Le président de la Transition malienne, le général d’armée Assimi Goïta, a présidé la prière de l’Aïd el-Kébir à Koulouba en compagnie du gouvernement, du corps diplomatique et des autorités de transition. Profitant de ce moment solennel, il a adressé un message politique fort : face à ce qu’il qualifie de terrorismes multiformes, le Mali doit resserrer les rangs. Le projet de refondation nationale, le Mali Kura, est, selon lui, un chemin de non-retour.
C’est dans un cadre à la fois institutionnel et spirituel que le président de la Transition a célébré l’Aïd el-Kébir — la fête du sacrifice, l’une des deux grandes fêtes de l’islam. La salle des banquets du palais de Koulouba avait été aménagée en salle de prière pour l’occasion. Autour du Chef de l’État : le Premier ministre, le président du Conseil national de Transition (CNT), les membres du gouvernement, ses collaborateurs directs et les ambassadeurs accrédités auprès de la République du Mali.
La prière était conduite par l’imam de la mosquée de Koulouba, Mahmoud Touré, qui a formulé des invocations pour la paix, la stabilité et la prospérité du pays. Un moment de recueillement collectif dans un Mali qui en a cruellement besoin.
Un discours politique au cœur de la fête
À l’issue de la prière, le général Goïta a accordé une interview à la presse. Après avoir rendu grâce à Dieu pour ce « moment de retrouvaille, de communion et de bénédiction », et salué la « résilience exemplaire du peuple malien », le Chef de l’État a rapidement glissé du registre spirituel au registre politique.
Sa lecture de la situation sécuritaire malienne est aussi large qu’elle est offensive. Pour lui, le Mali ne fait pas face à une seule forme de terrorisme, mais à plusieurs, qu’il a énumérées : terrorisme médiatique, terrorisme économique, terrorisme politique, terrorisme d’État et terrorisme international. Une grille de lecture qui élargit considérablement la notion de menace et qui permet de désigner comme « terroristes » aussi bien les groupes armés jihadistes que les campagnes de désinformation ou les pressions diplomatiques étrangères.
« Tous les acharnements à travers des récits manipulés ne sauraient ébranler la volonté du peuple malien pour la paix et la souveraineté. », déclare le Général d’armée Assimi Goïta, président de la Transition du Mali.
Les FAMA et leurs partenaires russes en première ligne
Face à ces menaces plurielles, Goïta a appelé les Maliens à « resserrer les rangs » autour de deux piliers : les Forces armées maliennes (FAMA) et leurs partenaires — une formulation qui désigne sans les nommer explicitement les instructeurs et combattants russes déployés sur le territoire malien depuis 2021, dans le cadre du partenariat sécuritaire qui a accompagné le retrait des forces françaises.
Sur le plan purement militaire, le Chef de l’État a été sans ambiguïté : les opérations contre les groupes armés se poursuivront jusqu’à la pacification complète du pays. « Les groupes seront recherchés et neutralisés partout où ils se trouveront », a-t-il affirmé.
Le Mali Kura, cap irréversible
Le président de la Transition a réaffirmé avec force l’horizon idéologique de son régime : la refondation totale de l’État malien, incarnée par le concept de Mali Kura — le « Mali nouveau » en bambara. Cette vision, portée depuis l’arrivée au pouvoir du Comité national pour le salut du peuple (CNSP) en août 2020, entend rompre avec les structures héritées de la période néocoloniale et construire un État souverain, économiquement indépendant et sécuritairement autonome.
« C’est un chemin de non-retour », a martelé Goïta. Une formule qui sonne à la fois comme une promesse faite aux Maliens favorables à la transition et comme un avertissement adressé à ceux — à l’intérieur comme à l’extérieur — qui espéreraient un infléchissement.
Vœux et compassion
Le discours du Chef de l’État s’est conclu sur des notes plus personnelles. Il a formulé ses vœux à l’ensemble des Maliens pour une bonne saison pluvieuse, prié pour le bon retour des pèlerins partis accomplir le hajj à La Mecque, présenté ses condoléances aux familles endeuillées par le terrorisme et souhaité un prompt rétablissement aux victimes blessées. Des mots de compassion qui contrastent avec la fermeté du ton politique, et qui rappellent que derrière les équations sécuritaires se trouvent des centaines de milliers de vies malmenées.
Chiencoro Diarra
En savoir plus sur Sahel Tribune
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
