Accueil » Blog » A la Une » Une année pour réinventer l’âme du Mali : 2025, l’année de la culture selon Assimi Goïta

Une année pour réinventer l’âme du Mali : 2025, l’année de la culture selon Assimi Goïta

0 comments 3,6K views 5 minutes read


Dans son adresse à la nation, diffusée sur la chaîne de télévision nationale (ORTM), le Président de la Transition, le général Assimi Goïta, décrète 2025 l’année de la culture. Le chef de l’État invite ainsi les Maliens à une célébration de leurs racines et à une revitalisation des valeurs de paix, de cohésion sociale et de fierté nationale. Ce projet ambitieux marque une étape cruciale dans la construction du Mali Kura
, en plaçant la culture au cœur du renouveau collectif.

Si les nations sont des corps, leur culture en est l’âme. Le Mali, riche de ses traditions séculaires et de ses artistes visionnaires, se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins. Le Président de la Transition, le Général d’armée Assimi Goïta, dans son discours de Nouvel An, a offert au peuple malien une vision ambitieuse. Celle de faire de 2025 l’« année de la culture ». Derrière cette déclaration se dessine une volonté affirmée de réconcilier un peuple meurtri avec lui-même et de revitaliser l’esprit d’un Mali en quête de renaissance.

La culture, rempart contre les défis contemporains

En décrétant 2025 « l’année de la culture », Assimi Goïta ne propose pas seulement un projet festif. Il engage le pays dans un chantier de refondation profonde, où la culture devient à la fois le vecteur et le ciment de l’unité nationale. Cette initiative s’inscrit dans une démarche de Mali Kura, ce Mali nouveau qui aspire à transcender les fractures et à renouer avec ses valeurs cardinales : paix, cohésion sociale, et respect des traditions. À travers cette initiative, le Président réaffirme que le renouveau du Mali ne pourra se faire qu’en s’appuyant sur l’héritage des ancêtres, les leçons du passé, et la force créative des générations actuelles.

Dans un contexte mondial où les identités culturelles sont souvent écrasées par les dynamiques de globalisation, cette initiative peut être interprétée comme une résistance éclairée. Elle invite les Maliens à « revitaliser nos valeurs culturelles et à célébrer notre riche culture ». Ce choix stratégique répond également aux défis sécuritaires, politiques, et économiques auxquels le Mali fait face. La promotion de la culture est ici envisagée non seulement comme un outil de soft power, mais aussi comme une arme contre la fragmentation sociale. Les valeurs culturelles, lorsqu’elles sont bien mobilisées, peuvent jouer un rôle pacificateur, en offrant un langage commun au-delà des différences ethniques et religieuses.

Une dynamique pour les artistes et le patrimoine

L’accent mis par Assimi Goïta sur les artistes et le patrimoine reflète une volonté de transformer ces piliers culturels en moteurs de développement. En exaltant les talents artistiques locaux, le Mali a l’opportunité de réinventer son positionnement sur la scène internationale, non plus seulement comme une terre de crises, mais comme un creuset de créativité et d’innovation. La valorisation du patrimoine culturel commun, qu’il s’agisse des manuscrits de Tombouctou, des traditions orales ou des danses ancestrales, participe à la sauvegarde d’un héritage menacé, tout en offrant des perspectives économiques pour le secteur touristique.

En appelant les Maliens à célébrer ensemble leur riche culture, le Président tend la main à toutes les couches de la société. Ce projet est une invitation à dépasser les querelles politiques et les divisions sociales pour se rassembler autour d’une identité commune. Cette démarche rappelle les idées de grands penseurs comme Aimé Césaire, qui voyait dans la culture un moyen de renouer avec une dignité perdue. En plaçant la culture au centre de l’agenda national, Assimi Goïta semble également souligner l’importance de la culture dans la construction d’une société résiliente.

Des prémices déjà posées 

Il convient de rappeler que les prémices de toutes ces actions ont été déjà posées en 2024 avec la tenue de plusieurs festivals pour célébrer la diversité culturelle du Mali. La deuxième édition du Festival Kayi-Kunben, qui se tient du 15 décembre 2024 au 2 janvier 2025 à Kayes, est un exemple notable, mettant en avant les richesses culturelles et économiques de la région.

De plus, le projet « Talents de la Cité 2024 » à Ségou, lancé sous le thème « Diversité culturelle, paix et unité », vise à découvrir et promouvoir les jeunes talents artistiques du pays, renforçant ainsi l’engagement des jeunes dans le secteur culturel.

Des efforts ont également été déployés pour préserver le patrimoine culturel malien. La restauration du tombeau des Askia à Gao, monument inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, a débuté en mars 2024, malgré les défis posés par les conditions climatiques et sécuritaires.

La célébration de la Journée mondiale de la diversité culturelle pour le dialogue et le développement, le 21 mai 2024, a été l’occasion de réfléchir aux avantages de la diversité culturelle pour la paix et la cohésion sociale au Mali. 

Une renaissance en marche

En décembre 2024, le Mali a également amorcé un vaste programme de rebaptisation de nombreuses rues et places publiques, notamment dans la capitale, Bamako. Cette démarche, soutenue par les autorités de la transition, vise à remplacer les noms hérités de l’époque coloniale par ceux de figures historiques, héroïnes et héros nationaux, ou personnalités panafricaines.

En définitive, 2025, comme annoncé par Assimi Goïta, ne sera pas seulement une année d’expressions artistiques. Elle sera un laboratoire d’idées, une plateforme pour réinventer le Mali en s’appuyant sur les racines de son passé pour projeter une vision d’avenir. L’année de la culture pourrait devenir un jalon historique dans l’effort de refondation nationale, rappelant au monde que le Mali est une terre de richesse intellectuelle et spirituelle inégalée.

Alors que les tambours de la cohésion résonneront à travers les villes et villages, que les artistes raviveront les couleurs de l’âme malienne, et que les citoyens redécouvriront les trésors enfouis de leur patrimoine, 2025 pourrait bien marquer le début d’une véritable renaissance culturelle, où la fierté et l’unité remplaceront les divisions et les doutes. Sous l’étendard de la culture, le Mali pourrait prouver au monde qu’un peuple fier de son passé peut toujours s’inventer un avenir radieux.

Oumarou Fomba 

Leave a Comment