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UGEB
A la UnePolitique

Burkina Faso : une enquête judiciaire ouverte contre l’UGEB pour « apologie du terrorisme »

by Sahel Tribune 28 mai 2026
written by Sahel Tribune 2 minutes read

Le parquet de Ouagadougou a ouvert une enquête contre l’UGEB, accusée d’« apologie du terrorisme » et de démoralisation des forces de sécurité.

Le Burkina Faso ouvre une nouvelle séquence judiciaire dans un contexte de forte crispation autour de la lutte contre le terrorisme et du contrôle de l’espace médiatique. Le parquet de Ouagadougou a annoncé l’ouverture d’une procédure contre l’Union générale des étudiants du Burkina (UGEB), accusée d’avoir diffusé sur les réseaux sociaux des contenus assimilés à une « apologie du terrorisme ».

Selon un communiqué du procureur du Tribunal de grande instance de Ouagadougou, les publications incriminées relèveraient à la fois de « l’apologie du terrorisme » et d’une « entreprise de démoralisation des Forces de défense et de sécurité ». Deux infractions prévues par le code pénal burkinabè et passibles de lourdes sanctions.

Une enquête judiciaire ouverte

Le parquet affirme avoir ordonné « l’ouverture immédiate d’une enquête judiciaire contre le ou les auteurs des publications ainsi que les éventuels complices ». Les personnes reconnues coupables risquent des peines allant d’un à dix ans d’emprisonnement, assorties d’amendes pouvant atteindre 12 millions de francs CFA, soit plus de 21 000 dollars.

Cette décision intervient dans un climat sécuritaire particulièrement tendu. Depuis plusieurs années, le Burkina Faso fait face à une intensification des attaques terroristes, tandis que les autorités de transition multiplient les mesures destinées à contrôler le récit public autour des opérations militaires.

Une pression accrue sur les médias

L’affaire intervient quelques semaines après la suspension de la chaîne française TV5 Monde par le Conseil supérieur de la communication (CSC). Les autorités reprochaient au média des « violations répétées » de la réglementation nationale dans son traitement des questions sécuritaires au Sahel.

Cette décision s’inscrit dans une série de mesures visant plusieurs médias étrangers accusés par Ouagadougou de diffuser une couverture jugée hostile ou démoralisante pour les forces armées burkinabè.

Oumarou Fomba 

28 mai 2026 0 comments
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Mariage précoce
A la UneÉchos d'amour

À 15 ans, certaines sont encore à l’école. À 15 ans, d’autres sont déjà mères.

by Chiencoro 28 mai 2026
written by Chiencoro 7 minutes read

Au Mali, près d’une fille sur deux est mariée avant ses 18 ans. Derrière ce chiffre, des milliers de destins brisés, des scolarités interrompues, des maternités trop précoces. Pourtant, une résistance silencieuse et tenace s’organise. Portée par des femmes ordinaires, des enseignantes, des mères qui refusent pour leurs filles ce qu’elles ont subi, elle progresse — lentement, mais réellement. Le mariage précoce au Mali est-il en train de reculer ?

Le Mali figure parmi les dix pays au monde où le taux de mariage précoce est le plus élevé. Selon les données de l’UNFPA, 54 % des filles maliennes de 20 à 24 ans sont mariées avant l’âge de 18 ans, et près de 16 % avant leurs 15 ans. Des chiffres qui placent le pays dans le peloton de tête des nations les plus touchées par ce phénomène en Afrique de l’Ouest.

Le mariage précoce au Mali n’est pas un phénomène uniforme. Il varie selon les régions — plus répandu dans les zones rurales du nord et du centre que dans la capitale Bamako — selon les ethnies, et selon les niveaux de revenus des familles. Mais partout, il repose sur les mêmes ressorts : la pauvreté, la pression sociale, la crainte de la honte familiale, et une conception du rôle des femmes qui fait du mariage leur horizon naturel et prioritaire.

Le destin d’Aïssata dans les Chaînes invisibles 

Pour des familles démunies, marier une fille jeune représente une bouche de moins à nourrir et une dot à encaisser. Pour d’autres, c’est une question d’honneur : une fille non mariée passé un certain âge devient un fardeau social, une source de rumeurs. Ces logiques-là, profondément ancrées, ne se déconstruisent pas par décret.

Dans Les Chaînes invisibles, Fousseni Togola donne chair et visage aux mécanismes qui alimentent le mariage précoce au Mali. À travers le destin de Aïssata, jeune fille de 14 ans, et les choix tragiques de sa mère Binta, le roman révèle comment la pauvreté fonctionne comme le moteur premier de ces unions : Binta, femme de ménage survivant avec un salaire dérisoire dans une chambre unique à Bamako, voit dans le mariage de sa fille non pas un acte de cruauté, mais une issue — une bouche de moins à nourrir, une dot à encaisser, une charge allégée. À cette pauvreté structurelle s’ajoute le poids écrasant de la pression sociale et de la crainte du déshonneur : lorsque Aïssata résiste, c’est toute la famille qui se sent exposée au regard du quartier, aux rumeurs, à la honte. 

La communauté elle-même devient complice, interprétant le refus de la jeune fille non comme l’expression d’une volonté propre, mais comme un signe de malédiction ou de possession. Enfin, derrière tout cela, une conception du rôle des femmes dans laquelle le mariage n’est pas une option parmi d’autres, mais l’horizon unique et inévitable : Aïssata n’a jamais été scolarisée, n’a jamais été préparée à envisager un autre avenir. Elle est belle, docile, sérieuse — toutes les qualités qui font d’elle une épouse idéale aux yeux des siens, et qui font d’elle, aux yeux du roman, une victime désignée.

Les conséquences : un cycle de vulnérabilité

Les effets du mariage précoce sur la vie des filles sont documentés et dévastateurs. Sur le plan éducatif, le mariage précoce est la principale cause d’abandon scolaire chez les filles au Mali. Une jeune mariée n’a plus vocation à étudier : elle a un foyer à tenir, un mari à servir, des enfants à élever. Chaque année de scolarité perdue représente une autonomie future amputée.

Sur le plan sanitaire, les grossesses précoces exposent les jeunes filles à des risques médicaux considérables. Les complications obstétricales sont la première cause de mortalité chez les adolescentes de 15 à 19 ans dans les pays en développement. Au Mali, où l’accès aux soins reste limité dans de nombreuses zones, ces risques sont décuplés.

Sur le plan psychologique, enfin, être mariée de force à 14 ou 15 ans, souvent à un homme qu’on ne connaît pas ou à peine, laisse des traces profondes. Des études conduites dans des contextes similaires montrent des taux élevés de dépression, d’anxiété et de troubles post-traumatiques chez les femmes mariées très jeunes.

Un cadre légal insuffisant

Le Mali ne dispose pas d’une législation claire et contraignante fixant l’âge minimum du mariage à 18 ans pour les filles, sans exception. Le code des personnes et de la famille, adopté en 2011 après des années de débat et de controverses, fixe l’âge minimum à 16 ans pour les filles et 18 ans pour les garçons — une inégalité déjà problématique en soi — tout en maintenant des dérogations possibles avec l’accord des parents.

Dans les faits, les mariages religieux et coutumiers, qui précèdent ou remplacent souvent l’acte civil, échappent largement au contrôle de l’État. Des unions sont conclues sans déclaration officielle, dans des villages où l’administration est peu présente et où la parole du chef de communauté prime sur celle de la loi. Cette réalité rend l’application de toute législation protectrice extrêmement difficile.

Des organisations de défense des droits humains, dont Human Rights Watch et Plan International, appellent régulièrement les autorités maliennes à réformer ce cadre légal et à renforcer les mécanismes de contrôle. Ces appels restent, pour l’heure, largement sans suite concrète.

La résistance s’organise, en silence

Pourtant, quelque chose change. Pas dans les textes, pas dans les discours officiels — mais dans les cours, dans les marchés, dans les salles de classe. Une résistance discrète, portée par des acteurs souvent invisibles, est en train de modifier lentement le rapport de la société malienne au mariage précoce.

Des associations communautaires de femmes multiplient les séances de sensibilisation dans les villages, expliquant aux familles les conséquences médicales et économiques des mariages précoces. Des enseignantes gardent leurs élèves à l’école en négociant directement avec les parents. Des sages-femmes alertent les mères lors des consultations prénatales. Ces interventions de proximité, modestes individuellement, produisent collectivement un effet réel.

Des programmes d’autonomisation économique des filles — bourses scolaires, formations professionnelles, appui aux micro-entreprises féminines — montrent également des résultats encourageants. Quand une fille devient une ressource économique pour sa famille par ses propres capacités, l’équation du mariage précoce change. Elle n’est plus une charge à caser, mais un investissement à protéger.

Une génération qui dit non

Le signe le plus fort du changement est peut-être générationnel. Des jeunes filles maliennes, notamment en milieu urbain, refusent de plus en plus ouvertement les mariages arrangés à un âge précoce. Elles utilisent les réseaux sociaux pour témoigner, pour s’informer, pour se soutenir mutuellement. Elles posent des conditions — finir leurs études, choisir leur conjoint — qui auraient été impensables pour leurs mères.

Ce mouvement reste minoritaire et fragile. Il est plus visible à Bamako qu’à Mopti ou à Kidal. Il concerne davantage les filles scolarisées que celles qui n’ont jamais eu accès à l’école. Mais il existe. Et son existence même est une rupture.

Ce que le Mali doit faire

Mettre fin au mariage précoce au Mali suppose une action simultanée sur plusieurs fronts. Il faut d’abord réformer le cadre légal pour fixer sans ambiguïté l’âge minimum du mariage à 18 ans pour les deux sexes, et supprimer toutes les dérogations. Il faut ensuite investir massivement dans la scolarisation des filles, en particulier dans les zones rurales, et lutter contre les abandons scolaires par des mesures incitatives concrètes.

Il faut également engager les communautés religieuses et traditionnelles — dont l’autorité morale est déterminante dans ces sociétés — dans un dialogue sincère sur la protection de l’enfance. Et il faut, enfin, donner aux filles elles-mêmes les moyens de connaître leurs droits et de les exercer, sans craindre les représailles familiales ou sociales.

Le mariage précoce ne reculera pas par la seule vertu des lois. Il reculera quand chaque famille comprendra que garder sa fille à l’école est un acte de protection, pas un acte de honte. Quand chaque fille saura qu’elle a le droit de choisir. Quand chaque communauté reconnaîtra que l’avenir d’une nation se construit aussi dans les cahiers d’une enfant de 15 ans — pas devant un autel où elle n’a pas demandé à être.

Chiencoro Diarra 

28 mai 2026 0 comments
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Sonko et Faye
A la UneAnalyses

Sénégal : le duel Sonko-Diomaye ouvre une crise institutionnelle inédite

by Sahel Tribune 28 mai 2026
written by Sahel Tribune 5 minutes read

Limogé de la Primature par le président Bassirou Diomaye Faye le 22 mai, le chef du Pastef a été élu quatre jours plus tard président de l’Assemblée nationale avec 132 voix sur 165. Une manœuvre politique fulgurante, boycottée par l’opposition, qui révèle la fracture béante au sommet de l’État sénégalais.

En politique, le temps peut être un adversaire ou un allié. Pour Ousmane Sonko, il aura suffi de quatre jours. Limogé de la Primature jeudi 22 mai par le président Bassirou Diomaye Faye — son ancien mentor, son protégé, l’homme qu’il avait lui-même propulsé au pouvoir —, le leader du Pastef s’est retrouvé mardi 26 mai assis au perchoir de l’Assemblée nationale du Sénégal, deuxième personnage de l’État. Un retournement spectaculaire qui met à nu une crise politique d’une gravité inédite depuis l’alternance de 2024.

La séquence d’un putsch institutionnel ?

Tout s’est joué en soixante-douze heures, avec une précision chirurgicale qui laisse peu de doutes sur la préparation de la manœuvre. Dès le dimanche 24 mai, soit quarante-huit heures après le limogeage de Sonko, le Bureau de l’Assemblée nationale validait sa demande de réintégration comme député — une procédure expéditive que ses adversaires jugent constitutionnellement douteuse. Dans la foulée, El Malick Ndiaye, président sortant de l’institution et figure du Pastef, déposait sa démission de la présidence tout en conservant son siège de parlementaire, libérant ainsi le perchoir.

Le mardi 26 mai à 9 heures, les 165 députés étaient convoqués. L’opposition, qui dénonce un « coup d’État institutionnel», a boycotté la séance. Résultat : 133 suffrages exprimés, 132 en faveur de Sonko, une abstention. Le leader du Pastef devenait le 14e président de l’Assemblée nationale du Sénégal, prenant ainsi le contrôle de la deuxième institution de la République — avec, dans son dos, les 130 députés de son parti, majoritaires au Parlement depuis les législatives de novembre 2024.

Deux hommes, un parti, une guerre de succession

Pour comprendre ce qui se joue, il faut remonter à 2024. Ousmane Sonko, alors emprisonné par le régime de Macky Sall, choisit Bassirou Diomaye Faye — son secrétaire général, libéré de prison dix jours avant le scrutin — comme candidat du Pastef à la présidentielle. Faye gagne dès le premier tour. Sonko est nommé Premier ministre. Les deux hommes semblent incarner un tandem historique, le mentor et le dauphin, au service d’un projet commun de rupture avec l’ordre ancien.

Mais les divergences ont vite émergé. Sur les questions monétaires d’abord : Sonko résistait ouvertement aux injonctions du Fonds monétaire international sur la restructuration de la dette, quand Faye cherchait à ménager les partenaires financiers internationaux. Sur la gouvernance ensuite : des sources proches du Palais décrivent un Premier ministre qui s’estimait au-dessus de toute tutelle présidentielle, fort de sa légitimité militante au sein du Pastef. La tension était devenue insoutenable. « On ne peut pas faire du Pastef sans Pastef. Notre formation n’est pas associée à cette décision. », a déclaré Ousmane Sonko dans son premier discours en tant que président de l’Assemblée nationale, le 26 mai 2026. 

Cette phrase, prononcée à peine installé au perchoir, résume tout. Sonko ne referme pas la guerre — il l’officialise. En visant la nomination d’Ahmadou Al Aminou Lô comme Premier ministre, décidée par Faye sans concertation avec le Pastef, il signifie que le parti — son parti — ne se considère pas lié par les choix du chef de l’État. Le Sénégal entre dans une cohabitation paradoxale : un président et un président de l’Assemblée issus du même mouvement, mais désormais rivaux.

Diomaye seul face à la tempête

Pour Bassirou Diomaye Faye, la situation est périlleuse. En limogeant Sonko, il a voulu affirmer son autorité présidentielle et sa capacité à gouverner indépendamment du Pastef. Le message était clair : le président, c’est lui. Mais en permettant — ou en sous-estimant — la rapidité avec laquelle Sonko a rebondi à la tête de l’Assemblée, il se retrouve dans une posture délicate.

Son nouveau Premier ministre, Ahmadou Al Aminou Lô, économiste de 60 ans formé à la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest, est une figure technocratique respectée mais sans base politique propre. Il devra former un gouvernement sans le Pastef — ou avec une fraction dissidente du parti — dans un pays où la majorité parlementaire reste solidement aux mains de Sonko. Chaque texte de loi, chaque budget, chaque réforme devra passer par une Assemblée que contrôle son adversaire. « Le Pastef reste ouvert à une discussion responsable qui met de côté les ego pour terminer ce mandat dans les meilleures conditions. », a expliqué Ousmane Sonko, le 26 mai 2026. 

La main tendue, certes. Mais à quel prix. Sonko parle de mettre « de côté les ego » depuis le fauteuil qu’il vient de s’approprier en moins d’une semaine. Pour ses partisans, c’est la confirmation de sa pugnacité légendaire. Pour ses adversaires, c’est la démonstration que rien, pas même le limogeage par un chef de l’État, ne peut durablement le neutraliser.

Une démocratie sous tension

L’opposition sénégalaise, de son côté, hurle au scandale institutionnel. La rapidité de la procédure de réintégration de Sonko comme député — fondée sur l’article 124 du règlement intérieur de 2025, dont la constitutionnalité est contestée — ouvre une controverse juridique sérieuse. Des juristes soulignent que Sonko était Premier ministre en exercice lorsqu’il a conduit la liste du Pastef aux législatives, sans avoir démissionné de ses fonctions : le cumul était-il régulier ? Sa réintégration l’est-elle ?

Ces questions resteront probablement sans réponse institutionnelle immédiate — le Conseil constitutionnel sénégalais n’a pas été saisi. Mais elles alimentent un doute sur la solidité démocratique d’une séquence où tout s’est joué trop vite, trop proprement, pour ne pas sembler orchestré.

Le Sénégal, longtemps cité en modèle de stabilité démocratique en Afrique de l’Ouest, traverse une crise de gouvernance inédite. Deux ans après l’alternance historique de 2024, portée par l’espoir d’une rupture avec les pratiques de l’ère Macky Sall, c’est au sein du camp du changement lui-même que se joue désormais la bataille du pouvoir. L’histoire, pour l’instant, sourit à Ousmane Sonko.

A.D

28 mai 2026 0 comments
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Patrice Talon et Romuald Wadagni
A la UnePolitique

Élections en Afrique : pourquoi l’alternance ne garantit pas toujours la démocratie

by Chiencoro 28 mai 2026
written by Chiencoro 7 minutes read

Au Bénin, Romuald Wadagni succède à Patrice Talon. L’Occident applaudit. Mais quand un dauphin prend la place du roi, peut-on encore parler d’alternance — ou seulement de continuité habillée en démocratie ?

Le 24 mai 2026, Patrice Talon quittait le palais de la Marina après dix ans de règne. Son successeur, Romuald Wadagni, prêtait serment. Les chancelleries occidentales se félicitaient. La presse internationale saluait une « alternance pacifique exemplaire ». Et pourtant.

Karl Popper et le mirage de l’urne

Wadagni n’est pas un inconnu surgi de l’opposition, porté par la colère populaire ou la promesse d’un changement de cap. C’est l’homme qui, depuis le 7 avril 2016, occupait le poste de ministre d’État en charge de l’Économie et des Finances dans le gouvernement Talon — reconduit en 2021, fidèle entre les fidèles, architecte de la politique économique du régime sortant. Talon a quitté le pouvoir. Sa politique, elle, reste. Son homme, lui, gouverne. On appelle ça une alternance.

Il existe dans la pensée libérale une formule commode, souvent convoquée pour absoudre les démocraties imparfaites de leurs péchés. Karl Popper la résume ainsi : la démocratie, c’est la possibilité de déposer les mauvais dirigeants sans effusion de sang. Peu importe qui arrive, peu importe ce qu’il représente, peu importe comment il a gagné. L’essentiel : les élections ont eu lieu, le sang n’a pas coulé, circulez. La démocratie n’est pas le gouvernement de la majorité, c’est la garantie que les gouvernants peuvent être chassés sans violence, pour paraphraser Karl Popper, dans son ouvrage politique majeur La Société ouverte et ses ennemis, publié en 1945.

On peut admirer la profondeur de cette intuition dans le contexte où elle fut formulée — l’Europe de 1945, sortant du fascisme et du stalinisme, cherchant les fondements d’un ordre politique non violent. Mais appliquer mécaniquement ce critère minimal à l’Afrique du XXIe siècle, c’est se condamner à bénir des simulacres. Popper nous dit comment éviter la tyrannie. Il ne nous dit pas comment construire une démocratie substantielle. Ce glissement, discret mais fondamental, est au cœur de tous les malentendus.

Quand le dauphin du roi monte sur le trône, l’urne a peut-être parlé. La démocratie, elle, est restée muette.

L’alternance sans alternance : anatomie d’un oxymore africain

Le cas béninois n’est pas isolé. Il s’inscrit dans une longue tradition de ce que les politologues appellent parfois la « démocratie de façade » ou la « démocratie délégative » — un régime où les formes électorales sont scrupuleusement respectées, où les urnes sont remplies dans l’ordre, où les résultats sont proclamés dans les délais, mais où le résultat est connu d’avance et le changement, soigneusement neutralisé.

On a vu des auto-successions déguisées en alternance — un président qui place son fils, son ministre, son cousin au sommet de l’État, en faisant mine de se soumettre au verdict des urnes. On a vu des tripatouillages constitutionnels orchestrés pour permettre un troisième mandat, rebaptisé « premier mandat sous la nouvelle Constitution » par les juristes de service. Pour reprendre la formule lumineuse du Premier ministre malien de transition, Abdoulaye Maïga, à la tribune des nations unies : certains dirigeants ont appris « l’art de se dribbler soi-même tout en gardant le ballon» — à simuler le mouvement sans jamais le lâcher.

Le roman de la fabrique des successeurs 

Dans Fatoma, le broussard (2026), Fousseni Togola met en scène la République fictive du Zanzane avec une précision qui déconcerte par sa ressemblance avec des réalités bien réelles. Le roman décrit un pays « vitrine officielle de la démocratie» où le chef de l’État en est à son quatrième quinquennat — « démocratiquement élu sur le papier mais qui, depuis des lustres, gouvernait d’une main de fer ». L’opposition y est muselée, la presse « fermée, étranglée financièrement ou bâillonnée par décret », et l’exil « un réflexe de survie politique, parfois même économique ». Les élections peuvent exister, se répéter, s’habiller des atours de la légitimité, et n’être que le décor d’une domination inchangée. Le Zanzane de Togola était autrefois cité comme « miracle africain » ; sa chute, écrit l’auteur, commence précisément quand « la gestion se corrompt et que les mœurs se délient » — non quand les élections s’arrêtent, mais quand elles perdent leur substance.

Le roman révèle que l’alternance au Zanzane est une mise en scène orchestrée de l’intérieur. Allakama lui-même fabriquait ses successeurs — en les emprisonnant d’abord pour les « blanchir » politiquement. Alladio, présenté comme l’opposant héroïque sorti de prison, était en réalité un « complice officieux, opposant de façade, secrètement préparé pour ce moment précis ». Le peuple crie victoire. Le système ne change pas.

Dans consensus occidental, tant qu’il y a des élections, la démocratie est solide. Tant que le perdant concède et que le vainqueur prête serment, le processus est légitime. La gouvernance clanique, la répression de l’opposition, le rétrécissement de l’espace civique, la mainmise sur la justice et les médias : tous ces faits disparaissent derrière le voile pudique de la procédure électorale.

Le Bénin sous Talon : le modèle qu’on nous vendait

Le Bénin de Patrice Talon est précisément ce modèle. Depuis 2016, le pays a été cité en exemple par les institutions financières internationales pour ses réformes économiques, sa stabilité macroéconomique, son dynamisme entrepreneurial. Peu importe que l’opposition ait été progressivement étouffée — contrainte par une loi sur les partis qui excluait de fait toute formation non alignée sur le pouvoir des élections législatives de 2019. Peu importe que des figures de l’opposition aient été poursuivies, exilées, réduites au silence.

Ce qui comptait, aux yeux de la communauté internationale, c’est que Talon n’avait pas modifié la Constitution pour s’accrocher au pouvoir — et qu’il passait le témoin à la date prévue. La forme était respectée. Le fond, lui, était soigneusement évacué du débat. Et quand le destinataire du témoin est le ministre des Finances qui a conçu et appliqué la politique du prédécesseur depuis dix ans, personne ne trouve cela problématique.

Réhabiliter la substance contre la procédure

Ce que cette tribune voudrait défendre, c’est une thèse simple et inconfortable : la qualité d’une démocratie ne se mesure pas à la régularité de ses élections, mais à la réalité du choix qu’elles offrent aux citoyens. Une alternance n’est une alternance que si elle porte une véritable rupture — dans les politiques, dans les équipes, dans les orientations stratégiques du pays.

Fixer le baromètre de la démocratie uniquement sur la procédure électorale, c’est accepter que des élections organisées au prix de centaines de milliards de francs CFA — souvent financées par la dette ou l’aide internationale — puissent servir uniquement à légitimer la continuité d’un système au bénéfice de quelques individus et de leurs réseaux. C’est accepter que les peuples africains votent sans choisir, participent sans décider, alternent sans changer.

La démocratie, dans sa version substantielle, exige davantage. Elle exige que les dirigeants rendent compte de leurs projets de société, de leur bilan en matière de développement, de souveraineté économique, de justice sociale. Elle exige que l’opposition puisse se présenter et campaigner librement. Elle exige que les citoyens aient accès à une information plurielle et indépendante. Elle exige que les institutions — justice, parlement, médias — ne soient pas des instruments de la volonté du chef.

Une élection où les dés sont pipés avant que les bulletins soient imprimés n’est pas une démocratie. C’est un théâtre coûteux.

Et si l’on changeait de baromètre ?

L’alternance pacifique est une condition nécessaire de la démocratie. Elle n’en est pas une condition suffisante. Ce que le cas béninois illustre avec une clarté presque pédagogique, c’est que la forme peut survivre au contenu — que l’enveloppe démocratique peut être rigoureusement respectée pendant que son âme est méthodiquement vidée.

Il ne s’agit pas ici de condamner Romuald Wadagni avant qu’il ait gouverné, ni de nier que la transmission pacifique du pouvoir a une valeur en soi. Il s’agit de refuser que cette transmission soit le seul critère à l’aune duquel on évalue la santé démocratique d’un pays. Il s’agit de rappeler que les peuples africains méritent une démocratie qui travaille pour eux — pas des élections qui travaillent pour leurs élites.

Le jour où les observateurs internationaux féliciteront non seulement la régularité du scrutin, mais aussi la réalité du choix offert aux électeurs, la liberté de l’opposition et la qualité du projet de gouvernance — ce jour-là, peut-être, on pourra parler de démocratie. En attendant, on parle de procédures.

Chiencoro Diarra 

28 mai 2026 0 comments
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Assimi Goïta à la prière de la tabaski
A la UneEn temps réel

Goïta célèbre l’Aïd el-Kébir et appelle à l’union sacrée face aux « terrorismes multiformes »

by Chiencoro 27 mai 2026
written by Chiencoro 4 minutes read

Le président de la Transition malienne, le général d’armée Assimi Goïta, a présidé la prière de l’Aïd el-Kébir à Koulouba en compagnie du gouvernement, du corps diplomatique et des autorités de transition. Profitant de ce moment solennel, il a adressé un message politique fort : face à ce qu’il qualifie de terrorismes multiformes, le Mali doit resserrer les rangs. Le projet de refondation nationale, le Mali Kura, est, selon lui, un chemin de non-retour.

C’est dans un cadre à la fois institutionnel et spirituel que le président de la Transition a célébré l’Aïd el-Kébir — la fête du sacrifice, l’une des deux grandes fêtes de l’islam. La salle des banquets du palais de Koulouba avait été aménagée en salle de prière pour l’occasion. Autour du Chef de l’État : le Premier ministre, le président du Conseil national de Transition (CNT), les membres du gouvernement, ses collaborateurs directs et les ambassadeurs accrédités auprès de la République du Mali.

La prière était conduite par l’imam de la mosquée de Koulouba, Mahmoud Touré, qui a formulé des invocations pour la paix, la stabilité et la prospérité du pays. Un moment de recueillement collectif dans un Mali qui en a cruellement besoin.

Un discours politique au cœur de la fête

À l’issue de la prière, le général Goïta a accordé une interview à la presse. Après avoir rendu grâce à Dieu pour ce « moment de retrouvaille, de communion et de bénédiction », et salué la « résilience exemplaire du peuple malien », le Chef de l’État a rapidement glissé du registre spirituel au registre politique.

Sa lecture de la situation sécuritaire malienne est aussi large qu’elle est offensive. Pour lui, le Mali ne fait pas face à une seule forme de terrorisme, mais à plusieurs, qu’il a énumérées : terrorisme médiatique, terrorisme économique, terrorisme politique, terrorisme d’État et terrorisme international. Une grille de lecture qui élargit considérablement la notion de menace et qui permet de désigner comme « terroristes » aussi bien les groupes armés jihadistes que les campagnes de désinformation ou les pressions diplomatiques étrangères.

« Tous les acharnements à travers des récits manipulés ne sauraient ébranler la volonté du peuple malien pour la paix et la souveraineté. », déclare le Général d’armée Assimi Goïta, président de la Transition du Mali. 

Les FAMA et leurs partenaires russes en première ligne

Face à ces menaces plurielles, Goïta a appelé les Maliens à « resserrer les rangs » autour de deux piliers : les Forces armées maliennes (FAMA) et leurs partenaires — une formulation qui désigne sans les nommer explicitement les instructeurs et combattants russes déployés sur le territoire malien depuis 2021, dans le cadre du partenariat sécuritaire qui a accompagné le retrait des forces françaises.

Sur le plan purement militaire, le Chef de l’État a été sans ambiguïté : les opérations contre les groupes armés se poursuivront jusqu’à la pacification complète du pays. « Les groupes seront recherchés et neutralisés partout où ils se trouveront », a-t-il affirmé.

Le Mali Kura, cap irréversible

Le président de la Transition a réaffirmé avec force l’horizon idéologique de son régime : la refondation totale de l’État malien, incarnée par le concept de Mali Kura — le « Mali nouveau » en bambara. Cette vision, portée depuis l’arrivée au pouvoir du Comité national pour le salut du peuple (CNSP) en août 2020, entend rompre avec les structures héritées de la période néocoloniale et construire un État souverain, économiquement indépendant et sécuritairement autonome.

« C’est un chemin de non-retour », a martelé Goïta. Une formule qui sonne à la fois comme une promesse faite aux Maliens favorables à la transition et comme un avertissement adressé à ceux — à l’intérieur comme à l’extérieur — qui espéreraient un infléchissement.

Vœux et compassion

Le discours du Chef de l’État s’est conclu sur des notes plus personnelles. Il a formulé ses vœux à l’ensemble des Maliens pour une bonne saison pluvieuse, prié pour le bon retour des pèlerins partis accomplir le hajj à La Mecque, présenté ses condoléances aux familles endeuillées par le terrorisme et souhaité un prompt rétablissement aux victimes blessées. Des mots de compassion qui contrastent avec la fermeté du ton politique, et qui rappellent que derrière les équations sécuritaires se trouvent des centaines de milliers de vies malmenées.

Chiencoro Diarra 

27 mai 2026 0 comments
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Plan humanitaire 2026
A la UneSanté

Plan humanitaire 2026 : Bamako plaide pour 578 millions de dollars à Genève

by Sidi Modibo Coulibaly 26 mai 2026
written by Sidi Modibo Coulibaly 4 minutes read

Le 15 mai 2026 s’est tenue au palais des Nations à Genève (Suisse) une rencontre de plaidoyer et de défense des besoins humanitaires 2026 par le médecin Colonel-major Assa Badiallo Touré, ministre de la Santé et du Développement social.

Depuis plusieurs années, le Mali fait face à une crise multidimensionnelle que les autorités actuelles s’activent à résoudre. L’une des conséquences de cette crise est l’insécurité alimentaire surtout pour les personnes déplacées. C’est pourquoi le gouvernement multiplie les initiatives pour anticiper. Ainsi, à Genève, face aux partenaires humanitaires, la ministre de la Santé et du Développement social a fait l’état des lieux sur les efforts du gouvernement. 

Elle a précisé que chaque année, à travers la planification humanitaire, le gouvernement met à la disposition des départements sectoriels des enveloppes conséquentes pour venir en aide aux populations vulnérables. Il s’agit essentiellement des personnes vivant avec un handicap, des indigents, des personnes déplacées internes, des réfugiés, des victimes de catastrophes naturelles.

Et Médecin-colonel Assa Badiallio Touré de rappeler qu’en dépit des défis sécuritaires et le taux croissant des maladies non transmissibles et émergentes, le gouvernement continue de maintenir la gratuité de certains actes. La ministre n’a pas manqué d’insister sur l’engagement du gouvernement à restaurer la paix et à faciliter le retour des déplacées internes dans leurs localités d’origine.

Des partenaires convaincus par la ministre

La Coordinatrice humanitaire Madame Hanaa Singer a mis en relief la nécessité pour les donateurs d’assister le Mali pour le financement de ce Plan humanitaire 2026, car en référence aux multiples missions de terrain qu’elle a effectué dans les régions du septentrion, du centre et du sud qu’elle a trouvé une population malienne plus résiliente qui n’aspire qu’au développement c’est-à-dire le financement des projets à impact rapide et non le mécanisme d’assistance traditionnel. 

Ensuite, elle a salué le modèle malien et a exhorté les autres donateurs à plus de solidarité pour suppléer le gouvernement à atteindre ses objectifs. En outre, plusieurs agences onusiennes et partenaires ont manifesté leurs soutiens au Mali en cette période difficile et promettent d’appuyer le gouvernement malien en apportant des solutions durables pour l’épanouissement socio-économique des personnes vulnérables.

Un plan humanitaire très ambitieux 

Le plan national de réponse humanitaire 2026 est ambitieux, car il cherche à mobiliser 577,9 millions de dollars (345 milliards FCFA) afin de venir en aide à 3,8 millions de personnes vulnérables sur les 5,1 millions en situation de besoin à travers le pays. Dans son exposé, la Coordonnatrice résidente des Nations Unies au Mali et Coordonnatrice humanitaire a expliqué que cette stratégie ne se limite pas à l’assistance d’urgence, mais ambitionne également de renforcer l’autonomie des communautés et de bâtir des perspectives durables pour l’avenir.

Hanaa Singer — Hamady a, également, souligné l’importance de renforcer les liens entre l’action humanitaire, le relèvement et le développement, afin d’accompagner le Mali vers des solutions structurelles. Elle a, aussi, insisté sur la nécessité d’un financement prévisible, flexible et rapide, ainsi que sur l’importance d’un accès humanitaire sûr et durable, conditions essentielles pour atteindre efficacement les populations dans le besoin. 

Quant à la ministre de la Santé et du Développement social, elle a réaffirmé l’engagement des autorités maliennes à soutenir les populations les plus vulnérables, notamment les déplacés internes, les réfugiés, les retournés et les rapatriés maliens. Elle a aussi assuré que toutes les dispositions seront prises pour restaurer la paix et faciliter le retour des personnes déplacées dans leurs localités d’origine. À ce jour, selon les données de Plan international Mali, un acteur majeur de l’humanitaire, il y a plus de 415 000 personnes déplacées internes, près de 250 000 réfugiés accueillis au Mali. L’acteur humanitaire va plus loin en affirmant que l’insécurité alimentaire qui pourrait toucher 4 millions de personnes en 2026.

Il faut signaler que d’après le constat du bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) du Haut-Commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR — Mali) qui était représenté à la cérémonie de lancement du plan national de réponse humanitaire par Pierre Camara. Dans son intervention, en 2026, le Mali reste confronté à une crise parmi les plus sévères de la région. Et que cette crise est caractérisée par l’insécurité persistante, les violences, les vulnérabilités socio‑économiques structurelles, les chocs climatiques et les épisodes épidémiques. Toujours selon lui, les régions du nord et du centre demeurent les plus touchées.

Sidi Modibo Coulibaly

26 mai 2026 0 comments
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Coopération Russie-Mali
A la UnePolitique

Mali : pourquoi les infrastructures financées par la Russie attirent l’attention de l’Afrique

by Sahel Tribune 26 mai 2026
written by Sahel Tribune 4 minutes read

À la base aérienne 101 de Sénou, une cérémonie sobre a marqué la remise d’installations sociales financées par le ministère russe de la Défense. Stades, crèches, centres de santé, lieux de culte : dans un Mali en quête de partenaires fiables, Moscou soigne son image — et ses intérêts — par le béton autant que par les armes.

La base aérienne 101 de Sénou, aux portes de Bamako, n’est pas un lieu anodin. C’est là que transitent les aéronefs militaires, là que se nouent les coopérations opérationnelles. C’est là aussi, désormais, que la Russie a choisi de poser une autre pierre — symbolique — de son partenariat avec le Mali : un stade de deux hectares, avec tribunes, vestiaires et sanitaires, offert aux militaires maliens par le ministère russe de la Défense.

La cérémonie de remise, sobre et bien organisée, était représentative de la méthode russe en Afrique : présence militaire discrète, mais gestes civils très visibles. Le commandant de la région aérienne n°1, le colonel Abdoulaye Diakité, et le commandant de la base, le lieutenant-colonel Mohamed Sangaré, ont exprimé leur gratitude au nom des forces armées maliennes. Le représentant du ministère russe de la Défense, lui, a tenu à replacer l’événement dans une perspective plus large. « Aujourd’hui, nous ne remettons pas seulement ce nouveau stade. Ce n’est qu’une partie d’un projet de grande envergure mené dans plusieurs villes du pays, visant le développement durable du Mali. » selon le Représentant du ministère russe de la Défense. 

Des infrastructures du quotidien, pas seulement des armes

Ce qui distingue cette initiative des coopérations militaires classiques, c’est précisément son ancrage dans le tissu social malien. Il ne s’agit pas de livraisons de matériel de guerre ni de formations tactiques — même si cela existe par ailleurs. Il s’agit de crèches, d’écoles, de centres de santé, de mosquées, d’églises. Des structures qui servent les populations civiles, dans des villes qui en ont cruellement besoin.

À Kolokani, ville du centre-nord du pays, six équipements ont été livrés dans le cadre du programme : une crèche, deux écoles, une église, une mosquée et un centre de santé. À Bamako même, sept installations supplémentaires ont été remises — une école, deux crèches, deux centres de santé, une mosquée et une église. À Banankoro, un terrain de sport multifonctionnel a été entièrement reconstruit.

Une diplomatie du concret qui interpelle

Dans un contexte où l’aide publique au développement occidentale est de plus en plus contestée — perçue comme conditionnée, lente, ou déconnectée des besoins réels — la méthode russe tranche par sa rapidité d’exécution et son pragmatisme affiché. On ne demande pas d’audit préalable, pas de conditionnalités de gouvernance, pas de rapports trimestriels. On construit, on livre, on inaugure.

Pour les populations maliennes, qui voient depuis des années des promesses d’infrastructure se heurter à des procédures interminables, cette approche a un attrait indéniable. Les bâtiments existent. Les enfants peuvent y aller à l’école. Les malades peuvent y être soignés. Le colonel Diakité a souligné que le stade livré à Sénou « symbolise la durabilité des relations entre les personnels militaires maliens et leurs partenaires russes » — une formule qui dépasse largement le domaine sportif.

« Fruit du soutien financier du partenaire russe, cette nouvelle infrastructure contribuera à offrir aux hommes un cadre adéquat et sécurisé pour la pratique du sport. Ce geste illustre la solide coopération entre le Mali et la Russie, inscrite dans un partenariat fécond et dynamique. », rapporte l’agence African initiative. 

Au-delà du Mali : un modèle qui essaime

Le programme malien n’est pas isolé. Il s’inscrit dans une stratégie russe d’implantation en Afrique subsaharienne qui combine présence sécuritaire, fourniture de ressources critiques et investissements dans les infrastructures sociales. En avril 2026, quelques semaines avant la cérémonie de Sénou, le ministère russe de la Défense avait déjà remis aux forces armées maliennes du matériel destiné au traitement de l’eau et à la production d’électricité dans les régions reculées — deux besoins essentiels dans un pays où des millions de personnes vivent sans accès fiable à ces ressources.

Cette approche multidimensionnelle — sécuritaire, énergétique, sociale — illustre la profondeur de la reconfiguration des alliances en cours sur le continent. Pour Bamako, comme pour d’autres capitales africaines qui ont choisi de diversifier leurs partenariats, l’enjeu n’est pas idéologique. Il est pragmatique : qui construit, qui livre, qui reste quand la situation se complique ?

La jeunesse, horizon stratégique

Le représentant russe a insisté sur un point : les réalisations livrées profiteront « avant tout à la jeune génération ». La formule n’est pas anodine. Dans un pays où la moitié de la population a moins de 18 ans, investir dans les écoles, les crèches et les espaces sportifs, c’est investir dans le capital humain de demain — et, incidemment, dans l’image d’un partenaire bienveillant auprès de générations qui construiront les alliances de l’avenir.

Pour l’Afrique qui observe, la leçon est claire : la coopération la plus durable n’est pas celle qui se négocie dans les salles de conférence ou s’affiche dans les communiqués diplomatiques. C’est celle qui se construit brique par brique, dans les quartiers, les écoles et les terrains de sport. Sur ce terrain-là, Moscou est en train de marquer des points.

Oumarou Fomba 

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