Réuni à N’Djamena les 15 et 16 juillet avec la Banque mondiale, le premier Forum africain de l’eau devait porter sur la crise hydrique du continent. Le président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno y a surtout marqué les esprits par une annonce diplomatique inattendue, quelques instants avant la signature d’un pacte national pour l’eau de 3,8 milliards de dollars.
Thank you for reading this post, don't forget to subscribe!C’est par une annonce que personne n’attendait que le président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno a conclu, ce mercredi 15 juillet, le discours d’ouverture du premier Forum africain de l’eau : à compter du 1er janvier 2027, le Tchad supprimera les visas d’entrée pour l’ensemble des ressortissants africains. « Le Tchad, pays de Toumaï, berceau de l’humanité, ouvre ses frontières et supprime les visas d’entrée pour tous les Africains », a déclaré le chef de l’État devant les délégations réunies dans la capitale tchadienne pour deux jours de travaux consacrés à la crise hydrique du continent.
La mesure, dont les modalités pratiques n’ont pas encore été précisées, place le Tchad dans le sillage d’une série d’annonces similaires ces dernières années : le Kenya avait ouvert ses frontières à la quasi-totalité des nationalités africaines en 2025, l’Angola dès 2023, tandis que le Togo instaurait en mai une exemption de trente jours pour les citoyens du continent. Ces gestes s’inscrivent dans la dynamique de la Zone de libre-échange continentale africaine et de l’Agenda 2063 de l’Union africaine, qui ambitionne à terme un passeport africain unique. Un horizon encore lointain tant la majorité des États du continent continuent d’exiger des visas de leurs voisins, ou de réserver leurs exemptions aux seuls ressortissants de leur communauté économique régionale.
Un forum sur fond de crise hydrique
Coorganisé par le gouvernement tchadien et le Groupe de la Banque mondiale, ce premier Forum africain de l’eau, placé sous le thème « De la vision à l’action », a réuni à N’Djamena plusieurs chefs d’État : le Béninois Romuald Wadagni, le Mauritanien Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, le Gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema ou encore le Congolais Félix-Antoine Tshisekedi, ainsi que des représentants de plusieurs organisations de bassins fluviaux et régionales, dont la Commission du bassin du lac Tchad, l’Autorité du bassin du Niger ou l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal.
Dans son discours, le président tchadien a dressé un constat sombre de la situation hydrique du continent, citant les données du document de cadrage établi par la Banque mondiale. Plus de 400 millions d’Africains sans accès à l’eau potable, des capacités de stockage en recul et un changement climatique susceptible d’amputer le PIB de certaines régions africaines de près de 12 % d’ici 2050. Il a illustré ce constat par l’exemple du lac Tchad, situé à quelques kilomètres de la capitale, qui a perdu la plus grande partie de sa superficie en soixante ans après avoir longtemps fait vivre plus de 30 millions de personnes.
Un pacte national à 3,8 milliards de dollars
Sur le plan national, Mahamat Idriss Déby a annoncé la signature, au cours du forum, d’un « Pacte pour l’eau du Tchad » évaluant à 3,8 milliards de dollars les besoins de financement du secteur pour les cinq prochaines années, dont 20 %, soit environ 75 milliards de francs CFA, devant être couverts par des financements nationaux. Le chef de l’État a également appelé les bailleurs multilatéraux et régionaux à « accélérer la mobilisation des financements annoncés » dans le cadre de l’initiative « Water Forward », lancée par la Banque mondiale en avril.
Un appel qui n’est pas sans rappeler les nombreux engagements financiers pris lors de précédents sommets consacrés à l’eau ou au climat sur le continent, dont le taux de décaissement effectif reste, selon plusieurs organisations non gouvernementales, très en deçà des annonces. Le forum de N’Djamena se tient d’ailleurs dans un pays où l’accès à l’eau potable demeure très inégal entre la capitale et les régions rurales, et où la gouvernance du secteur a longtemps été critiquée pour son manque de transparence. Des critiques que la classe dirigeante tchadienne, elle-même issue d’une transition contestée depuis la mort d’Idriss Déby Itno en 2021 puis d’une élection présidentielle disputée en 2024, n’a pas manqué de relativiser en mettant en avant sa nouvelle stratégie « Tchad Connexion 2030 ».
Reste que l’enjeu dépasse le seul Tchad. Le forum a aussi été l’occasion de réaffirmer l’importance de la gestion concertée des bassins transfrontaliers, dans un contexte sahélien où la raréfaction de l’eau alimente, selon de nombreux experts, une partie des tensions intercommunautaires et des conflits pour l’accès aux ressources pastorales.
Chiencoro Diarra
