La région de Sikasso a organisé, jeudi, une visite touristique des principaux sites de la « Cité verte du Kénédougou », nouvelle étape du Mois du tourisme au Mali. Un parcours qui ramène directement à l’histoire du royaume sénoufo qui fit, à la fin du XIXᵉ siècle, l’une des résistances les plus acharnées à la conquête coloniale française.
La région de Sikasso a organisé, jeudi 24 septembre, une visite touristique régionale dans le cadre du programme « Les Maliens visitent le Mali », nouvelle étape du Mois du tourisme au Mali placé cette année sous le thème « Tourisme interne, vecteur de promotion de l’économie locale et de renforcement du patriotisme ». Conduite par la gouverneure de la région, Kanté Marie Claire Dembélé, la délégation a parcouru plusieurs sites emblématiques de la ville, surnommée la « Cité verte du Kénédougou ». Il s’agit de la colline du Mamelon, la tombe et la case du roi Massa Daoula Traoré, la case et la tombe de Momo Traoré, les vestiges des murs du Tata de Sikasso, ainsi que le musée régional de la ville.
Tourisme interne, vecteur de promotion de l’économie locale et de renforcement du patriotisme
Cette immersion patrimoniale renvoie directement à l’histoire du royaume du Kénédougou, dont Sikasso devint la capitale à partir de 1877. Fondée par Massa Daoula Traoré, la ville connut son apogée sous le règne de son fils, Tiéba Traoré, qui y fit édifier le Tata. Une imposante muraille défensive en terre de neuf kilomètres de circonférence, destinée à protéger la cité des assauts du conquérant Samory Touré, dont le siège de 1887 fut repoussé avec succès. Au centre de la ville, la colline artificielle du Mamelon, haute d’une trentaine de mètres, abritait la résidence royale et le siège du pouvoir, offrant également un poste d’observation sur l’ensemble de la cité fortifiée.
Le sacrifice de Babemba Traoré, figure de la résistance anticoloniale
C’est toutefois sous le règne de Babemba Traoré, frère et successeur de Tiéba à partir de 1893, que Sikasso entra dans l’histoire nationale malienne comme symbole de la résistance à la colonisation. Refusant l’installation d’une garnison française sur son territoire, le roi affronta la colonne du colonel Audéoud, qui soumit la ville à un siège de deux semaines et à un bombardement d’artillerie à partir du 15 avril 1898. Malgré une résistance acharnée de ses troupes, le Tata finit par céder le 1er mai 1898. Plutôt que de se rendre aux troupes coloniales, Babemba Traoré choisit de se donner la mort. Ce qui illustre le dicton bambara resté célèbre depuis, « Saya ka fisa ni maloya yé » (« Mieux vaut la mort que la honte »). Ce geste a fait de lui l’une des figures les plus révérées de la résistance anticoloniale malienne, aux côtés de Samory Touré lui-même.
Menacé par la pression urbaine, le Tata de Sikasso avait été classé au patrimoine culturel national par un décret adopté en Conseil des ministres en mars 2009, dans une tentative de préserver ce qu’il en reste face au développement de la ville. Les vestiges visités jeudi par la délégation régionale, aux côtés du Mamelon, comptent aujourd’hui parmi les rares témoignages matériels directs de l’histoire du royaume sénoufo qui domina, pendant plus de deux siècles, le sud du Mali actuel ainsi que des portions du nord de la Côte d’Ivoire et de l’ouest du Burkina Faso.
Valoriser le patrimoine, encourager le tourisme interne
Cette initiative s’inscrit dans la vision du président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta, visant à promouvoir la destination Mali, à renforcer l’appropriation du patrimoine national par les populations elles-mêmes et à faire de la culture et du tourisme des leviers de développement des territoires.
Le ministre de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, Mamou Daffé, a félicité la gouverneure de Sikasso ainsi que l’ensemble des autorités et acteurs régionaux pour leur mobilisation en faveur de la valorisation du patrimoine du Kénédougou. Un patrimoine qui, plus d’un siècle après la chute du royaume, continue de structurer l’identité culturelle de toute une région du Mali.
Chiencoro Diarra
