Accueil » Blog » A la Une » À quoi s’attendre dans l’Alliance des États du Sahel (AES) en 2025 ?

À quoi s’attendre dans l’Alliance des États du Sahel (AES) en 2025 ?

0 comments 2,2K views 4 minutes read

En 2025, l’Alliance des États du Sahel (AES) incarne l’ambition d’un Sahel souverain et résilient. Entre défis sécuritaires, transformation économique et quête d’unité régionale, cette confédération se veut le laboratoire d’un avenir serein pour la région.

En 2025, l’Alliance des États du Sahel (AES), née en septembre 2023 sous l’impulsion du Burkina Faso, du Mali et du Niger, se trouve à un carrefour historique. Créée pour répondre aux défis existentiels de la région — insécurité, instabilité économique, dépendance extérieure —, cette confédération incarne une vision ambitieuse : réinventer le Sahel en s’appuyant sur ses propres forces et ses propres valeurs. L’AES porte en elle des espoirs immenses, mais aussi des défis colossaux.

Une souveraineté proclamée, mais fragile

La première promesse de l’AES réside dans la souveraineté, une souveraineté entendue dans toutes ses dimensions : territoriale, économique et politique. La rupture avec la CEDEAO, actée pour janvier 2025, mais prolongée jusqu’en juillet 2025, symbolise un rejet des dépendances héritées et des logiques perçues comme néocoloniales. Mais cette souveraineté proclamée pose une question essentielle : peut-on exister pleinement dans un monde globalisé tout en s’isolant des grandes structures régionales ?

La force conjointe de l’AES, fer de lance de cette souveraineté, est une avancée majeure. Elle vise non seulement à restaurer l’intégrité territoriale de ses membres face à des groupes armés djihadistes, mais aussi à construire une autonomie militaire à travers une industrie de défense propre. Toutefois, l’efficacité de cette stratégie repose sur une condition essentielle : l’unité des trois États et leur capacité à mutualiser leurs ressources sans tomber dans des rivalités stériles.

Une économie à réinventer

L’AES se veut également un projet économique révolutionnaire. En 2025, des initiatives ambitieuses, comme la pleine mise en exploitation de l’usine de lithium de Goulamina, dans la région de Bougouni au Mali, pourraient poser les jalons d’une transformation structurelle. Ce projet traduit la volonté de l’AES de tirer parti de ses ressources naturelles pour créer de la valeur localement et réduire sa dépendance vis-à-vis des marchés internationaux.

Mais cette ambition est-elle réaliste dans un contexte marqué par l’insécurité chronique et la faiblesse des infrastructures ? Si le potentiel est immense, les défis le sont tout autant. L’AES devra naviguer entre la nécessité de répondre aux urgences économiques — souveraineté alimentaire, emploi, éducation — et celle d’investir dans des projets de long terme. En cela, 2025 sera une année décisive pour évaluer si cette confédération peut tenir ses promesses.

Un modèle à construire

La confédération, en tant que structure politique, est encore jeune. Elle devra démontrer sa capacité à dépasser les particularismes nationaux pour s’affirmer comme un acteur régional crédible et influent. Cette exigence suppose une cohérence stratégique, mais aussi une souplesse institutionnelle pour intégrer les spécificités des trois pays.

La question des partenariats internationaux, elle aussi, sera cruciale. Si l’AES prône une émancipation vis-à-vis des acteurs traditionnels comme la France ou la CEDEAO, elle cherche en parallèle à diversifier ses alliances, notamment avec des partenaires comme la Russie ou la Chine. Cette stratégie pourrait ouvrir de nouvelles perspectives, bien qu’elle soit vue par des observateurs comme comportant le risque d’une dépendance renouvelée sous d’autres formes. Une possibilité balayée en un revers de main par le ministre malien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop. 

La transition au Mali : un test démocratique crucial

Parmi les priorités de 2025 figure la tenue des élections au Mali, point central de la transition amorcée après les évènements de mai 2021. Lors du premier Conseil des ministres du gouvernement dirigé par Abdoulaye Maïga, le Président de la Transition, Assimi Goïta, a insisté sur la nécessité d’organiser des scrutins transparents et apaisés. Le retour à un ordre constitutionnel normal est une exigence démocratique et un engagement envers le peuple malien.

Pour garantir la crédibilité de ce processus, le gouvernement s’attèle à mettre en place des réformes structurelles, notamment à travers l’Autorité Indépendante de Gestion des Élections (AIGE). Cette instance, combinée à l’adoption de lois électorales actualisées, vise à assurer une transparence exemplaire. La communauté internationale et les citoyens maliens scruteront avec attention ce rendez-vous électoral, considéré comme un test décisif pour la légitimité du pouvoir de transition.

Il est temps d’oser rêver 

Au-delà de ses projets concrets, l’AES porte une charge symbolique : celle de montrer qu’une autre voie est possible pour le Sahel, une voie où les peuples de la région prennent leur destin en main, en s’appuyant sur leurs valeurs, leur histoire et leur résilience. 

En 2025, le Sahel est à la croisée des chemins. L’AES, en tant que laboratoire d’intégration régionale, peut devenir un modèle pour d’autres régions du continent africain. Mais pour cela, elle devra faire face à des défis immenses, entre menaces sécuritaires, exigences économiques et tensions géopolitiques. Si elle réussit, elle offrira au monde une leçon précieuse : celle de la capacité des peuples à se réinventer dans les moments les plus sombres.

L’AES est à la fois une promesse et un risque. Mais dans une région où les modèles traditionnels ont souvent échoué, il est peut-être temps d’oser rêver. Car c’est dans l’audace que se dessine l’avenir.

Oumarou Fomba

Leave a Comment