. Voilà ce qui ne passe pas la rédaction en chef.

Ce que ce silence dit de ceux qui le gardent

Il faut appeler les choses par leur nom. Une partie de la presse internationale a pris position dans le débat malien. Non pas la position noble du journalisme indépendant qui observe et rend compte. Mais la position partisane de celui qui a choisi son camp et qui trie l’information en fonction de ce choix.

Depuis que les autorités de la Transition ont choisi de reprendre en main la souveraineté du Mali, de renégocier ses alliances stratégiques, de refuser les tutelles héritées d’une autre époque, un certain nombre de médias se sont mués en instruments d’une guerre narrative dont l’objectif est de déstabiliser, délégitimer, décourager.

Dans cette guerre-là, une Charte nationale pour la Paix et la Réconciliation nationale, adoptée après la rénonciation par le Mali de l’Accord d’Alger de 2015, est une mauvaise nouvelle. Elle dit que le Mali avance. Elle dit que la Transition construit. Elle dit qu’un peuple, malgré tout, choisit la résilience, paix et le dialogue, malgré toutes les épreuves qu’on leur fait subir, dans l’espoir de le dévier de sa trajectoire. Ces messages ne servent pas le narratif de l’échec annoncé que certains médias ont investi comme une ligne éditoriale.

Alors on se tait. Et le silence devient complicité.

La Charte que personne n’a voulu lire

Pourtant, il suffit de lire ce texte. Vraiment le lire, article par article, sans les lunettes déformantes de l’agenda politique. On y découvre un document d’une richesse et d’une cohérence remarquables. Une vision de la gouvernance ancrée dans les réalités culturelles maliennes. Une architecture institutionnelle pensée pour durer. Des mécanismes concrets de résolution des conflits. Une philosophie du vivre-ensemble qui n’a rien à envier aux grandes chartes de réconciliation que le monde a produites ces dernières décennies, de l’Afrique du Sud post-apartheid au Rwanda post-génocide, voire au Mali, durant des décennies successives, depuis l’accession du pays à l’indépendance.

La Charte malienne n’est pas parfaite. Aucun texte ne l’est. Sa mise en œuvre sera difficile, longue, semée d’obstacles. Les autorités de la Transition elles-mêmes en sont conscientes, puisqu’elles ont déjà mis en place un observatoire chargé de veiller à son application.

Mais elle existe. Elle a été adoptée. Elle est loi de la République. Et cela, dans le contexte chaotique que traverse le Mali depuis plus d’une décennie, est en soi un événement considérable qui méritait une couverture sérieuse, équilibrée, respectueuse de l’intelligence des lecteurs.

L’Afrique n’a plus besoin de votre validation

Il faut dire ici quelque chose qui dérange, mais qui est vrai. L’Afrique en général, et le Mali en particulier, n’ont plus besoin de la validation des grandes rédactions occidentales pour savoir ce qui est historique et ce qui ne l’est pas.

Les Maliens savent. Ils savent que leur pays vient de se doter d’un texte fondateur. Ils savent ce que cela représente après des années de chaos, de désespoir et de violence, dans la refondation de l’État qu’ils bâtissent depuis cinq ans. Ils n’ont pas besoin qu’un éditorialiste parisien leur explique si leur Charte est valable ou non.

Mais ce silence dit quand même quelque chose d’important. Il dit que le système médiatique international continue de traiter l’Afrique comme un objet de pitié ou de scandales, jamais comme un sujet de sa propre histoire. Il dit que certaines rédactions ont plus de mal à célébrer un succès africain qu’à documenter un échec.

Et il dit, enfin, que la bataille pour la souveraineté de l’information est aussi urgente, aussi vitale que la bataille pour la souveraineté politique et militaire.

Le Mali a promulgué sa Charte. Les grands médias internationaux n’en ont pas parlé. L’histoire, elle, en prendra note.

Chiencoro Diarra

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