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Burkina Faso : Ibrahim Traoré mise sur la formation des ingénieurs pour la souveraineté

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Dans un entretien de 90 minutes accordé à Tafouk TV, Ibrahim Traoré a détaillé sa vision du développement du Burkina Faso. Du nucléaire civil à l’électricité, en passant par l’autoroute Ouagadougou-Bobo-Dioulasso et la formation universitaire, le président burkinabè a insisté sur une même priorité : former les compétences nationales avant de multiplier les grands projets.

C’est au palais présidentiel, devant les caméras de Tafouk TV, la télévision de la Confédération des États du Sahel dont les programmes ont été lancés le 16 septembre, que le capitaine Ibrahim Traoré, président du Faso et président en exercice de l’AES, a répondu pendant une heure et demie aux questions du journaliste Salif Sanogo. Sécurité, diplomatie, intégration confédérale : de nombreux sujets ont été abordés. Mais un fil rouge, moins commenté que les autres, traverse les passages consacrés au développement. La conviction que la souveraineté se mesure au nombre d’ingénieurs formés avant de se mesurer au nombre de chantiers ouverts.

Nucléaire civil : « Ce ne sont pas juste des mots »

Interrogé sur l’état d’avancement du projet de centrale nucléaire civile, le chef de l’État a fait de la patience un choix stratégique. « Quand on dit souveraineté, c’est la souveraineté. Ce ne sont pas juste des mots, il faut savoir ce qu’on veut », a-t-il déclaré, avant d’ajouter que lorsque le projet a démarré, « on a dit : on n’est pas pressé, ça prendra le temps que ça doit prendre ». Son raisonnement est celui d’un ordre des priorités. Ceux qui feront fonctionner la centrale, a-t-il expliqué, « ce sont des Burkinabè », et la formation d’un ingénieur demande au minimum cinq ans, six ou sept s’il faut d’abord apprendre une langue étrangère. « Si vous mettez une centrale et que c’est sous assistance, c’est d’autres personnes qui sont là, vous n’êtes pas souverain », a-t-il insisté, précisant que les premières promotions d’étudiants sont déjà en formation, afin que ce soient « nos ingénieurs qui participent au montage, qui comprennent, qui savent gérer ».

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Quand on dit souveraineté, c’est la souveraineté. Ce ne sont pas juste des mots, il faut savoir ce qu’on veut

Ce parti pris de méthode prolonge une coopération engagée de longue date avec la Russie. Un premier mémorandum avec Rosatom signé à Moscou en octobre 2023, un accord de partenariat conclu en juin 2024 qui prévoyait l’ouverture de places de formation pour de premiers étudiants burkinabè, puis un accord intergouvernemental en 2025. Là où l’horizon de 2030 avait été évoqué lors de la signature initiale, le président n’avance cette fois aucune échéance : « On va à notre rythme, on apprend et on le fera nous-mêmes avec nos partenaires au fur et à mesure. »

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On va à notre rythme, on apprend et on le fera nous-mêmes avec nos partenaires au fur et à mesure.

Garder les meilleurs bacheliers, bâtir les amphithéâtres

La même logique inspire la décision de conserver au pays les meilleurs bacheliers de l’année. « Pourquoi est-ce que l’Afrique doit laisser piller ses richesses et encore ses cerveaux ? », a interrogé Ibrahim Traoré, qui a présenté un programme de quarante amphithéâtres, la construction d’une académie dont la première cohorte est déjà recrutée, ainsi qu’une cité pour l’école polytechnique à Gampela afin de former davantage d’ingénieurs sur place. Il a également mis en avant le rattrapage du calendrier universitaire, désormais redevenu normal selon lui, et l’accès gratuit à internet déployé dans la plupart des universités. Sur le retour des compétences, il a cité l’exemple de la médecine. Les interventions à cœur ouvert et les greffes rénales, réalisées par des médecins burkinabè « qui avaient l’envie de le faire, qui n’avaient pas le plateau technique », et dont d’autres spécialistes de la diaspora, a-t-il assuré, viendront renforcer les équipes à mesure que les équipements sont là.

Électricité et autoroute : produire sur place, importer le moins possible

Le président a décrit un réseau électrique en pleine reconstruction. Les lignes de 225 kV existantes sont, selon lui, dépassées, et le pays doit viser 400 kV. Plus de cent milliards de francs CFA ont été retenus pour les lignes de transport, tandis que les poteaux métalliques sont progressivement remplacés par des poteaux en béton. Un nouveau programme, en cours de rédaction, vise une couverture proche de 100 % « jusqu’au dernier village » à l’horizon 2032.

L’autoroute Ouagadougou-Bobo-Dioulasso, longue de 332 kilomètres et financée sur fonds propres, lancée en décembre 2025, offre l’illustration la plus concrète de cette doctrine. Le déblayage de l’emprise a été achevé en février, et le chef de l’État a détaillé ce qui, dans le chantier, est déjà produit sur place : la latérite, l’eau, le granite, concassé grâce à quatre centrales en cours d’installation le long du tracé. « À part le carburant et le bitume, on n’a plus rien à payer, tout est dans notre nature », a-t-il résumé, ajoutant que les travaux se poursuivent malgré la saison des pluies.

Une doctrine du « faire soi-même »

Qu’il s’agisse d’agriculture (le président a évoqué un taux de couverture céréalière de 124 % l’an dernier, ainsi qu’un projet d’aménagement des terres autour des grands barrages), d’industrie ou d’énergie, le message est constant : produire avant d’importer, former avant de construire. « Un révolutionnaire n’est jamais satisfait », a-t-il d’ailleurs rappelé à propos de son propre bilan. Ainsi donc,  c’est dans ce refus de la précipitation, plus que dans les annonces spectaculaires, que se lit la singularité de la méthode burkinabè : une souveraineté pensée non comme un slogan, mais comme un calendrier de formation.

Oumarou Fomba 

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